i ISRAËL EST UN PEUPLE-PRÉTRE
(le frappants exemples, les préceptes si variés concernant les souillures corporelles, les ordonnances qui règlent la purification, toute cette partie minutieuse de la législation mosaïque est destinée à réveiller incessamment l'idée de la sainteté dans le cœur de l'Israélite, et à lui montrer que le Dieu saint réclame la pureté intérieure et extérieure chez ses adorateurs. Ce rituel n'a rien de puéril; il applique au détail de la vie la grande pensée qui a présidé à l'élection d'Israël, il la fait surgir ' des moindres circonstances ^ ; il lui rappelle ce glorieux sacerdoce dont l'investiture lui avait été donnée formellement : « Si vous obéissez à ma voix et si vous gardez mon alliance, lui avait dit Jéhovah, vous me serez un royaume de sacrificateurs et une nation sainte -. »
Cette prêtrise nationale ne suffit pas au législateur divin ; il institue au sein du peuple-prêtre un sacerdoce spécial qui est en quelque sorte le judaïsme à sa seconde puissance, car c'est une élection dans l'élection, une séparation dans la nation séparée. Une famille, la famille d'Aaron, est mise à part pour constituer cette prêtrise '; une tribu entière, celle de Lévi, est vouée aux divers offices du culte de Jéhovah "*. 3Iais cette prêtrise particulière détruit si peu la prêtrise générale qu'elle est considérée comme une délégation de celle-ci; les prêtres et les lévites remplacent les premiers-nés mâles de chaque famille. Aussi tirent-ils leur entretien des dîmes
1 Voir, pour le détail de ces puriflcationSj De Wette, Archxologiej §§ 55, 187 à 190.
« Exode XIX, G, 7. Lévit. XXI, 26.
3 Exode XXIX. Lév. XXI.
* Nomb. Vm, 14-18.
LE SACERDOCE JUIF. 27o
que chaque Israélite doit prélever sur son bien. L'idée de la prêtrise est formulée avec autant de précision que de profondeur dans ces paroles : « Demain FEternel « donnera à connaître celui qui lui appartient et celui « qui est consacré, et il fera approcher de lui celui « qu'il aura choisi ' . » Ainsi le prêtre est dans un rapport spécial avec Dieu ; il est choisi par lui, séparé de son peuple par une révélation positive, et il a pour vocation de s'approcher de l'Eternel. ^N'ous retrouvons ici les principaux traits qui nous ont frappé dans l'élection d'Israël : relation directe avec Dieu, séparation de la masse des hommes et consécration religieuse. La prêtrise joue donc en Israël le même rôle qu'Israël joue dans l'humanité. Elle concentre les privilèges et les obligations du peuple élu. Le grand prêtre, qui est revêtu de vêtements symboliques rappelant tous sa consécration à Dieu et qui porte ces mots significatifs inscrits sur la plaque ornant sa tiare : Sainteté à l'Eternel, peut être considéré comme le Juif idéal, l'Israélite par excellence, la personnification vivante de sa nation-. Mais en même temps le droit qu'il possède seu'l d'entrer dans le saint des saints rappelle au peuple la gravité de ses péchés qui l'empêchent de communiquer librement avec Dieu. Israël se sent coupable et souillé, mais non pas rejeté, puisqu'il peut s'approcher de Jéhovah par la médiation du sacerdoce. Les prêtres sont avant tout des sacrificateurs. Leur oflBce principal est de verser le sang des victimes sur l'autel, de brûler les parties de la victime destinées
1 Nomb. XVI, 5.
'- Bahr, SymboliU, t. H, p. 11-22.