‹ Histoire des villes de France (volume 4)Chapitre 14 sur 128 · ARC1S-SUR-AUBE · texte numérisé non relu

ARC1S-SUR-AUBE

Seine. { duodecim pontes). On n'en vint pas aux mains, et (frire a l'intervention des grands, les trois frères se promirent même paix et alliance. Mais la querelle se renouvela bientôt, envenimée encore par la haine des deux reines F'rédéffonde et Brunehnut. En 599, celle-ci, vaincue par sa rivale et chassée par les Austrasiens, fut obligée de s'enfuir, et parvint, seule et inconnue, dans les environs d'Arris-sur-Aube [in arciacensi citmpania). Cest là qu'elle rencontra un pauvre homne qui consentit à lui servir de guide, et qui la mena en Bourgogne auprès de son petit-fils Thierry.

Il est question à différentes reprises de la ville et du canton d'Arris-sur-Aube dans les documents de l'époque carlovingienne. En 852, l.othaire se rend à Troyes, et va joindre son frère I.ouis-le-Cerinnnique, en passant per Atbcnsem paijum et Tullum civitutem. L'éditeur du Recueil des historiens de trame croit que les mots albensis par/us peuvent signilicr le canton de l'Aube, ou, avec quelques changements de lettres, celui d'Arcis. En 853, Charles-le-Chauve envoyant ses commissaires dans les provinces, désigne l'évêque Wénilon, Eudes et 1 tonal, pour faire des visites dans les pays de Troyes, de Sens , et in tribus areisinis et in duobus brionisis. Suivant les géographes, les noms de ces trois cantons Arcisini, viennent d ’Arciaca ad Album ( Arcis-sur-Aube ), d ' Arriea ou Arcisa (Arcsur-Aujon), d 'Arcicaad Tilam ( Arc-sur-Tille I ; enfin, une lettre de Charles le -Chauve, datée de l’an 872, dans laquelle sont énumérées les possessions de l'abbaye du Mouticr-la-Celle, mentionne le pagus arciaeensis.

En 960, Manassès, évêque de Troyes, fonda à Arcis, en l’honneur de saint Baussenge, dont on avait retrouvé les restes, un prieuré de l'ordre de Saint- Benolt, qu'il soumit à l’abbaye de Marmoutiers. La seigneurie d’Arcis avait anciennement le titre de comté. Dans le x' siècle, elle était entre les mains d'un seigneur appelé liilduin, qui prenait le titre de Cames arciuccnsis campaniœ. Au xni' siècle, Arcis sur-Aubc faisait partie des domaines des comtes de Champagne; elle avait en même temps des seigneurs particuliers. En 1270, Thibault VU, comte de Champagne, ratifia une charte par laquelle Jean, Dominas Arceiarum , chevalier, déclarait avoir vendu une terre à Pierre, évêque de Troyes, à la réserve des droits de régale, l’évêché vacant. Arcis rentra avec le reste de la Champagne sous la domination des rois de France. En février 1555, François I" autorisa les habitants à fortifier leur ville. Au xvi* siècle, les protestants et les catholiques se la disputèrent, et le prince de Condé parvint à s’en rendre maître. La campagne qui environne la ville jusqu'à Ch, ‘lions était alors, dit Fauchet, fort dilTamée, à cause des voleurs qui s'y pouvaient aisément cacher, sans être aperçus des paysans jusqu’à ce qu’ils fussent enveloppés.

Le 25 décembre 1719, un coup de fusil, tiré dans une cheminée, occasionna un incendie qui consuma une partie de la ville d’Arcis. Soixante maisons furent détruites. Louis XV donna cent mille francs pour réparer les pertes que les habitants avaient souffertes. Mais un nouvel incendie , arrivé le 25 avril 1727, ruina en moins d'une heure deux cent vingt-huit maisons, l'église des Cordeliers et l'église paroissiale, construite en 1503 et placée sous l'invocation de saint Étienne. L'échevinage de Troyes envoya généreusement des secours aux incendiés d'Arcis qui mouraient de faim. M. (irassin, riche seigneur du pays, consa-

champagne.

<to une partie (le sa fortune au rétablissement de la ville. Aussi les habitants-voulurcnt perpétuer la mémoire de celle bonne action par une inscription gravée sur une colonne. Piron composa ce beau quatrain, qui est connu de tout le monde :

Une flamme cruelle a dévoré ces lieux ;

Gressin les rétablit par sa muuiliceiice.

Que ce marbre à jamais serve à tracer aux yeux

Le malheur, le bienfait et la reconnaissance.

Le dernier événement de l'histoire d’Arcis-sur-Aube, dans les temps antérieurs à la révolution, avait donc été une catastrophe; la première page de son histoire moderne fut une bataille qui amena la destruction presque totale de la ville. On était au 20 mare 1814. Les alliés, après s’Otre avancés jusqu'à une petite distance de Paris, avaient commencé à opérer un mouvement de retraite. I. 'armée française suivait la rive droite de l'Aube. Elle arrive de bonne heure près d’Arcis, sans avoir l’iutcntron d’y entrer; mais l'avant-garde ayant aperçu un gros de troupes ennemies qui se pressaient d’arriver dans la ville. Napoléon ordonne une reconnaissance. Les premiers détachements qui se jettent sur les alliés, après avoir franchi le pont de l’Aube et traversé Arcis, rencontrent une vive résistance ; on les fait soutenir, mais les forces de l'ennemi s'accroissent dans la proportion de huit contre un. Napoléon reconnaît qu'il est engagé avec l'armée entière de Schwartzembcrg. Scs troupes commencent à plier sous les coups d'une formidable artillerie. Il accourt , traverse au galop le pont et la ville d'Arcis ; sa présence sur le champ de bataille relève l'ardeur de nos soldats. Napoléon met lui-méme l'épée à la main, combat à la tète de son escorte , et plusieurs fois enveloppé dans les charges de cavalerie , il ne doit son salut qu’à son courage et au dévouement de ceux qui l’entourent. Un obus tombe à quelques pas de lui, et la vue du péril fait reculer les soldats les plus rapprochés; l'empereur lance résolument son cheval sur l'obus, et attend le coup. Le projectile éclate, Napoléon disparaît un instant dans un nuage de poussière et de fumée. Mais ce n’est pas là qu’il doit périr. Ricntût il se relève, abandonne son cheval qui vient d'étre tué, en reprend un autre et va affronter de nouveaux périls.

Les soldats français, renfermés dans Arcis par l’armée ennemie qui se développe par degrés et forme un demi-cercle, se rallient dans les faubourgs, en crénèlent les maisons et s'y maintiennent à la faveur de la nuit. Mais on ne peut espérer une longue résistance; la petite ville d'Arcis brûle de tous les eûtes, et est en partie détruite. Le 21 au matin, l'armée commence à évacuer la place. On ne combat plus pour remporter la victoire, mais pour arrêter l'ennemi et permettre aux troupes françaises de se retirer en bon ordre; les durs de Tarente et de Keggio restent les derniers sur la rive gauche de l'Aube. Napoléon , forcé de laisser libre la route de Paris, se porte vers la Haute-Meuse et la Lorraine.

Après tant de désastres et grâce à l'industrieuse activité de ses habitants, les rues d’Arcis se sont relevées plus régulières que les anciennes. La population de la ville est de 3,000 âmes; celle de l'arrondissement de 36,443. On fait à Arcis un commerce assez considérable de groins , et particulièrement de seigle , d'orge et

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