CHAPITRE I
de textes dont l'auteur recherche le sens véritable et s'eflForce d'expliquer les contradictions apparentes. Quand il rencontre une contrarietas entre deux règles ou propositions, il la résout, tantôt en faisant ressortir la différence des dates {solutio iempore), tantôt en montrant que Tune est un statut local s'appliquant à une église ou à un lieu déterminé, tandis que Tautre est une disposition générale {solutio loco) , ou bien encore que Tune est la règle et Tautre Texcoption {solutio dispensatione).
Dans ce travail, il suit la méthode déductive ou scolastique inaugurée dans les Libri sententiarum de divers auteurs, et notamment de Pierre Lombard, son contemporain et son frère, selon la légende rapportée plus haut. Il prend comme point de départ une proposition ; si elle est universellement admise, il la tient pour vraie ; trouve-t-il sur le même point plusieurs propositions divergentes, il s'efforce de les concilier d'après les règles de critique qu'on vient d'indiquer. S'il ne peut y arriver, il recherche la doctrine qui a été constamment suivie dans l'Église romaine, dont le chef suprême a reçu du fondateur du christianisme Je pouvoir d'enseigner les fidèles. Cette majeure établie, il en déduit toutes les conséquences.
Dans la première et dans la troisième partie, il recherche les sous-divisions ou distinctions qu'on peut établir sur la question principale, et il les étudie avilies textes. Dans la seconde partie, il suppose un <,\ébat sur un point controversé, ou procès fictif, — causa, — et il discute les questions secondaires qu'il faut résoudre pour se prononcer sur le fond de l'affain^
L'œuvre personnelle de Gralien,qui forme un veri-
table traité de droit canonique appuyé d'un grand nombre de preuves,- est désigné dans les éditions par les mots Dictum Gratiani et mis en relief à l'aide de divers procédés typographiques. Ces Dicta Gratiani sont complétées par les rubriques qui s'y rattachent étroitement.
Gratien n'a point remonté aux originaux pour les textes de droit canonique, sauf pour les deux conciles de Latran de 1123 et de 1139, et pour quelques décrétales. Il s'est servi des collections antérieures, et notamment de celle de Denys, de YHispana, du Pseudo-Isidore, des traités de Reginon, Burchard de Worms, Ives de Chartres, Algerus qui le premier s'était appliqué à concilier les textes divergents, et d'autres compilateurs*. Mais il paraît avoir puisé directement dans les sources originales pour les textes de droit romain et de droit lombard qu'il cite.
Dans l'histoire du droit canonique ou du droit civil, on ne trouverait pas une œuvre privée, ni peut-être même un recueil officiel qui ait eu une action aussi universelle et aussi durable que le Décret de Gratien. La supériorité de sa méthode, l'abondance des matières qu'il traite , la sagacité avec laquelle il concilie des textes dont les contradictions apparentes pouvaient soulever de graves difficultés expliquent cette vogue sans exemple. On a pu cependant lui reprocher de nombreuses erreurs qui proviennent de sa connaissance insuffisante des sources et des emprunts qu'il a faits à des compilations suspectes, notamment à celles de Burchard de Worms et du Pseudo-Isidore.
l. Frlcdberg^. p. xui et s.