‹ Histoire des vierges: les peuples et les continents disparusChapitre 11 sur 63 · LES QRANDBS FÊTES DU CULTE · texte numérisé non relu

LES QRANDBS FÊTES DU CULTE

Le brahQianisme compte vingt-quatre grandes fêtes obligatoires, pendant lesquelles tout travail, toute affaire sont arrêtées.

Le rajah descend de son trône pour prendre part aux sacrifices, et augmenter par sa présence la solennité des cérémonies.

Les tribunaux suspendent leurs séances.

Les marchands ferment leurs boutiques.

Les agriculteurs abandonnent les travaux des champs.

Les armées en présence font trêve à leurs querelles.

Les esclaves respirent...

De rinde entière s'élève un immense cantique à la divinité.

Lorsqu'on étudie ces étranges coutumes en remontant à tra-* vers les âges pour en rechercher l'esprit, on comprend que cette multiplicité de fêtes ne fut instituée par les brahmes que comme un moyen de plus d'asseoir solidement leur domination religieuse.

« Une religion^ dit Montesquieu, chargée de beaucoup de pratiques attache plus à elle qu'une autre qui l'est moins.

Oq tieDl beaucoup aux choses dont on est contiDuellement occupé, lémoin Tobstination tenace des mahométans et des juifs, et la facilité qu'ont de changer de religion les peuples barbares et sauvages, qui, uniquement occupés de chasse ou de guerre, ne se chargent guère de pratiques religieuses. »

{Esprit desLois^ livre XXV, ch. n.)

« Dépositaires, dit Dubois en parlant des brahmes, d'une religion à laquelle ils assignent une origine qui se perd dans la nuit des temps, ils savent habilement mettre en œuvre les traditions fabuleuses qui leur servent de base, telles que les aventures merveilleuses de leurs dieux, de leurs géants, de leurs anciens rois, les gestes miraculeux de leurs anciens philosophes; enfin Tesprit de retraite et le lecueillement de leurs anachorètes. L'austérité quelque outrée qu'elle soit de leurs pénitents, l'abstinence rigoureuse qu'ils s^mposent à euxmêmes, leurs jeûnes fréquents, leurs purifications journalières, leurs attentions excessives concernant la propriété extérieure et intérieure, leurs prières, leurs exercices contemplatifs, le secret impénétrable et l'air de mystère qui accompagnent leurs sacrifices et la plupart de leurs cérémonies, les livres sacrés dont ils sont les dépositaires exclusifs; tout cela concourt à étayer l'empire qu'il leur a été si facile d'acquérir sur les esprits qui paraissent enclins à n'accueillir que ce qui éblouit rimagination ou choque le sens commun. »

Ceci n'est 'il point vrai dans tous les temps et sous toutes les latitudes ?

Voici rénumération rapide de ces fêtes : 1® l'Ougahdypoudja (fêle) qui tombe à la nouvelle lune de mars, et qui correspond au commencement de l'année. Sacrifices et prières en l'honneur de la trimourty (trinité) créatrice. Bénédiction de l'année qui commence. Dans l'intervalle des cérémonies^ les

lodous se font mutuellemeDt des visites accompagnées de présents.

Nos coutumes identiques nous viennent sans aucun doute des émigrations indoues.

2° La Cbristnasya-poudja, qui tombe fin mars. Ou honore par des hymnes, des processions et des sacrifices, Tanniversaire de la naissance de Christna, la plus célèbre des incarnations de Vischnou.

3® La Pouléars-tchoutti ou fête des dieux pénales, protecteurs des villes et des villages.

4° L'Ayoudha-poudja, destinée à célébrer Bahvany ou Brahmy, femme de Brahma, Lakmy, femme de Vischnou, et Parvady ou Sakty, femme de Siva, toutes trois protectrices des arts et des sciences.

Dans les traditions populaires cette solennité est appelée Vija-désamy ou fêle des armes. Les soldats, les pions armés, les ouvriers en fer et en bois et généralement tous ceux qui travaillent avec des instruments tranchants considèrent cette fête comme étant spécialement celle de leurs castes.

Ces deux dernières poudjas tombent en avril.

