II. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DE MALTHUS o
core la population, et c'est par là que le problème de l'excès de population, inséparable de celui de la répartition des richesses, empreint des exagérations qu'une interprétation hâtive des événements qui s'accomplissaient devait lui donner, prit le premier rang dans sa pensée, alors que \Aproduclio7i avait préoccupé surtoull'esprit d'Adam Smith. L'optimisme de celui-ci, le pessimisme originaire de Malthus, correspondaient à deux aspects d'une même révolution industiielle, de même qu'ils avaient l'un et l'autre leur racine dans une conception de la nature humaine.
Tel est le milieu économique dans lequel se produisit le plus radical des conflits que présente l'histoire de la philosophie économique.
Malthus a raconté, dans la préface de la première édition de son livre et rappelé dans la préface de l'édition de 1803, comment cet Essai lui fut suggéré par la lecture de fragments de VEnqidrer de Godwin sur l'avarice et la prodigalité.
11 faut en reproduire ici les principaux qui n'ont jamais été traduits ; onjugera de la hauteur dépensée de Godwin, on verra à quel point de la production indéfinie des subsistances dépendaient à ses yeux la conquête universelle du loisir, les progrès de la civilisation, ceux de l'égalité. On verra bien surtout où surgit l'objeclion de Maltlius. Enquirer, « of avarice and profusion », p. 169 : « L'inégalité étant dans certaines limites inévitable, c'est le domaine de la justice et de la vertu de conjurer les maux pratiques que l'inégalité tend à produire. Il est certain que les hommes diffèrent les uns des autres dans leurs degrés d'industrie et d'économie. Mais il est non moins certain que les besoins d'un homme sont semblables à ceux d'un autre, et que les mêmes choses
conduisent à l'amélioraticn et au bonheur de chacun, dans toute la mesure où Ihonime n'est pas corrompu par la condition oppressive et lyrannique de la société dans laquelle il est né. Les principes delà verlu réclament que les avantages existant dans toute communauté soient également administrés ; ou que les inégalités qui naissent inévitablement soient réprimées ou resserrées dans les limites les plus étroites possible. »
« Les denrées qui substantiellement contribuent à la subsistance de l'espèce humaine, forment un très court catalogue. Elles ne réclament de nous qiiune faible portion d'iîidustrie. Si elles étaient uniquement produites, et produites en suffisance, l'espèce humaine pourrait se perpétuer. Si le travail requis nécessaii-ement pour produire ces denrées était divisé équitablement parmi les pauvres, et encore mieux, s'il était divisé équitablement parmi tous, la part de travail de chaque homme serait légère, sa part de loisir serait grande. 11 fut un temps où ce loisir eût été d'une petite valeur comparative. Il est à espérer qu'un temps viendra où il sera appliqui' aux desseins les plus importants. Ces heures qui ne sont pas requises pour la production des choses nécessaires à la vie peuvent être employées à la culture de l'intelligence, à l'augmentation de la somme de nos connaissances, au rallinement de notre goût et nous ouvrir ainsi des sources nouvelles, plus exquises de jouissances. Il n'est pas nécessaire que toutes nos heures de loisir soient consacrées à des travaux intellectuels ; il est probable que le bien-être de l'homme serait plus favorisé par la production de quelques choses superflues, luxueuses, mais certainement pas celles qu'une vanité exclusive et à l'imagination malade nous enseigne à admirer ; mais il ny a pas de raison, dans le