CHAPITRE VI
autre plan Tœuvre de Reginon dans une volumineuse collection où il lui fit de très larges emprunts, ainsi qu'à la Collectio Anselmo dedicata. En tête des Décréta^ se trouve une lettre adressée à Brunichon, prévôt du chapitre de Worms, qui fut probablement le collaborateur de son évoque dans ce travail ; Burchard dit qu'il a rédigé ce livre pour l'instruction pratique des jeunes clercs de son diocèse, et qu'il s'est appliqué à concilier les textes contradictoires et à écarter ceux qui étaient hors d'usage*. Un siècle plus tard, la même préoccupation inspirera le décret de Gratien qui s'est beaucoup servi de Burchard.
Dans ses trois premiers livres, celui-ci traite du pape, des patriarches, des primats, des métropolitains, des évoques, des prêtres, des diacres, des conciles, des églises et des dîmes; dans les livres quatre à quatorze et seize à dix-neuf, des sacrements et particulièrement du mariage, du meurtre et de l'homicide, de la magie, des péchés capitaux et des pénalités ecclésiastiques. Le livre quinze est consacré aux devoirs des princes et des laïques. Le livre dixneuvième, appelé corrector ou medicus, est un pénitentiel ; enfin le livre vingtième, de contemplatione ou liber speculationum, est un traité de philosophie et de théologie.
Cette vaste compilation, appelée au moyen âge le Brocard, est celle qui a eu le plus de vogue avec le décret de Gratien. C'est aussi l'une de celles qu'on doit étudier avec le plus de précaution. Non seule-
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ment Burchard reproduit les méprises des auteurs de seconde main dont il se sert presque exclusivement ; mais par négligence ou de parti pris, il confond souvent les canons des conciles avec les décisions des décrétales; — il cite des canons qu'on ne retrouve point dans les textes originaux des assemblées où ils auraient été rendus; — il donne des décisions de dixneuf papes qu'on ne retrouve nulle part ailleurs; — Martin de Braga et Théodore de Gantorbéry deviennent les papes Martin et Théodore; — des articles de capitulaires sont cités comme canons de conciles ; — les lettres apocryphes du faux Isidore occupent plus de cent quatre-vingts chapitres ; — les faux capitulaires de Benoît Lévite sont mis largement à conlribution. Ces altérations et ces emprunts aux sources les moins sûres sont d'autant plus dangereux qu'on n'a pas une bonne édition de l'œuvre de Burchard*.
SECTION V