II. — LA DTNAMIQOB ÉCONOMlQtlB DE MALTHUS i
aux yeux de Malthus Topération de la cause volontaire sur la marche de la population, il ne déposait pas moins dans son œuvre, et la justice commande de le rappeler, le principe d'une transformation complète : rien ne révélait a priori que Tintensité de cette cause ne dut pas varier considérablement avec les divers états de civilisation : la méthode inductive appelée à cette vérification incessante devait, par là môme, devenir prépondérante et donner finalement à la théorie de la population le plus haut degré de relativité^ un caractère historique et social tout opposé au caractère absolu, naturel et individualiste qu'il lui avait à l'origine assigné. C'est avec Sismondi que les causes historiques, Tinfluence des institutions de droit, de la répartition de la propriété, des inégalités et du degré de stabilité du revenu divisé entre les classes sociales, l'emporteront sur la cause naturelle {Nouveaux principes de Vèconomie politique, II, 1. V), moment décisif dans l'histoire des idées : suivant qu'elle sera associée au travail ou dissociée d'avec le travail, la propriété des instruments de travail agira doublement : sur la puissance productive pour l'accroître et la réduire, sur la demande d'aliments pour fortiGer ou relâcher la contrainte morale. Sismondi achèvera de préparer la conception trop exclusivement historique du problème de la population défendue par K. Marx {le Capital, 1867), en développant l'idée de l'excès relatif de population dû, dans la phase capitaliste, aux progrès du machinisme et à la périodicité des crises. Thornton {Over population and ils remédies) montrera l'influence dépressive de la misère sur le standard oflife et le moral restraint, et rat tachera le progrès de la prévoyance à la consolidation graduelle du mieux être, c'est-à-dire à la diminution des inégalités sociales : cette analyse psycho-sociologique
iiO DRUXIÈMB ÉPOQUB. — LA SGCfiNGB DBS RfCHBSSES
éclairera l'interprétation des phénomènes de popalation au XIX® siècle.
C'est ainsi que par l'expansion des besoins et l'élévation du standard of life^ la consommation moyenne de subsistances s'est améliorée quantitativement et qualitativement ; à l'accroissement des subsistances plus que proportionnel à la population et au travail correspond encore en Belgique une amélioration de la ration journalière des ouvriers (1). P, Oppenheimer et J. Wolf ont achevé de dissiper Taspect le plus sinistre de la théorie de la population, et de démontrer combien il serait inexact de soutenir encore que la population presse nécessairement les limites des subsistances^ comme si la consommation moyenne de la classe la plus nombreuse était réduite à un minimum d'existence invariable et absolu, au salaire d'airain, et que tout le surplus fût consacré à la multiplication de l'espèce. L'action régulatrice et spontanée des variations du standard of life occupe en réalité la première place dans la théorie de M. Cauderliér, dont la tendance optimiste contraste avec le pessimisme de Malthus(Zre5 lois de la populatioti, 1900).
Si on rapproche les théories de la population proposées à un siècle d'intervalle, on est frappé du contraste qu'elles présentent et on mesure la profondeur de la révolution que la méthode a accomplie. Dans l'écrit anonyme de 1798, l'instinct de reproduction de l'espèce était conçu comme une force irrésistible dont la réorga-
(1) J*ai calculé qu'elle renferme en 1853, de 60 à 79 grammes de principes albuminoïdes, 43 à 90 grammes de graisse, 347 à 595 grammes de principes hydrocarbonés. En i886, la ration moyenne renferme plus de 82 grammes d'aibuminoïdes, 78 gr. de graisse, 589 grammes d'hydrocarbonés. V. H. Denis, La Dépression économique et V histoire des prix (1895), p. 145.