8° La Siva-rattry ou nuit de Siva, spécialement dédiée à la troisième personne rfe la trinité.

6° La Vischnou-rattry, consacrée à la deuxième personne de la trinité.

7® La Brahma-rattry , en Thonneur de Brahma » la première personne de la trinité.

Cette fête n'est plus célébrée qu'à Djaggernat où Brahma a conservé un autel. Le culte spécial de ce dieu a disparu des pagodes de Tlnde, qui ne séparent pas la première personne de la trinité de celle de TÊtre irrévélé existant par lui-même.

8° La Swayambouhva-poudja ou fêle de la Grande came première , existant par elle-même , germe immortel de tout ce qui existe.

Ces quatre solennités ont lieu en raai et en juin.

9® La Mourta-poudja , anniversaire de la mort de Christna , rhomme-dieu assassiné par les prêtres et déifié ensuite par eux.

10° La Gahoury-poudja, ou fête des dieux domestiques. Les laboureurs réunissent leurs instruments d'agriculture ; le charpentier, ses haches, ses scies et ses rabots ; le maçon^ sa truelle et sa règle ; le tailleur, ses ciseaux et ses aiguilles ; le chasseur, ses armes ; le pêcheur, ses filets ; le tisserand, son métier; récrivain, son stylet, etc.. ; les femmes, leurs paniers, meules, pilons et ustensiles de ménage, etc., et le brahme pourohita vient les bénir, et appeler sur eux la protection des dieux domestiques.

Ces fêtes se célèbrent en juillet.

llo Dans les premiers jours d'août a lieu la Dassara-poudja qui met en liesse toutes les écoles de l'Indoustan. Elle dure neuf jours.

Les étudiants, parés avec grâce, parcourent les rues des villages et des villes, chantant de petits poëmes composés pour la circonstance, par eux ou leurs professeurs, et exécutent des danses en frappant, en mesure , sur de petites raquettes. Cet exercice terminé , il est d'usage de faire des cadeaux aux professeurs.

Cette fête est aussi célébrée, comme la leur, par les ofSciers des armées.

Pour augmenter l'éclat de cette solennité, les rajahs et les princes ne dédaignent pas de se mêler à l'immense concours de curieux qu'elle attire. Et de toutes parts, dans des lieux destinés à cet usage, s'organisent des jeux dans lesquels les vainqueurs reçoivent des prix proportionnés à leur victoire.

Ces jeux commencent le cinquième jour de la fête, après Taccomplissemfent des cérémonies religieuses, et durent jusqu'à la fin.

Le premier jour ont lieu des courses à pied ou en chars.

Le second, des luttes d'athlètes , venus des différents pays pour se déûer, et qui s'abordent les poings armés de gantelets garnis de tranchants en corne. Entièrement nus, ils se provoquent par des cris et des gestes, s'attaquent avec une fureur extraordinaire, et ne tardent pas à rougir Tarène de leur sang; le combat dure jusqu'à ce qu'un des deux combattants demande merci; il y a souvent mort d'homme des deux côtés.

Le troisième jour, ont lieu les combats contre les animaux î pareils aux gladiateurs romains qui n'ont fait que continuer la tradition asiatique, des hommes à gage, entretenus par les princes, se mesurent avec des tigres, des panthères, des ours, des crocodiles ; et tels étaient leur habileté et leur courage, que les traditions antiques sont pleines de leurs exploits victorieux.

Le quatrième jour, les djllys se provoquaient à qui supporterait les plus atroces blessures.

Sur le soir du dernier jour de la fête, les princes distribuaient les prix aux vainqueurs.

12» La Divouligay-poudja, ou fête des moissons et du feu. Vischnou , conservateur et protecteur de la nature entière, y était principalement invoqué.

Toutes les pagodes, toutes les maisons particulières étaient illuminées pendant trois jours, et des lampes consacrées étaient suspendues à toutes les colonnes des carrefours.

Pendant la durée de cette fête les cultivateurs se réunissent et font de nombreuses processions, appelant les bénédictions du dieu sur leurs champs ainsi que sur les fruits de la terre, et les temples regorgent de fidèles venant consacrer des lampes à la divinité.

