‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 2)Chapitre 27 sur 229 · II. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DE MALTHUS · texte numérisé non relu

II. — LA DYNAMIQUE ÉCONOMIQUE DE MALTHUS

sait des maux de l'inégalité et de la misère les institutions sociales toujours modifiables et perfectibles, puisqu'elles sont d'origine historique, pendant que Gondorcet proposait leur élimination comme le dernier mot de Vart social, Malthus en dénonçait la cause dans notre nature même, et non dans les institutions politiques et juridiques, et proclamait l'impuissance absolue de l'Etat à 3' porter remède. Logicien plus implacable qu'Helvétius, il renoncera définitivement à l'égalité, parce qu'à ses yeux le progrès de la population dérivera d'un principe indéfectible, inhérent à l'individu et que l'égalité ne peut qu'en accroître l'énergie. Malthus allait être entraîné par une logique inflexible à rendre finalement imputable au pauvre sa propre infortune, en consacrant l'abstention de la société à l'égard môme des plus misérables : l'on fera ici encore un rapprochement instructif entre Adam Smith et Malthus. Smith avait trouvé dans le principe de la liberté naturelle la cause fondamentale des progrès de la richesse, et son effort avait été de ramener l'Etat à des fonctions purement négatives. Malthus donnait pour corollaire à ce principe celui d'une responsabilité personnelle \\\um[ée. Les deux économistes frappaient donc successivement l'Etat d'une double impuissance : impuissance pour le bien, impuissance contre le mal, et Vindividualisme recevait une consécration définitive et absolue ; il allait faire peser sur l'individu, mal armé pour la lutte, tout le fardeau des inégalités sociales et de l'insolidarité universelle, en réfugiant encore l'égoïsme des heureux derrière une loi de la nature, dont l'eirort spontané de l'individu pourrait seul conjurer les efî'ets.

i^ 2. Lois dynamiques de la Population et des subsistances. — Prétloininance de la méthode déduc-

tive. — Malthus attribue à tous les êtres vivants, plantes, animaux, hommes, une tendance à se multiplier d'une manière illimitée. Cette tendance de l'homme à reproduire son espèce est constante et uniforme : elle est commune à toutes les époques, la même dans tous les milieux : Population does invariably incî'ease lohere there are the means of subsistance (ch. m, 1^^ édit.). « La philosophie nous apprend, dit Malthus, qu'il ne tombe pas une pierre, qu'il ne croît pas une plante sans l'intervention immédiate de la puissance divine, mais l'expérience la plus familière nous enseigne que les opérations de la nature sont soumises à des lois constantes, et il y a lieu de croire que depuis que le monde existe, celles qui président à la population nont pas éprouvé de changement » [Essai, trad. fr., p. 312). Ces paroles nous montrent que cette tendance de l'homme est, aux yeux de Malthus, de la nature des lois physiques, comme la gravitation. En vrai physicien, il s'est préoccupé aussi de rechercher comment cette force reproductrice opérerait, si elle ne rencontrait aucune résistance, c'est-à-dire si l'espèce humaine se développait dans les conditions les plus favorables à sa multiplication. Aussi a-t-il procédé exactement comme le physicien dans la recherche des lois de la pesanteur. Le physicien étudie la chute des corps dans le vide, il étudie les oscillations d'un pendule simple, hypothétique, idéal dans un milieu sans résistance. Ainsi Malthus étudie la tendance reproductive de notre espèce dans un milieu ne présentant pas d'obstacles à ses progrès.

Les Etats-Unis lui parurent présenter ces conditions favorables. C'est là en elfet que le principe de la population rencontrait le moins d'obstacles. En efîet, le sol cultivable y était en quantité illimitée, les subsistances y

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