Histoire des trois journées de Février, 1848
L'œuvre des révolutions n'appartient ni à i'homme ni aux iioinnies. Elles surprennent, elles étonnent presque toujours autant ceux qui les ont faites que ceux qui les ont subies. Elles se préparent on ne sait dans quelles profondeurs mystérieuses, elles éclatent on ne sait à quelle heure. Elles s'élaborent vaguement , sourdement , dans les esprits et dans les choses. Ce qui aujourd'hui n'est qu'une espérance Indéterminée , sera demain une révolution. C'est une vaste conjuration tacite où une époque entière se trouve impliquée; les premiers conspirateurs sont les rois euxmêmes : poussés par une fatalité secrète, ils courent au-devant du flot qui doit les emporter.
Les révolutions. Dieu merci, existent toujours au fond de limbes inconnus. Comme les tempêtes, elles flottent dans les airs ; il suffit d'un coup de vent pour les accumuler aux flancs de l'horizon. Les rois y sont toujours trompés. Les événements, les hommes, toute une fantasmagorie ofRcielle, toutes les formes extérieures de la puissance, les glorifient de leur grandeur. Us comptent leurs armées , leurs flottes ; ils prennent l'opinion de ceux qui les entourent pour l'opinion de tous; ils ont confiance dans le dévouement des tribunaux, dans la crainte des peines, dans l'égoisme et la somnolence de certaines classes. Tout cela les couvre mais, au jour dit, s'écarte brusquement, et laisse passer jusqu'à leur poitrine la main qui les frappe.
Eugène PELIEM.
Revue indépendante, i«r février i812.