XXXIV
La séance de la chambre des députés était levée; mais le peuple, un certain nombre de gardes nationaux et de députés restent dans la salle.
M. Dupont (de l'Eure) monte au fauteuil , et au milieu d'interpellations, de cris, de murmures qui partent de tous les côtés, se croisent, se répondent, se repoussent, il proclame les noms des membres du gouvernement provisoire. Ces noms sont votés d'acclamation.
Ce sont : MM. Dupont (de l'Eure), Aiago,
— iUS —
Lamartine, Ledru-Rollin, Garnier-Pagés, Marie, Crémieux.
Quand ces noms sont votés, une voix crie :
— Il faut conduire le gouvernement provisoire à l'hôtel de ville. Nous voulons un gouvernement sage, modéré; pas de sang; pas de réactions.
— A l'hôtel de ville, répond une autre voix, Lamartine en tête.
M. Lamartine sort de la chambre accompagné d'un grand nombre de citoyens.
Un jeune homme monte sur le marbre de la tribune en brandissant une arme, et cric: « Parlons pour Cliôlel de ville! »
— Plus de liste civile! répond une seconde voix.
Uîi autre jeune honnue montre du doigt le tableau qui représente le serment de Louisriîiiippe h la cliarlc.
Un autre, armé d'un fusil double, qui se trouve dans l'héraicycle, s'écrie: Attendez! je vais tirer sur Louis-Philippe. Au même instant un coup de feu éclate : la balle a frappé le portrait droit au cœur, au milieu du grand cordon.
Un autre ouvrier s'élance immédiatement à la tribune, et prononce ces mots ;
— Respect aux monuments! respect aux propriétés! Pourquoi détruire? pourquoi tirer des coups de fusil sur ces tableaux? Nous avons montré qu'il ne faut pas mal mener le peuple; montions maintenant que le peuple sait respecter les monuments et honorer sa victoire!
Ces paroles, prononcées avec énergie et une véritable éloquence, sont couvertes d'applaudissements.
On s'empresse autour de cet ouvrier, et on lui demande son nom. Il déclare se nommer Théodore Six, ouvrier tapissier.