CRAON. — SEGRÉ
de Craon. Robert de Vitré, gendre de Guérin, son allié dans sa révolte et son héritier, mourut au moment de reprendre et de continuer la guerre, et sa mort donna ouverture à une solution qui termina tout. Robert de Ne vers était veuf; il se maria avec Berthe de Craon, fille de Guérin et veuve de Robert de Vitré. Il avait un fils de son précédent mariage ; il lui fit épouser une fille qu'avait Berthe elle-même. La famille des Craon , coupée par le pied dons Guérin, repoussa ainsi dans Robert de Nevers et dans son fils. Elle se continua après eux, et fleurit en branche directe jusqu'en 1394, et, dans les branches collatérales, un siècle de plus environ. Isabeau de Craon, le dernier rejeton de la branche directe, fit passer, par son mariage, la baronnie de Craon aux Sully, par lesquels elle fut transmise, de la même manière, aux La Trémouille; puis, par La Trémouiile, de la même manière encore, à Henri de Bourbon, prince de Condé (1586); puis, à Louis de Longny, par vente ( 1 630 ) ; puis, enfin, aux Laforèt d’Armaillé. la baronnie de Craon avait juridiction sur quarante paroisses ; ses seigneurs prenaient le titre de premiers barons et sénéchaux de l'Anjou.
Les Craon ont joué un rôle important dans l'Anjou . quelques-uns même ont obtenu une célébrité qui est sortie de la sphère de leur province. Le plus connu est Pierre de Craon , voleur et dissipateur du trésor que Louis I”, duc d’Anjou, destinait à son expédition d’Italie (1384), auteur du guet-apens dont Olivier de Clisson faillit être la victime (1392), bandit auquel vinttrès-bizarremeut la pensée de demander pour les condamnés & mort l’assistance d'un confesseur, à leurs derniers moments , ce qui ne se faisait pas avant lui , et ce qui , grâce à lui , se fit toujours par la suite, lin autre Craon, père de celui-ci, prisonnier à la bataille de Poitiers, fut au nombre des otages retenus en Angleterre après le traité de Brétigny ( 1360), et intervint, plus fard, comme négociateur, au traité de Guerande, conclu entre les Blois et les Montfort (1365). Antoine de Craon, fils de Pierre, du parti de Bourgogne, fut soupçonné d’être l'un des assassins du duc d'Orléans (1407). lin autre encore, capitaine de quelque habileté, fit la guerre en Lorraine sous Louis XI , et fut gouverneur des deux Bourgognes après la mort de Charlesle-Téméraire. .frgfljj
Parmi les villes de l'ouest, Craon est l'une de celles qui ont tenu, jusqu'à la fin et à outrance, pour la Ligue. Le prince de Conti et le duc de Montpensier vinrent l'assiéger en 1592. Le siège fut mené avec lenteur ; le duc de Mercceur eut le temps d’arriver de Nantes au secours de la place, et , grâce à l’imprévoyance de* chefs de l'armée royaliste, il put aux portes de Craon leur livrer une bataille dans laquelle il les défit complètement. A lu suite de cette bataille , les cadavre* des morts auxquels on n'avait pas donné la sépulture occasionnèrent une peste qui, par se* ravages, produisit bientôt elle-même une horrible famine.
Craon avait un château très-fort et de bonnes murailles; Heuri IV les Ht raser et démolir, en 1604. l’n nouveau château y a été construit, à la fin du xviii'siède; c'est un des plus beaux et des plus considérables de la contrée. Craon, aujourd'hui compris dans le département de la Mayenne, est un chef-lieu de canton de l'arrondissement de Châteaugontier ; il compte 4,000 habitants.
Au-dessous de Craon et situé aussi sur l'Oudon, se trouve Segré, dont on
ANJOU
ignore l’origine, ville obscure et peu importante dans le passé, chef-lieu d’un des arrondissements de Maine-et-Loire, et se développant avec peine à la faveur de la position inattendue que lui a faite la nouvelle division territoriale et administrative de la France. On en évalue la population à 1,500 habitants; celle de l’arrondissement est d’environ 59,000 Ames.
