‹ Histoire des travaux et des idées de BuffonChapitre 186 sur 236 · Voyage à Montbar, page 3G · texte numérisé non relu

Voyage à Montbar, page 3G

DE BU FF ON

idéal, auquel ou a coutume de rapporter, comme cause, tous les effets constants, tous les phénomènes de F univers1. »

Voilà qui est très bien : la nature n’est qu’un être idéal. Pourquoi donc mettre partout cet être idéal à la place de l’être réel ? Pourquoi ? Parce qu’un être idéal est le ressort le plus commode en philosophie. Buffon suppose à la nature des vues, des 'projets 2 , des erreurs 3 , des caprices 4.

(c II semble , dit-il , que quand la nature essayait toutes les puissances de sa première vigueur, et qu’elle ébauchait le plan de la forme des êtres, ceux en qui les proportions d’organes s’unirent avec la faculté de se reproduire ont été les seuls qui se soient maintenus; elle ne put donc adopter à perpétuité toutes les formes qu’elîe avait tentées ; elle choisit d’abord les plus belles pour en

ï. Tome I, page 3 [Oiseaux).

2. «...Noos ne devons supposer à la nature que des vues fixes et des projets certains. » (Tome III, page 450, Oiseaux).

3. « La vieille nature de l’ancien continent, toujours supérieure à la nature moderne du nouveau monde dans toutes ses productions, se montre aussi plus grande, même dans ses erreurs, et plus puissante jusque dans ses écarts. » (Tome VII, page 30, Oiseaux).

4. « Toutes les parties qui, dans les animaux, sont excessives, surabondantes, placées à contre-sens,... ne doivent pas être mises dans le grand plan des vues directes de la nature, mais dans la petite carte de ses caprices, » (Tome Vil, page 109, Oiseaux).

composer le tout harmonieux des êtres qui nous environnent : mais au milieu de ce magnifique spectacle, quelques productions négligées, et quelques formes moins heureuses, jetées comme des ombres au tableau, paraissent être les restes de ces dessins mal assortis L »

Voilà donc un être idéal, la nature, qui essaie, qui ébauche , qui choisit, qui tente, etc. , etc.

Dans Bufï‘on, le mot nature se prête à tout. Là, c’est la nature qui, prise au sens actif, produit la nature , prise au sens passif : « La nature active , en produisant les êtres, leur imprime, dit Bubon, un caractère particulier qui fait leur nature propre et passive1 2. » Ailleurs : « La nature obéit aux lois établies par le souverain Être 3 ; » plus loin : « La nature est le système des lois établies par le Créateur 4. »

Bubon dit très bien : « La nature n’est point une chose, car cette chose serait tout 5 6. » Il dit beaucoup mieux encore : « La nature n’est point un être, car cet être serait Dieu (i. » Qu’est-ce donc que la nature ? « Une puissance vive, im-

Page 1