CHAPITRE ni. U
en hiérarchie chrétienne , sous ^influence et la protection de l'Eglise catholique , les républiques italiennes et suisses se levaient à la voix de Thérésie. Arnauld de Brescia , qui attaquait Feucharistie et le baptême , ces deux signes de la liberté morale , faisait révolter Rome contre le pape , chef de l'Ëglise spirituelle , et les cantons suisses contre les moines qui les avaient affranchis. L'absence d'un pouvoir unitaire et directeur ne tarda pas à porter ses fruits : tandis que les cantons se fédéraient contre l'empire d'Allemagne et en triomphaient, les républiques italiennes se déchiraient sous le nom de Guelfes et de Gibelins dans la grande querelle du Saint-Siège et de l'Empire.
Puis, tandis que les républiques de l'Italie brillaient par le commerce que l'Espagne allait leur enlever ; tandis que les arts d'imitation , détails de la grande synthèse catholique , s'y perfectionnaient dans leur forme , pour se dépraver bientôt et aller satisfaire dans la demeure des nobles, Vénitiens , Florentins , Génois et Pisans , les fan-^ taisies du luxe et de la sensualité ; les cantons se dissociaient dans la grande guerre du protestantisme et du catholicisme , et s'endormaient ensuite sous le poids de leur aristocratie , sans pouvoir continuer la transformation que l'unité
seule pouvait leur donuer la force d'accomplir* L'histoire des villes flamandes est un des exemples les plus remarquables de Timpossibilîté de l'existence d'une fédération qui n'est pas dirigée par une puissance unitaire politique, et en même temps de la supériorité de la France sur toutes les nations voisines , dans l'accomplissement des transformations chrétiennes. En vain ces villes commencèrent-elles , comme chez les peuples les plus avancés de l'Europe chrétienne , leur affranchissement dans le douzième siècle : en vain acquirent-elles bientôt une grande importance commerciale : elles ne comprirent pas que la France seule pouvait leur assurer leurs droits. Aussi , lorsqu'à la fin du treizième siècle Philippe-le-Bel voulut remplacer par l'unité française la puissance feudataire du comte de Flandre, se révoltèrent-elles contre lui.
Dès lors elles eurent le malheur de s'allier à tous les ennemis de la France : Anglais et Bourguignons au quatorzième et au quinzième siècle : Autrichiens et protestans au seizième : et leur liberté fut perdue. Les guerres religieuses, les désordres intérieurs , et le partage que se firent de ces villes les nations voisines, détruisirent chez elles toute valeur nationale. Aussi , tant qu'elles conserveront la pensée de garder leur