Segré a fait partie du douaire de Bérangére , femme de Kichard-Cœur-de-1 jon (1199); ensuite il a formé l'une des annexes les plus constantes de la seigneurie de Craon. En 1006, il fut pris par Conan U, duc de Bretagne,' et en 1122, par les Anglais. A cette dernière époque, Segré avait un cbAteau ; les Anglais le détruisirent; ils mirent la ville à contribution, retinrent ses principaux habitants comme otages, et firent sur les troupeaux et tout le bétail de son territoire une véritable et complète razzia. De Segré, lis Anglais se dirigèrent du côté du Maine. Le comte d'Aumale les atteignit à la Brossinière et les battit Tous furent tués ou pris, une centaine excepté. Jean de La Bouille, qui les commandait, fut fait prisonnier lui-mème. Cet avantage rendit à Segré ses otages et tout le butin que les Anglais lui avaient enlevé. Pendant les guerres de religion, les ligueurs de l’ouest occcupèrcnt Segré et reconstruisirent son ehAleau 1 159t ). Après la pacification, Henri IV fit démolir cette forteresse; il n'en reste plus que qnelques ruines insignifiantes.
Pouanré est situé A l'angle que forment les départements de Maine-et-Loire, de la Mayenne, d'Ille-et-Vilaine et de la Loire-tnférieure, sur les étangs où la Verzée, l’un des affluents de l'Oudon, prend naissance. Ménage fait dériver son nom de IHidenliurnm ; d’autres lui donnent l'étymologie plus ambitieuse de f'otrntia Cirsaris, et prétendent que Pouancé fut un des postes importants du conquérant des Gaules dans ses opérations contre les peuples de l'Armorique. Ce qu'il y a de certain, c'est que si l'origine de Pouancé est antérieure à Foulques- Néra , cette ville fut ou moins restaurée par lui comme l’un des points les plus importants du son système de défense de l'Anjou. Les ruines qu’elle offre encore aujourd'hui offrent un type curieux de la fortification et de la castramétation féodales.
La position de Pouancé A l'extrême frontière, dut souvent l'exposer aux attaques des Bretons. Conan II l'assiégea et força le seigneur qui l’occupait pour les comtes d'Anjou, à lui rendre hommage (1065). Lors de la guerre qui éclata entre Charles V et la Bretagne, A la fin du règne de ce prince, Jean V s'empara de Pouancé (1379) et le garda jusqu'en 1381. Plus tard, à l'occasion de la querelle du duc d’Alençon avec le duc de Bretagne, eu H31, Pouancé fut assiégé par celui-ci. La paii intervint avant la fin du siège. En 1VV3, Pouancé subit un nouveau siège dirigé par le duc de Sommerset qui, au bout de deux mois, fut obligé de le lever. Les seigneurs angevins qui ont possédé Pouancé et les seigneurs bretons qui ont possédé la Guerche , se confondent , si loin qu’on puisse remonter, et les deux fiefs, quoique de mouvance différente , n’ont pas cessé, jusqu'à la révolution, d’étre réunis dans les mêmes mains. La maison primitive de la Guerchc-Pouancé a duré jusque vers la fin du mh* siècle ; In Guerche et Pouancé passèrent par mariage, A cette époque, dans celle des vicomtes de
CRAON. — SEGRÉ Beaumont, puis dans celle des Cliamnillard, puis à la branche royale d'Alençon. En 1561, Anne d’Alençon, marquise de Montferrat, vendit Pouancé et ses dépendances à Charles de Cossé, duc de Brissac, dans la Camille duquel ils sont restés jusqu'à la révolution. En 1652 Louis de Cossé créa un haut-fourneau qui fut alors regardé dans la contrée comme un phénomène. Baronnie autrefois, Pouancé est maintenant un chef-lieu de canton du département de Maine-et- Loire ; sa population s'élève à environ 3,000 habitants.
