LA GUERRE EN ASIE MINEURE
Avant d'aller plus loin, il faut franchir ou tourner un obstacle comme il en surgit à chaque étape de la route. Une inscription sacerdotale de Séleucie sur l'Oronte intercale entre SéleucosIIIet AntiochosIIIun Antiochos inconnu *. D'autre part, les niimismatistes modernes attribuent à cet inconnu des monnaies frappées à l'effigie d'un roi Antiochos en bas âge. On en a conclu, assez hâtivement, que Séleucos III avait laissé un fils, dont Antioclios III, son oncle, avait usurpé l'héritage. Cette tare originelle imprimée au nouveau règne expliquerait que le trône ait été offert d'abord à Achceos, usurpé ensuite par Molon, et finalement par Achaeos lui-même. Mais ce qu'on sait des habitudes du culte dynastique des Lagides, imitées par les Séleucides, fournit une solution fort simple de l'énigme. La coutume était de suivre l'ordre des décès dans la famille royale et d'inscrire avant son père le fils mort avant lui. C'est ainsi que Ptolémée Eupator est inscrit sur les listes cultuelles avant son père Philométor, et Ptolémée Néos Philopator avant son père Évergète II. On peut donc tenir pour avéré que ce jeune Antiochos était non pas un fils de Séleucos Htdépossédé par Antiochos III ou mort après un semblant de règne, mais un fils d'Antiochos III, associé de bonne heure au trône et que nous retrouverons à sa mort, vingt ans plus tard (193). Ainsi tombent toutes les hypothèses émises sur les ferments de guerre civile qui menaçaient déjà le nouveau règne : Achseos proclamé par l'armée en Asie Mineure pendant que Antiochos III était intronisé à la hâte par Hermias en Syrie ; les satrapes se révoltant au nom du roi légitime, et autres conjectures analogues ^
Antiochos III était alors un jeune homme de dix-neuf à vingt ans, actif, intelligent et, autant qu'on en peut juger par ses portraits, de figure agréable. Il conçut tout de suite, pour ses opérations futures, un plan d'ensemble. Il
1. CIG., 4458. Dittenb., OGIS., 245. Cf. Babelon, pp. i.xxiv-lxxvii.
2. Voy. Droysen, III, p. 563, qui tient pour le postulat susdit.
chargea Aclu-pos de continuer la campagne contre Attale et de reconquérir l'Asie Mineure au delà du Taurus. La surveillance de la Haute-Asie fut confiée à deux frères dont le roi se croyait sûr : Molon, qu'il fit satrape ou plutôt stratège de Médie, et Alexandre stratège de Perse. Pour lui, il restait aux aguets, épiant l'occasion de reprendre enfin au Lagide la Cœlé-Syrie et la Phénicie. L'occasion pressentie se présenta bientôt. Ptolémée III Evergète, depuis quelque temps valétudinaire, mourut au cours de l'an 221, ayant à peine dépassé la soixantaine '. Le gouvernement de l'Egypte tombait aux mains de Ptolémée IV Philopator, un jeune débauché que l'on soupçonne d'avoir impatiemment attendu la succession de son père, servi par des ministres qui, pour régner sous son nom, se faisaient les intendants de ses plaisirs et écartaient de lui, au besoin par le crime, quiconque pouvait traverser leur influence '-. L'attitude pacifique, mais ferme, d'Evergète imposait le respect, au dehors comme au dedans : maintenant, il était à prévoir que les conséquences du nouveau régime ne tarderaient pas à se faire sentir. Antiochos III était prêt à en profiter. Malheureusement, tout absorbé par ses projets, il laissait, lui aussi, l'administration de son empire à la discrétion du ministre qu'il avait trouvé en place, le Carien Ilermias, cupide, sournois, envieux, capable de lui aliéner ses meilleurs amis et serviteurs.
Achœos justifia pleinement la confiance de son royal cousin. Délogeant de Sardes le roi de Pergame et le refoulant dans ses anciennes possessions, réduites au territoire de Pergame, il s'empara de l'Asie Mineure. La plupart des villes grecques firent leur soumission. La situation parut
1. Nous ne connaissons la date exacte ni du di-but des hostilités, ni de la mort d'Evergète (automne 221 ?), et l'on a pu soutenir (v. g. Droysen, Beloch) que cette quatrième guerre de Syrie fut engagée de son vivant : mais ce n'était évidemment pas Evergète que Théodotos d'Éfoiie (ci-après, p. 130 etc.) méprisait 5:i Tr.v àziXff.T^ xoJ pioj xai xf,; ûXt,; a'tpisEw; (Polyb., V, 40, 1).