LA RÉPUBLIQUE DE PLATON
aux guerriers, la raison aux philosophes. La tempérance, qui consiste chez l'individu à soumettre la partie inférieure de l'être humain à sa partie supérieure, est réalisée dans la république par le maintien de la hiérarchie sociale, et ainsi elle est aussi bien pratiquée par les basses classes que par les magistrats et les guerriers. Grâce à cette ^c^tu, l'harmonie est conservée dans l'Etat, qui arrive à refléter, en quelque mesure, l'harmonie et l'unité du monde des idées.
Toutes les graves erreurs reprochées à Platon dans le tableau qu'il nous trace de la république idéale, découlent de l'erreur fondamentale de son système. S'il supprime la propriété, s'il anéantit la famille en sanctionnant la communauté des femmes, s'il ne conçoit l'éducation qu'en dehors de la maison paternelle, il ne fait qu'obéir à l'impulsion générale de sa dialectique, qui implique le sacrifice de l'individualité au fantôme de l'unité, et qui n'accorde aucune valeur aux parties du tout comparées au tout lui-môme; les barrières derrière lesquelles se réfugie la vie privée doivent être abaissées, car la communauté de tous les biens est l'idéal d'une république vraiment philosophique. Logiquement, Platon eût dû aller plus loin; il eût dû aboutir à l'ascétisme absolu, contenu en germe dans tout dualisme. Mais la Grèce, et surtout la Grèce après Périclès, n'est pas l'Orient. L'air qu'on y respire rend les hommes libres et forts; il pousse au déploiement de l'activité. Platon n'a donc pas professé l'anéantissement universel, mais seulement Teffacement de l'individualité. De même qu'il a vu dans le temps une image mobile de l'éternité.