Diod., XXXIII
hommes résolus, qui, n'ayant pas de quartier à espérer en cas d'insuccès et rendant au peuple haine pour haine, valaient une armée. Ils montèrent sur les toits et firent pleuvoir les projectiles sur les assaillants. La foule s'écarta un instant du palais et des maisons voisines. Les Juifs en profitèrent pour mettre le feu à ces maisons. Gomme la ville était presque entièrement en bois (surtout depuis le tremblement de terre de l'an 148), l'incendie se propagea avec une rapidité effrayante. Les Juifs, sautant de terrasse en terrasse, poursuivaient et assommaient les fuyards. En même temps, le roi (it une sortie avec ses mercenaires : le carnage fut tel que les insurgés demandèrent grâce et se rendirent à discrétion. Le biographe des Machabées revendique pour ses coreligionnaires tout l'honneur de cette journée. « Les Juifs », dit-il, « se répandirent dans toute la cité, et ils tuèrent en ce jour cent milliers d'hommes, et ils brûlèrent la ville, et ils s'emparèrent en ce jour de nombreuses dépouilles et ils délivrèrent le roi ». Les soldats de Jonathan reprirent le chemin de la Judée chargés de butin, complimentés par le roi et satisfaits d'avoir servi d'instruments aux vengeances de Jahveh. Grâce à ces héros, « le roi Démétrios fut affermi sur le trône et la terre fit silence devant lui » '. Cent mille hommes égorgés et la ville en cendres, c'est beaucoup. On dirait que l'écrivain israélite s'enivre de l'odeur du sang, et, dans ce cri de triomphe, on distingue mal entre la haine du Syrien oppresseur et la haine du genre humain tant reprochée aux Juifs.
Le fragment extrait de Diodore confirme en gros le récit du chroniqueur et atteste les excès de la répression. Après avoir dit que Démétrios traquait les partisans de son prédécesseur, il ajoute : « Ensuite, comme les gens d'Antioche usaient de familiarité avec lui, il réunit contre eux des forces étrangères considérables et leur ôta leurs armes. Ceux qui
1. / Macc, 11, 41-32. Joseph., XIII, 5, 3. Josèphe adoucit le ton et se garde de ces imprudences de langage.
refusaient de les rendre furent les uns tués en pleine résistance, les autres égorgés dans leurs maisons avec leurs femmes et leurs enfants. Comme le désarmement suscitait de grands troubles, il incendia la plus grande partie de la ville ». Cette redoutable expérience lut perdue pour Démétrios. Il crut pouvoir impunément persévérer dans sa politique vindicative et ses agissements tracassiers. « Un grand nombre d'accusés furent mis à mort et leurs biens confisqués au profit du Trésor royal. Nombreux furent les citoyens d'Antioche qui, fuyant leur patrie par crainte et pur liaine, erraient dans toute la Syrie, attendant les occasions d'attaquer le roi. Cependant Démétrios, persévérant dans son inimitié, ne cessait d'égorger les habitants, de les exiler et de les dépouiller de leurs biens ; enfin, il surpassa de beaucoup son père en cruauté sanguinaire, et pourtant celui-ci, loin de pratiquer une mansuétude royale, s'était conduit en tyran sans foi ni loi et avait accablé ses sujets de maux intolérables. Aussi, il arriva que les rois de cette branche furent détestés à cause de leurs méfaits, tandis que ceux de l'autre branche étaient aimés pour leur douceur. De là aussi les conflits et guerres perpétuelles qui surgissaient à tout moment en Syrie, les princes de chaque maison s'opposant les uns aux autres; car le peuple, alléché par les promesses des prétendants, se prêtait volontiers aux changements » *. Aveugle jusqu'au bout, Démétrios ne sut même pas rester en bons termes avec Jonathan. On se plaignait à Jérusalem de la mauvaise foi du roi, qui, après avoir accordé l'immunité aux Juifs, réclamait maintenant le tribut tel qu'ils le payaient auparavant et menaçait de venir le recouvrer à la tête d'une armée. Dans ces conditions, le moindre incident pouvait faire éclater la guerre civile. L'occasion était bonne pour les conspirateurs; il s'en trouva un pour la saisir.
1. Diod., XXXIII, 4, 2-4. Josèphe ne veut rien savoir de ces rigueurs : d'après lui, Démétrios arrêta la révolte en pardonnant aux Antiochéniens leur agression (S'jvyvoùî S'aÙToT; tûv TêxoXaT.uiévuv xa-ra-aÛEi t-J'iV CTâîtv).
La guerre civile (145-139).
Démétrios semblait n'avoir régné jusqu'ici que pour venger les injures de son père et les siennes. Ceux qui avaient servi l'usurpateur Alexandre savaient qu'ils n'avaient rien de bon à attendre de son successeur. A plus forte raison, ceux qui avaient desservi Démétrios Soler et son fils. Tel était le cas de Diodote, qui avait très probablement joué un rôle actif dans l'insurrection d'Antioche sous Démétrios I, puis avait été commandant militaire de la ville sous Alexandre Bala, et enfin avait trahi Alexandre sans gagner la faveur de son rival, en suggérant aux Antiochéniens l'idée d'offrir le diadème non pas à Démétrios, mais à Ptolémée *. Il y a bien quelque difficulté à le reconnaître dans la personne de ce Diodote ditTryphon qui fut l'auteur de la révolution dont nous allons parler, attendu que celui-ci était, d'après Diodore, « en grande considération parmi les amis du roi » : mais le compilateur des fragments de Diodore a pu se tromper de roi, ou le personnage était assez roué pour avoir gagné quand même la faveur de Démétrios II, peut-être sur la recommandation de Ptolémée. Mais il sentait que cette faveur prendrait fin le jour où le roi serait mieux renseigné. Il fallait se presser.
Proscrit ou réhabilité, Diodote Tryphon alla donc trouver l'émir nabatéen Émàlchuel ou Malchos ou lamblichos [f], « qui se trouvait avoir en fidéicommis Antiochos dit Épiphane, un enfant tout jeune encore, fils d'Alexandre » ^. « Et il insista pour que celui-ci lui confiât l'enfant, destiné à régner à la place de son père : et il lui énumérait tout ce qu'avait fait Démétrios et les inimitiés amassés contre celuici dans ses armées » \ Il fallut du temps pour persuader