13° Dans le mois de septembre se célébrait la Naga-poudja,. dans laquelle les pouléars ou dieux inférieurs, protecteurs des villages, étaient invoqués pour qu'ils eussent à préserver leurs

adorateurs des morsures des serpents, si communes pendant la saison chaude.

14<* La Sakty-poudja ou fête de la fécondation universelle, que les uns célèbrent en juin et d'autres dans la dernière

quinzaine d'août, suivant les latitudes.

Nous avons donné dans notre ouvrage « Christna et le Christ », en étudiant le symbolisme indou, la description de cette fête étrange, où toutes les castes et tous les sexes se mélangent dans d'épouvantables orgies dont les saturnales de la Grèce antique ne furent qu'un écho...

15° Au commencement d'octobre avait lieu la fête du Gange, des fleuves et des étangs sacrés, propices aux ablutions.

160 Dans le mois d'octobre était célébrée également la Calypoudja en l'honneur de Caly, déesse des sacrifices humains. Cette fête, tombée en désuétude plusieurs milliers d'années avant notre ère, est antérieure à la civilisation védique, et n'a subsisté quelque temps pendant cette période que par le sacrifice des esclaves pris à la guerre.

17» La Tibavaly-poudja était l'anniversaire de la victoire remportée par Vischnou sur le génie du mal.

18® La Cartigay-poudja avait été instituée pour célébrer le triomphe des dieux sur les géants qui voulaient envahir le ciel, conduits par Kayamonyasaura, géant à tête d'éléphant. Ces deux dernières fêtes tombaient en novembre.

19® Les premiers jours de décembre voyaient les solennités du Maha-navamy ou fête des morts. Les ancêtres y sont spécialement honorés, et en même temps que des cérémonies continuelles ont lieu dans les temples pendant sept jours, chaque habitant devait accomplir dans sa demeure le sacrifice des ancêtres.

Celte fête que l'on célèbre encore aujourd'hui était tellement obligatoire que suivant un dicton populaire on pouvait vendrç ses enfants et sa femme plutôt que de ne pas l'observer.

iûP Venait ensuite la fête destinée à annuler les maléûces des démons pisatclias, rakchasas et autres mauvais génies, et pour cela non-seulement tous les dieux, mais encore tous les demi-dieux, et tous les saints personnages étaient invoqués.

21** Au début de la lune de janvier^ on offrait des sacrifices aux pitris ou esprits familiers, sans cesse en communication avec les hommes pour les guider vers le bien.

22® Puis avait lieu le Pongol dont nous parlerons bientôt plus longuement.

23° Ensuite venait la fête desdévas, esprits supérieurs aux pitris, intermédiaires entre la divinité et ThOmme, et dont un des rôles consistait à conduire après leur mort les âmes des hommes près du juge des enfers et à les défendre.

24° Enfin avait lieu l'invocation et les sacrifices à Yama, juge des enfers.

La plupart de ces fêtes sont encore en usage aujourd'hui ; mais les solennités ayant suivi la progression des castes, il serait impossible de dénombrer toutes celles que le fanatisme religieux, — la plus triste et la plus dégradante de toutes les folies, — a mis en honneur dans les temps modernes.

On reconnaîtra aisément celles de ces fêtes que le catholicisme a adoptées.

Nous nous sommes borné à indiquer ces solennités religieuses, sans descendre dans le détail de leurs cérémonies. Il en est une cependant qui s*est conservée telle quelle à travers les siècles depuis le dernier pralaya — déluge — et qui à ce titre mérite une description spéciale, nous voulons parler du Pongol.

Nous en extrayons les détails d^un recueil de légendes et traditions religieuses, dû à Tinitiative de Thomme de génie qui avait doté la France de l'empire de Tlnde — nous avons nommé Dupleix — et qu'il voulait faire servir aux écoles mixtes

qu'il avait fondées dans le but d'amener le mélange des deux races.

— La plus solennelle de toutes les fêtes indoues est celle qui porte le nom de Pongol dans le sud de Tlndoustan, et de Mahasankranty dans le nord.

Le nom de sankranty est celui qui est donné au premier jour du mois solaire, c'est-à-dire à celui où le soleil passe d'un signe du zodiaque dans l'autre.

