‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 3)Chapitre 136 sur 220 · V. — LA STATIQUB ÉCONOMIQUE BT LES CBISBS · texte numérisé non relu

V. — LA STATIQUB ÉCONOMIQUE BT LES CBISBS

concouru, et toute découverte dans les arts sera alors, dans tous les cas possibles, un bienfait pour eux tous : car après chaque progrès de l'industrie, ils pourront toujours choisir : ou d'avoir avec moins de travail un plus long repos, ou d'avoir avec le même travail plus de jouissances. Aujourd'hui, ce n'est pas la découverte qui est un mal, c'est le partage injuste que Thonime fait de ses fruits (1) ».

C'est contre un état historique marqué par la séparation des classes, l'opposition des intérêts, la concurrence illimitée et l'insolidarité universelle que Sismondi s'élève, et la question sociale qu'il pose a conservé aujourd'hui les mêmes caractères généraux.

L'effet de l'épargne du travail humain dans des conditions contraires à celles de Tordre naturel est de déterminer une concurrence plus intense entre les travailleurs, de les porter à accepter un salaire moindre pour un même travail, ou à offrir plus de travail pour un même salaire. Sismondi a mis en lumière les conditions inégales du maître et de l'ouvrier dans le débat du salaire : la nécessité du travail pressant chaque jour rouvrier qui doit travailler pour vivre, tandis que le maître peut attendre ; de la lutte entre la classe ouvrière €l celle qui la paie, dans ces conditions d'insolidarité absolue, il résulte que la classe ouvrière donne tout ce qu'elle peut donner de travail sans dépérir. Le travail • des enfants dans les manufactures, où ils travaillaient souvent alors de 12 à 14 heures, avait eu pour effet de permettre de réduire le salaire du père, sans augmentation du revenu de la famille (2V « On aurait

(1) Houcequx Principes, p. 433.

(2) Nouveaux Principes, p. 380.

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honte, dit Sismondi, de calculer le sacrifice de tant de victimes humaines, mais ce crime se commet journellement (1). » On voit par là que Sismondi admet que dans des conditions d'insolidarité universelle et absolue, le salaire gravite autour du minimum que Lassalle plus tard appellera le salaire (ïairain. Sismondi ne peut encore, à l'époque où il écrit, mesurer l'influence que les associations ouvrières, les irade-uniotis, exerceront sur le taux des salaires^ et comment elles arracheront le travail à cette fatalité apparente. Mais il rêve de rétablir par la loi entre le maître et TouVrier une solidarité légale, un ensemble de garanties qui soustraient le travailleur aux risques les plus funestes qui Tatteignent. (La conception du salaire minimum, autour duquel le salaire effectif gravite, n'a pas, chez Sismondi, un caractère absolu et invariable.

Elle est historique, elle dépend de la rupture de tous liens cT association entre les ouvriers, et entre les ouvriers et les maîtres. fLe but que poursuit Sismondi est d'assurer au travailleur un salaire naturel, qui le garantisse contre les ri sques de chômage^ de maladie, d'accident, d'invalidité. C'est à TEtat qu'il fait appel exclusivement pour y parvenir. Le salaire naturel n'est pas seulement l'expression théorique du salaire normal, c'est le salaire juste qu'il faut assurer au travail, même par l'intervention de l'Etat. Ses idées sur l'association aux profits, sur la participation aux bénéfices (2) témoignent de sa préoccupation de transformer le régime du salariat, par un retour à la solidarité entre le maître et l'ouvrier.

(i) Nouveaux PrincipeSy p. 383.

(2) Id,y II, p. 36^66.

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