CHAPITRE III
prêtres qui s'était continué jusque là , bien qu'en s'affaiblissant déjà* 11 défendait aux évêques et aux abbés de s'engager dans les liens de la féodalité, qui les forçaient de porter les armes et les faisaient servir d'instrumens militaires aux rois. Enfin, non seulement il établissait que le pape ne serait élu que par les chefs de l'Eglise , mais que les prélats ne pourraient recevoir que du Saint-Siège l'investiture de la fônçtioçi sacrée , à laquelle ils auraient été élus par les chapitres. L'empereur Henri IV voulut empêcher toutes ces réformes, qui pouvaient seules constituer le type de la société, chrétienne : il fut excommunié ; mais, après s'être humilié devant le Saint-Siège, il s'en vengea en chassant de Rome Grégoire VII qui mourut dans l'exil, victime de sa constance à créer et à conserver le signe des transformations sociales. à venir.
Depuis ce temps jusqu'à la fin du treizième siècle , la lutte entre l'empire d'Allemagne et le Saint-Siège continua avec le même acharnement; et, pendant que la puissance impériale s'épuisait dans cette guerre, il se formait une fédération féodale de princes électeurs, ayant le droit d'élire parmi les rois de l'Allemagne l'empereur, qui lui-même était chef de la chevalerie, créateur de la noblesse, et pouvait seul conférer le titre de
roi à ceux qui l'avaient obtenu par rélection« Aussi , en vain Rodolphe de Habsbourg et ses successeurs se soumirent-ils à la puissance papale, s'appuyèrent-ils sur les villes libres où s'enfermaient les bourgeois, et cherchèrent-ils à agrandir leur domaine, ils ne purent empêcher ce morcellement du pays qui allait bientôt s'appuyer sur la réforme religieuse , et qui était tel , au sei-' zième siècle , que l'empire comptait plus de mille vassaux immédiats , villes libres , princes ou seigneurs.
La réforme qui niait le dogme , qui brisait les signes du culte , qui abolissait la hiérarchie de l'Église, fut promptement adoptée en Allemagne par ces petits seigneurs, jaloux de leur pouvoir; et elle se scinda en plusieurs sectes qui augmentèrent encore le désordre. Aussi l'empereur, soumis au Saint-Siège et à l'autorité des conciles , voulut-il en vain lutter contre le progrès de la réforme : il fut obligé d'accorder ce qu'on appelait la liberté de conscience, c'est-à-dire I9 destruction de toute unité de but social et de toute hiérarchie spirituelle : ce qui causa la guerre de trente ans.
L'Allemagne en sortit épuisée, divisée, et n'ayant même plus la pensée des transformations sociales à accomplir. La ligne anséatique des villes libres , qui se comptait à près de cent , fut