Cette fête consacrée à l'apparition du soleil dans un nouveau signe est censée se célébrer au jour anniversaire du dernier déluge.

L'arrivée de cette fête est un signal de réjouissances générales, et les indous ont deux bonnes raisons pour cela : la première, c'est que le mois qui précède le Pongol et qui est entièrement composé des jours malheureux, est enfin passé; la seconde, c'est que le mois qui le suit doit être infailliblement composé de jours heureux.

Pendant le mois néfaste, précurseur du Pongol, un sannyassi — pénitent — s'en va de porte en porte vers les quatre heures du matin, et frappant sur une plaque sonore de bronze, il réveillé ceux qui dorment, les avertit de se tenir sur leurs gardes et de prendre les précautions nécessaires contre les influences malignes de ce maudit mois, en apaisant par des adorations et des sacrifices le dieu Siva qui y préside. Dans cette intention, les femmes vont tous les jours à la porte de la maison enduire de fiente de vache un espace de trois pieds carrés, sur lequel elles tracent plusieurs raies blanches avec de la farine de riz ; elles rangent ensuite dans ce carré plusieurs boulettes de fiente de vache ornées chacune d'une fleur de flamboyant — on sait que la fiente de vache est un désinfectant des plus énergiques. — Ces boulettes ornées de fleurs sont destinées à chasser les esprits mauvais qui hantent les abords des demeures ; chaque soir elles sonf récoltées soigneusement.

et on les conserve jusqu'à la Gn du mois. Ce jour arrivé^ les femmes chargées de cette cérémonie les placent dans une corbeille neuve, et s'en vont, précédées par des instruments de musique et en frappant des mains, les porter hors de leur habitation et les jeter dans un étang ou dans quelque rivière écartée.

Le Pongol ou Maba-sankranty a toujours lieu ausolstice d'hiver, époque où le grand astre ayant atteint le terme de sa course vers l'hémisphère austral, se rapproche du sud et revient visiter les peuples de l'Indoustan.

La fête dure trois jours.

Le premier est appelé Boghy-pongol ou fête de joie.

Ce jour-là les parents et amis se visitent, se font des présents mutuels, se donnent des repas, et tout se passe dans les divertissements et les plaisirs.

Le second jour porte le nom de Sourya-pongol — fête du soleil ; — en effet, la solennité de ce jour a pour objet spécial d'honorer cet astre.

Les femmes mariées, après s'être puriûées par des ablations qu'elles font sans ôter leurs vêtements, et encore toutes mouillées, font cuire , en plein air , du riz dans du lait — «ogvenir symbolique du premier repas pris par les hommes qui purent échapper à Tenvahissement des eaux . Dès que Tébullition se manifeste, elles se mettent à chanter toutes ensemble : Pongol ! ô Pongol! — Pongol! ô Pongol!

Peu après le vase est enlevé de dessus le feu et porté devant la statue de Vischnou-vignessouara, Vischnou-sauveur, à laquelle on offre une partie du riz , et le reste de la nourriture est mangé par les assistants, — souvenir symbolique de la première offrande à la divinité après le pralaya — déluge.

Ce jour-là les Indiens se rendent encore des visites et en s'abordant les paroles qu'ils doivent s'adresser sont celles-ci : — Êtes-vous parvenu à faire du feu ? Votre riz a-t-il bouilli ? A

LES GENÈSES DE L'HUMANITÉ. 8i

quoi ôa répond : — Nous avons trouvé du feu, et notre riz a bouilli.

Souvenir symbolique du premier feu allumé, à grand peine, pour faire cuire le riz après le déluge.

Le troisième jour est nommé Pongol des Bassouvas (taureaux) . Dans un grand vase plein d'eau on met de la poudre de curcuma, des graines de Tarbre appelé paraty et iJes feuilles de margousier; après avoir bien mêlé le tout ensemble^ on en arrose les vaches et les taureaux, en tournant trois fois autour. Tous les hommes de la maison vont se placer successivement vers les quatre points cardinaux et font, quatre fois, le prosternement des six membres appelés sachtangas, devant ces animaux.

