‹ Histoire des systèmes économiques et socialistes (volume 3)Chapitre 84 sur 220 · IV. — LA STATIQUE ÉCONOMIQUE DB RICAKDO · texte numérisé non relu

IV. — LA STATIQUE ÉCONOMIQUE DB RICAKDO

nomie suffisante pour résister à la fois à TEtat et au banquier chargé de Tescompte. On a pu critiquer l'œuvre de Ricardo, soutenir que le collège de commissaires était une institution fragile, que Tabus de l'émission est plus à redouter de l'Etat que des banques elles-mêmes, et montrer qu'aujourd'hui l'évolution même du billet de banque, qui, cédant luL-mème au développement du chèque et de la compensation, tend à revenir au certiHcat de dépôt, dont l'émission est souvent couverte par l'encaisse, ne laisserait aucune part de bénéfice à l'Etat. Ce n'est pas à ce point de vue qu'il faut juger l'œuvre de Ricardo : il faut y voir une vaste et puissante conception du commerce national et international, de la circulation monétaire et fiduciaire, tout entière soumise à l'intérêt personnel des particuliers, tendre, sous l'empire de cet intérêt, à la réalisation constante d'un équilibre mobile, gage de la stabilité de la vie économique des nations, mais exigeant, pour échapper aux altérations abusives de la valeur des instruments des échanges, une intervention régulatrice suprême. C'est la plus haute expression que Ton puisse donner à la statique de Ricardo.

J. Stuart Mill a dit qu'avant Ricardo la théorie du commerce extérieur n'était qu'un chaos inintelligible : < Aucun des écrivains qui l'ont précédé, ajoute-t-il, neparait en avoir eu le soupçon, et il y en a peu, depuis, qui en aient compris toute l'importance scientifique. » Les travaux modernessurThistoire de la science confirment, dans une large mesure, l'opinion de Mill : « Ricardo, a dit justement BastabIe,abeaucoup plus de droits d'y attacher son nom, qu'à la soi-disant théorie ricardienne de la rente. » (1)

(i) Bastable, La théorie du commerce international, éd\t,SsiUv&\re. Jourdan, p. iil.

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Et Gonner plus décisif encore : € Avant Ricardo, tout était confusion^après lui,il fut possible de considérer la question de la valeur internationale comme un cas particulier du problème général de la valeur : cela devint possible, parce que les causes delsL diiïérence des lois rêvant rechange in- /^érieur et l'échange extérieur ont été définies. La loi du coût / comparatif fut une grande, sinon/a grande découverte de I^Ricardo. » (1) Les premiers aperçus de Ricardo sur la loi de distribution des métaux précieux se trouvent dans son écrit sur le haut prix des lingots (1809) ;c'est là qu'il exprime ridée que « Tor et Targent se distribuent entre nations, suivant certaines proportions qui ne seraient pas altéréespar leur quantité absolue, fût-elle extrêmement réduite ou extrêmement abondante ». (2) Ricardo invoque Tautorité de ses devanciers : c'est que, malgré la puissance de son génie, il se rattache par une filiation naturelle et nécessaire, aux économistes du xvin« siècle : ihemosi approved writers in poliiical economy. David Hume, dans ses Essais sur la monnaie et la balance du commerce (1752), s'applique à établir que sous l'empire de causes naturelles, contre lesquelles les effortsdu législateursont impuissants, il tend toujours à s'établir dams chaque nation une circulation monétaire proportionnelle à l'activité de chacune d'elles. David Hume intervertissait le rapport admis par l'Ecole mercantile, c'est-à-dire que restituant, comme Boisguillebert et les physiocrates, sa fonction instrumentale à la monnaie, et la subordonnant à la masse des richesses consommables que la monnaie fait circuler,!! affirmait, à raison de cette subordination, qu'elle estnaturellementen proportion définieavec cette masse.Laformule

(1) Gonner, Introductory Essay on Principles^ p. 57.

(2) CEuvfes, édit. Guillaume, p. 404.

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célèbre de J.-B. Say : c^estavec des produits que nous achetons^ de toute manièrCj ce que d'autres onlproduit, apparaît comme une déduction de cette conception instrumentale de la monnaie (]). Ricardo marque Foriginalité de son œuvre en rattachant à sa théorie du commerce international^ l'explication des mouvements de la monnaie entre nations, TinQuence qu'il exerce sur les prix^ l'action régulatrice de leurs variations ; elle préparera le re« tour à cetéquilibre entre les importations et les exportations, identique à celui qui s'opérerait sans intermédiaire de la monnaie» selon les lois de la valeur, si les rapports des nations étaient ramenés à des échanges en nature, au troc. Cependant est-il \rai de dire que nul n'a eu lesoupde celte théorie avant Ricardo? M. Sauvaire-Jourdan a mis en lumière un mémoire d'André de Bacalan (i73t)-1769), qui fait de lui un précurseur de Ricardo, (2) et il semble que Condillac Tait influencé, et à mes yeux profondément.

Cette partie de l'œuvre de Ricardo, sommairement exposée par James Mill, a reçu des développements admirables de méthode et d'ampleur dans les travaux de J.-S, Mill : et d'abord dans ses Essays on some unsettled Questions of Political Economi/y écrits en 1829-30, et publiés en 1844, et dans ses Principles of Political Economy qui sont de 1848. A. E. Cherbuliez, esprit puissamment déductit, reproduisit en 1862 la théorie de Mill avec beaucoup de rigueur de méthode. Cairnes,dans Some Leading Principles of Political Economy ^ 1874, soumit Texposé de Mill aune révision complète et à une critique partielle. Shad-

(1) Sur ce point voir Timportante Introduction de M. Sauvaire. Jourdan à la Théorie du commerce international de Bastable, p. viii.

(2) Introduction à la traduction de Ba»t&bie,p. vi«

well, en 1877, dans son System of Political Economy, Sidgwick, dans ses Principles of Political Economy^ dirigèrent contre la théorie des critiques nouvelles. En 1887, Bastable, dans son beau livre Theory a f international Trade, donna un exposé nouveau de la théorie de Ricardo en tenant compte de toutes les critiques antérieures. En 1900, son traducteur, M. Sauvai re-Jourdan, jeta de nouvelles lumières sur l'histoire de la doctrine.

£n Italie, Buzzetti reproduisait vers la même époque les éléments de la théorie de Ricardo. Plus récemment, A. Loria, dans ses Studii sulla monetay 189 i , a consacré un chapitre à la monnaie dans le commerce international, et M. Eteocle Lorini a publié, en 1896, un ouvrage considérable : La moneta e la teoria del costo comparativo, dans lequel il donne une interprétation savante du théorème de Ricardo (voir surtout § 65).

L'efTort de Cliffe Leslie, Tinflexible représentant de la méthode inductive, tendra dans ses Essais (Essay on Cairnes* Leading Principles of Political Economy) à effacer la distinction entre le commerce intérieur et le commerce extérieur, à ramener celui-là aux lois de celui-ci, en soumettant la valeur intérieure et entre nations au principe régulateur, unique de l'équation de l'offre et de la demande (1).

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