XV
Mais pendant que le pouvoir appelait à son secours toutes les garnisons de dehors , l'insurrection organisait l'attaque avec ce profond génie stratégique qui fait souventde tout un peuple un admirable général.
Mal armée et indisciplinée, la foule a l'instinct de ne livrer nulle part de combat. Elle se répand de tous côtés , formant, abandonnant des centres de résistance, pour les reformer plus loin. Elle désarme les petits postes et enfonce les boutiques d'armuriers. Elle inquiète, elle harcèle, elle flitigue la troupe par une succession continue d'alertes, de coups de fusil et d'escarmouches. Elle marche partout, elle parait partout, elle menace partout. Elle ouvre sur toutes les lignes
et dans tous les quartiers, un immense feu de tirailleurs.
Le temps est affreux, l'air est aigre, de nombreuses rafales viennent fouetter les visages. La pluie tombe à torrent, le peuple brave gaiement les averses. Les combattants lèvent la tète, ôtent leurs casquettes et saluent la bourrasque.
. — C'est le ciel, disaient-ils, qui se charge aujourd'hui des rafraîchissements.
Leur constance est couronnée. Le pavé monte comme un flot. Une barricade tombe sous le canon, s'efface et resurgit ailleurs. Des enfants la font, la gardent et la défendent le plus souvent.
L'insurrection ainsi comprise était insaisissable à tout le déploiement de la force armée. Elle n'était pas encore la victoire, mais elle était la prolongation de la lutte, et la lutte prolongée c'était la victoire.
Une force nouvelle allait faire pencher la balance de son côté.