On peint de diverses couleurs les cornes des vaches, et on leur met au cou une guirlande de feuillages verts entremêlés de fleurs à laquelle on suspend des gâteaux , des cocos, et autres fruits qui se détachent bientôt par le mouvement brusque de ces animaux, sont ramassés et mangés avec empressement, par la foule, comme quelque chose de sacré. Après avoir conduit les vaches, en troupe, hors de la ville ou du village, on les force à s'enfuir de côté et d'autre, en les effarouchant par le bruit confus d'un grand nombre de tambours et d'instruments bruyants. Ce jour-15, les bêtes peuvent paître partout sans gardien ; et, quelques dégâts qu'elles fassent dans les champs, il n'est pas permis de les en chasser.

Les cérémonies de ce troisième jour sont motivées par une des plus vieilles tradition^ indoues sur le pralaya.

D'après cette tradition, les hommes échappés au déluge durent leur vie à un troupeau de vaches qui, néfugiées sur les hauteurs de THiniavat — Himalaya, — pendant et après le grand cataclysme, les nourrirent de leur lait. Et c'est en souvenir de ce service signalé que le troisième jour de la fête du Pongol leur était consacré, et que ces animaux avaient le droit

de brouter en liberté dans les champs de riz, de maïs ou de cannes à sucre.

C'est de cette légende également qa*est né le culte du bœut que nous retrouvons chez tous les peuples anciens, culte tout symbolique destiné à conserver les services du passé et à constater les services présents rendus à Tagriculture par ce précieux animal, et non à le considérer comme un dieu.

Ni rinde^ nil'Égypte, ni la Grèce primitive n'ont adoré le bœuf ni aucune autre espèce d'animaux , et les historiens et philosophcâ catholiques qui continuent à éditer cette pieuse calomnie ne font que se décerner un brevet d'ignorance.

On trouve au cinquième livre du Prasada (poème des poèmes)^ vaste recueil de traditions antiques , de curieuses explications sur les motifs qui faisaient conserver des animaux dans les pagodes. Le principal était que la plupart des animaux étant assouplis au service de l'homme par la castration, il était nécessairede ne pas abandoaneraux basses castes inintelligentes le soin de choisir et de conserver les plus beaux types destinés à perpétuer la race. Il fut défendu aux soudras de posséder des étalons, ce privilège étant réservé aux pagodes, qui, Tavidité sacerdotale aidant, durent en tirer de gros bénéûces. De là les taureaux Bassouvas,dans l'Inde, et les taureaux Âpis, en Egypte^ que l'on traite fort à tort de bœufs.

Les anciens avaient un tel mépris pour les eunuques qu'ils n'eussent certainement point infligé cette triste situation à UQ animal révéré*

Pour rinde le fait est certain, il a toute l'authenticité de la tradition éorUe. Les Bassouvas étaient les taureaux types destinés à la reprodiiption, et chaque pagode, chaque temple même^ dans le plus petit village, en entretenait quelques-uns.

Quant h l'Egypte, si nous n'avons rien de précis sur ce point, tout nous démontre que les hiérophantes n'ont dû changer en rien la tradition apportée de l'Inde par leurs ancêtres.

Nous savons, du reste ^ aujourd'hui que dans ce pays chaque temple avait égalemeut ses taureaux sacrés.

A Memphis, ils s'appelaient Apis.

A Héliopolis, ils recevaient le nom de^Mnévis.

A Thèbes, celui d'Onuphis.

De même que Tlnde avait le Pongol des Bassouvasou fête des taureaux,

L'Egypte avait la fête des Apis, pendant laquelle les taureaux sacrés étaient promenés en grande pompe par les prêtres.

De même que les folies de nos' immorales mascarades du moyen âge n'étaient que des souvenirs des saturnales antiques,

De même que toutes les sculptures ithyphalliques, que nous rencontrons dans nos vieilles cathédrales, sont l'œuvre d'ouvriers inconscients qui ciselaient sur la pierre des représentations du linguam indou et du phallus égyptien sans en connaître les symboles,

Dé même nos promenades de bœufs, accompagnés de divinités mythologiques, ne sont que des dégénérescences des fêtes antiques.