Ingrandes tire son nom de ingressus Andium, entrée des Andes, entrée de l'Anjou. Cette ville est sur la Loire. On croit qu'après la bataille de Conquereux (992) , Foulques-Néra et Conan I" établirent en ce lieu la limite de l'Anjou et de la Bretagne , et jusque vers la fin du siècle dernier, on a pu voir, au milieu de la ville, une grosse pierre qui marquait en effet la séparation entre les deux provinces. Ingrandes se trouvait ainsi moitié en Bretagne et moitié en Anjou ; elle est encore partagée aujourd'hui entre le diocèse de Nantes et celui d'Angers.
La ville a dù, sinon son origine, au moins ses développements, à un prieure qui y fut fondé , en 1095 , par Orri du Izvuroux-Bottereau. Elle a eu d'abord des seigneurs particuliers ; puis elle est passée dans la maison de Craon et de là dans celle de I-aval. Gilles de Retz, l'un des membres de cette dernière maison, la vendit, en 1137, au duc de Bretagne qui en fit hommage au duc d'Anjou, et qui la laissa à l’un de scs bâtards, à la postérité, duquel elle appartenait encore au xvni* siècle. Nous venons de nommer Gilles de Retz; tout le monde sait son point de départ , l’infamante série de ses chutes, et sa fin. Nous avons raconté, dans la notice sur Nantes , l'horrible histoire de ses débordements , de ses folies, et de ses crimes. Gilles de Retz a non-seulement été seigneur d'Ingrandes, mais il a eu non loin de là l'une de ses résidences de prédilection. Quand on va d'Angers à Nantes , avant d'arriver à Ingrandes, on traverse un petit bourg du nom de Chantocé, et l'on y remarque des ruines d'un aspect particulièrement aride, triste et flétri : ces ruines sont celles d'un château que Gilles de Retz habita souvent et où furent retrouvés les cadavres de quarante de scs victimes. « Par les pièces du procès, lit-on dans {'Histoire de Bretagne de dom Lobineau, le nombre des enfants qu'il sacrifia dans scs châteaux de Chantocé et de Machecoul se montait à près de cent, sans compter ceux qu’il avait fait mourir à Nantes, à Vannes et ailleurs. » Ce n'est pas seulement, du reste, par cet épouvantable drame que le souvenir d’ingrandes se rattache à l'histoire : les comtes d'Anjou y possédèrent longtemps une forteresse élevée par leurs soins (1119) pour la sûreté de la province et qu'on appelait la bastille d'Ingrandes. Le bourg fait aujourd’hui partie du département de Maine-et-Loire ; on y compte 1 ,500 habitants.
Craon a un commerce assez important de grains et de bestiaux. Il y a dans les environs de Segré plusieurs carrières d'ardoises, mais elles sont beaucoup moins considérables que celles d’Angers. L’usine métallurgique de Pouancé est encore aujourd'hui la seule que possède l'Anjou. On a établi récemment des verreries à lugrandes. Craon a vu naître deux prédicateurs célèbres, Antoine Cohon et Bernard Guyard: l’un , évêque de Mmes, prononça l'oraison funèbre de Louis XIII ; l’autre, moine de l'ordre de Saint- Dominique, se fit connaître par quelques m (il
506 ANJOU
ouvrages de théologie. Cette petite ville a eu, en outre, l’honneur de donner le jour, en 1757 , à l'illustre auteur du Voyage en Syrie et des Ruines, Constantin- François Chassebœuf, plus ronnu sous le nom de Yalney, qui n'est que la traduction en arabe de son nom de famille. Urbain Robinet, grand vicaire de Paris au milieu du xvin* siècle et auteur de diverses dissertations canoniques, est né à Ingrandes. '