IL EST RENVERSÉ SDR LE CHEMIN
entendre aucune parole * . Toutefois ils éprouyèrent un saisissement tel qu'ils furent renversés par terre ^. Us ae furent témoins que du miracle extérieur ; mais celui-ci en enveloppait un second d'un ordre bien supérieur et qui ne fut perçu que par Saul, parce que seul il y était préparé. Dans cette lumière il vit apparaître Jésus- Christ, et dans ces sens cohfus il entendit sa voix qui lui adressait le plus solennel appeP. L'insistance ayec laquelle F Apôtre revient plus tard sur les événements de ce jour pour établir ses droits à T^postolat^ fondés sur la vue directe et positive de Jésus-Christ, écarte absolument F idée d'une simple vision ^ Paul a réellement vu et entendu Jésus-Christ, mais le fak qu'A a été seul à le voir et à l'entendre montre combien la disposition morale importe pour la perception d'un
> Actes IX, 7. Comparez Actes XXIT, 9.— « Actes XXVI, 14.
• Baur {Paultês, p. 70, 71) s'appuie sur les légères divergences que Ton peut signaler entre le récit de Luc et ceux que saint Paul fait luimême de sa conversion pour conclure que ce récit n'est qu'un mythe. Mais ces divergences n'ont aucune importance, elles disparaissent même devant un examen attentif. Nous nous sommes efforcé de tenir compte des diverses versions de la conversion de Paul pour en présenter le tableau. Ces divergences supposées sont au nombre de trois. D'après Actes IX, 7, les compagnons de Paul entendent une voix, tandis que d'après Actes XXn, 9, ils n'entendent pas la voix de celui qui parlait. Nous avons concilié les deux récits en faisant remarquer que les compagnons de Paul entendirent des sons inarticulés, mais non une parole distincte (la voix de celui qui parlait) . D'après Actes IX, 7, les mêmes hommes ne voient personne; d'après Actes XXIl, 9, ils voient la lumière. Encore ici ils ne s'attachent qu'au côté extérieur du miracle. On peut voir une lumière sans voir une personne. Enfin d'après Actes IX, 7, les compagnons de Saul s'airêtent épouvantés; d'après Actes XXVI, 14, ils tombent par terre. Il n'y a entre ces deux traits aucune contradiction. Nous n'avons pas même mentionné l'explication naturelle du miracle, d'après laquelle Saul de Tarse aurait été renversé par un orage. Elle est au-dessous de la discussion.
* Voir 1 Cor. XV, 8.
IL EST VAINCO. *39
tel miracle. Tout miracle a une double face; une face extérieure qui appartient à tout le monde et un côté spirituel et di^vin qui n'est yisible qu'à l'œil intérieur.
Tâchons de nous rendre compte de la scène mystérieuse qui se passa sur le chemin de Damas, et dont les conséquences furent si importantes pour l'Apôtre et pour l'Eglise. Saul de Tarse est déjà ébranlé intérieurement, n a TU de près les premiers chrétiens; il a tu leur vie sainte et pure; il a vu surtout leur mort. Le souvenir d'Etienne mourant n'a pas cessé de le poursuivre. En même temps il a expérimenté toute l'impuissance de la loi ancienne ; il est comme exténué par ses combats intérieurs ; mais il fréjuit à la pensée de répudier son passé. Tous ces sentiments bouillonnent au dedans de lui tandis qu'il se dirige vers Damas. Sa conscience n^est pas tranquille ; son cœur est abattu et agité à la fois. C'est alors que Jésus-Christ lui apparaît et lui adresse cette parole : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu? » Elle trouve un écho profond au dedans de lui, et quand la voix ajoute r « Je suis ce Jésus que tu persécutes, » Saul est vaincu ; il tombe comme foudroyé ; il sent qu'il y a déjà longtemps qu'il lutte contre l'aiguillon qui le transperce. La lumière s'est faite pour lui, ses doutes sont dissipés; il voit, il croit. Etienne ne s'était pas trompé; Jésus-Christ estbi^i le Seigneur de gloire, et c'est lui qu'il allait encore persécuter à Damas. Quel bouleversement total ! quel accablement ! Après une telle découverte, Saul est brisé, anéanti; il n'est plus luimême! Ce ne sont pas seulement les yeux de son corps