Sans leur avoir donné asile dans leurs temples, les Romains faisaient à tel point cas de ces animaux que, selon l'expression de Columelle, il valait mieux tuer un citoyen qu'un bœuf.

« Bovis tant a fuit apud antiquos veneraiio^ ut tam capitale esset bovem occidere quam àvem, »

Les Athéniens furent très-longtemps sans immoler ces animaux dans leurs sacrifices.

Ainsi ce culte et ces fêtes sont le fruit des traditions diluviennes et du souvenir, conservé par l'homme, des immenses services que les bœufs et les vaches leur avaient rendus, soit par leur croît, soit par leur lait, soit par l'aide qu'ils en avaient reçue pour les travaux des champs. Quant à Tasile qui leur était accordé dans les pagodes, il est prouvé que les prêtres

étaient guidés en cela par le désir naturel de surveiller la reproduction et la conservation des belles races.

C'est arinsi que tout s'explique par des causes naturelles, dans le passé de Thumanité, quand on veut Tinterroger avec les simples lumières de la raison.

On ne se douterait pas de la quantité d'erreurs que notre époque a encore à liquider, pour arriver à une science exacte des civilisations anciennes.

Depuiâ seize ou dix-huit siècles, tout ce qui pense, tout ce qui écrit, à de rares exceptions près, s'est groupé autour de la Bible et des croyances chrétiennes, avec l'idée préconçue de ne rencontrer plus haut que de ridicules superstitions.

Ainsi c'était un fait acquis, indiscutable, que les Égyptiens adoraient non-seulement des animaux, ibis, crocodiles, serpents^ etc.. mais encore des légumes, comme Toignon^ Tail et le poireau ; des fruits, comme la grenade ; des Heurs, comme le lotus, et, à l'heure présente encore, alors que le savant rit tout bas de ces sottes inventions, il semble ne pas se douter que le prêtre catholique les inculque à son Qls et lui fausse le jugement sur le véritable esprit des civilisations de l'antiquité. Toutes les générations s'élèvent, l'intelligence farcie de ces absurdités, en faveur desquelles on invoque l'autorité de quelques écrivains latins ou grecs qui n'ont connu TÉgypte que très-superficiellement.

<c L'oignon et Tail, dit l'égyptologue Beauregard, n'ont point été chez les Égyptiens l'objet d'un culte superstitieux.

« C'est plutôt le contraire que l'on est amené à croire quand on considère les faits.

a D'une part, Hérodote, à propos de la construction de la grande pyramide de Giseh, celle de Ghéops, rapporte que les légumes — et au nombre de ces légumes figurent les oignons et rail, xpojjLua xal <r)copoSa — dont furent nourris les ouvriers

qui trayaillèrent à rédiûcation de celte pyramide coûtèrent seize cents talents. D'autre part, nous savons que les Israélites, devenus esclaves en Egypte, s'y nourrissaient de légumes parmi lesquels se comptent les oignons.

c Or les Égyptiens employaient comme manœuvres leurs esclaves à Taccomplissement de leurs grands travaux d*édiûcation et de terrassements, et les Israélites furent esclaves chez les Égyptiens.

c Les esclaves mangeaient donc des oignons et de Tail, tandis qu'au contraire les Égyptiens s'abstenaient d'y mordre, comme lé dit Ju vénal.

« D'où il faut conclure que les Égyptiens, en s'abstenant de manger de l'ail et des oignons, avaient pour ces légumes, dont ils faisaient la nourriture de leurs esclaves, non du respect, mais du dédain et de Taversion , parce que l'ail et l'oignon étaient des aliments grossiers qu'ils regardaient comme indignes d'eux. » *

Cette question reçoit un éclaircissement complet si Ton remonte aux coutumes de Tlnde.

Nous voyons dans Manou et au Brachmanaa-sastra que l'usage de l'oignon et de l'ail était défendu aux brahmes sous les pénalités les plus sévères, à cause de l'impureté de ces légumes...

Non, ni l'Inde ni l'Egypte n'ont adoré ni des animaux ni des légumes... et, quelque grossières que fussent les superstitions, quelque ridicules qu'aient été certaines de^ cérémonies du culte vulgaire, elles n'eurent jamais que la divinité pour objet...

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