I. — LA DYNAMIQUE SOCIALE DE GODWIN ET CONDORCET
simplicité, « the most rigid simplicity » (l). Le système imposera-t-il une contrainte inflexible à l'individu et déchaînera-t-il l'esprit de révolte ? est-il incompatible avec l'indépendance personnelle? Là Gedwin s'élève contre tout communisme autoritaire, faisant de l'individu un instrument passif. Il condamne même la coopération, le travail en commun autant que la consommation en commun et la cohabitation.
« La réponse évidente à cette objection est que, raisonner ainsi, c'est prévoir des diflicultés à grande distance. Les trois quarts du globe habitable sont encore soustraits à la culture. La partie déjà cultivée est susceptible d'améliorations illimitées. Des m3Tiades de siècles de population toujours croissante peuvent s'écouler, sans que la terre cesse de suffire à la subsistance de ses habitants. Qui peut dire les remèdes qui se suggéreront eux-mêmes pour des dangers aussi distants de nous — » (2)
Il va même jusqu'à penser que la combinaison des efforts qu'exigent des travaux comme ceux de l'abattage d'un arbre, du creusement d'un canal, de la manœuvre d'un navire, disparaîtra peu à peu par les progrès des machines (3). Il ne parle qu'en passant de la division du travail, il ne cite Adam Smith que cette fois et l'appelle écrivain commercial {commercial icritei') ; les progrès de la division du travail sont dus surtout au luxe, et elle entraîne assez de maux pour qu'on la réduise en sacrifiant toutes les superfluités du luxe (4).
Godwin déploie toutes les audaces de son génie, et
(2) PolilicalJuslice, II, 510.
(3) II, p. 494.
déroule toutes les splendeurs de ses aspirations, dans sa réponse à l'argument admis par Wallace, que le système donnerait l'essor aune population excessive dépassantles subsistances.
11 refoule d'abord dans un avenir lointain l'hypothèse d'un excès de population relativement aux subsistances ; mais la perspective d'une limite à la puissance productive du sol ne le fait pas reculer.
Le génie de Godwin ira en effet jusqu'à prévoir la synthèse totale des principes immédiats de nos aliments.
Mais le puissant idéaliste ne s'arrête même pas à cette argumentation déjà décisive à ses yeux, et qui ser.i plus tard opposée encore à JMalthus. C'est dans l'intimilé de l'évolution de l'esprit qu'il poursuit la découverte des conditions mêmes de l'équilibre.
L'esprit deviendra un jour tout puissant sur la matière, avait dit Franklin. C'est la même foi qui guide Godwin. La préoccupation psychologique qui traverse tout son livre est de transformer graduellement les actes inconscients et involontaires, les actes réflexes en actes volontaires. 11 admet que la volonté humaine parviendra à exercer une action régulatrice sur bien des fonctions qui lui échappent, par exemple sur la circulation du sang : il admet que la science nous permettra sinon de triompher de la mort, du moins de la retarder de plus en plus ; semblablement la discipline morale que nous nous imposerons à nous-mêmes vaincra finalement nos appétits sensuels ; de telle sorte que lorsque la terre se refusera à porter une population plus considérable que celle qui aura réussi à subsister, cette population cessera probablement elle-même de se reproduire. Il y aura ua peuple d'hommes sans enfants (1).
(1) Livre VIII, cli. ix, p. 321.