VASSY. — JOINVILLE
Vasalacum , Vmseium, qu'on écrivait autrefois Yuassy, Waissy, est aujourd'hui l’un des chefs-lieux administratifs de l'ancien Voilage , dont Joinville a été la capitale jusqu'à la fin du xvt siècle; il est situé sur la rive droite de la Puise, qui a sa source près du village de ce nom. S'il faut en croire certains auteurs dont l'opinion nous semble offrir un degré suffisant de probabilité, l'emplacement de Vassy est le même que celui d'une ancienne cité des Yadirasses, que l'empereur Caracalla livra aux flammes vers l’an 21t. Cette ville, d'ailleurs, n'a point d'histoire, à proprement parler; et son existence ne nous est révélée même, jusqu'à la seconde moitié du x \T siècle , que dans quelques diplômes particuliers ou ordonnances des rois de France. Ainsi, par exemple, un acte scellé, qu’on trouve dans le Trésor des chartes, nous apprend qu’en 1308 la commune de Vassy élut des députés aux États-Généraux, et nous voyons dans des lettres patentes de Louis XII.
1. Adrien de Valois , ffotitia Gatliarum H Gesta Francoruin. — Ia‘ ( initia christiana. — Maliillon , Annale* bénédictines. — Fleury, Histoire ecclésiastique. — Les chroniques de IMoos- Irelcl. — Trésor des chartes. — Ordonnances des rois de France.— Vallel de Yiriville, Archives historiques. — Annuaire de l’Aube.
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en date de l'année 1506, que les habitants jouissaient de privilèges cl franchises qui leur furent confirmés par le roi.
Les annales de Joinville, sans être extrêmement rirlies, ont cependant un intérêt incontestable. L’origine de cette petite cité, sise sur la rive gauche de In Marne, à quatre lieues et demie de Vassy, est fort incertaine, et ses différentes étymologies ont partagé les savants. Nous mettons de cêté toutes celles qui ne soutiendraient point la discussion : comme Junonis villa, Janivilla, ville de Junon, ville de Janus. Quant à Jovis villa ou Jovinivilla, et Juannis villa, corrompu en Joanvilla , l'une et l’autre méritent notre attention. Selon les partisans de la première, Flavius Jovinus, Bernois de naissance et général des empereurs Jovicn et Valentinien dans les Gaules, le même à qui l’on attribue, non sans raison, la fondation de Joigny, fit construire, l’an 369, une tour sur le terrain même occupé par la ville actuelle ; au pied de celte tour se fuma bientôt une bourgade à laquelle le général romain imposa son nom : ville de Jovin , Jovin-ville , Joinviltr. D'après les partisans de la seconde étymologie, la ville, au contraire, n’aurait été bâtie que dans le xi* siècle; ils lui donnent pour fondateur l'un des plus puissants seigneurs de la (Champagne, nommé Jeun de Troyes, et ils s'appuient de l'autorité du célèbre cardinal de Lorraine, qui, né au (bateau de Joinville, n'appelait jamais la cité que J (munis villa , ville de Jean.
Le premier sire de Joinville dont nous ayons connaissance, fut un chevalier nommé Étienne, seigneur de Yaltitius, ou de Vaux, lequel épousa lu sœur de Gcoffroi II , comte de Joigny. C'est lui qui fit bdtir le château de Joinville. Un de ses descendants, Geoffroi 111, dit le Vieux et le Gros, sire de Joinville, suivit Louisle-Jeune dans la Terre-Sainte, en 1147; il avait de grandes qualités, qui lui valurent l'estime de Henri lrr, comte de Champagne, et le titre de sénéchal héréditaire de cette province (1158). Geoffroi IV, surnommé Trouillart ou Valet, fils de Geoffroi-le-Vieux , alla combattre aussi les infidèles sous la bannière de Ilirhard-Cour-de-I.ion (1184-1196). Simon I" fit la guerre à Blanche, comtesse de Champagne ; elle lui avait refusé l'investiture de la sénéchaussée héréditaire jusqu'à la majorité de son fils Thibault. Simon, renonçant à son hommage, se rangea du parti de Thibault, duc de Lorraine; et la comtesse Blanche n'obtint sa soumission qu'à la condition de lui céder la sénéchaussée, à lui et à scs héritiers, et do faire ratifier cette cession par son fils lorsqu’il aurait atteint l'ilgc de mnjorilé. Le sire de Joinville prit ensuite la croix , comme ses ayeux (1218). lie retour dans ses domaines, il défendit le comte Thibault de Champagne, attaqué par les barons de France, et se jeta dans la ville de Troyes; son nom intimida tellement les confédérés , qu'ils renoncèrent à faire le siège de la place (1247).
Mais le titre le plus glorieux de Simon est d'être le père de Jean 1", sire de Joinville, si célèbre par sa Vie de saiul Imuis, dont il fut l'ami et le compagnon d’armes pendant vingt-deux ans. Haconter toutes les circonstances de celte amitié qui les honora l'un et l'autre, ce serait faire l'histoire du règne de saint Louis et de sa première expédition dans la Terre-Sainte, où Jean I" l'accompagna. Il faut lire dans les mémoires du noble et naïf historien comment il se prépara à ce grand et périlleux voyage de la Palestine. On était à Pâques fleuries. «Toute cele
VASSY. — JOINVILLE* semaine, dit-il, fûmes en Testes et en quarolles (banquets) que mon frère le sire de Yauquelour et les autres riches homes qui là estoient, donnèrent à manger chascuu l'un après l'autre, le lundi, le mardi, le mercredi. » Le sire de Joinville alla ensuite eu pèlerinage à Blécourt et à Saint-Urban, nprès avoir pris rongé de sa famille. Tandis qu’il se rendait dans ces saiuts lieux, nous dit-il encore, ses regards ne se retournèrent point vers le château, tant il craignait que le cœur ne lui faillît d’attendrissement : «je ne voz onques retourner mes ycx vers Joinville, pourre que le ruer ne me altendrisist du beau ehastel que je lessoie et de mes deux enfans. »
Quand il revint dans ses domaines après une absence de cinq ans, Jean trouva son peuple entièrement ruiné par les exactions de toute espèce auxquelles on l’avait assujetti. Cette leçon ne fut point perdue pour lui, cor il refusa de suivre Louis IX dans sa seconde expédition en Palestine. Jean mourut à l'Age de quatre-vingt-quinze ans, et fut enseveli dans l'église de Saint-Laurent, attenante au rliAtcau (1319). Après son retour de la Terre-Sainte, il avait accordé, en 1258, une charte d’affranchissement aux habitants de Joinville.
Son fds Ancel ou Anceau, investi comme lui de la sénéchaussée de Champagne, parvint en outre, en 1338, à la dignité de maréchal de France. Iles lettres-patentes de Charles-le-Bel l'avaient autorisé, en 1324, à percevoir un droit de jurée sur les habitants de Joinville, et il s'était dessaisi, dix ans après, entre les mains de Philippe de Valois, du fief de Vaucouleurs, en échange de ceux de Pessessc et de Charmont , que, depuis la réunion du comté de Champagne, la couronne avait sous sa nue mouvance. Henri, fds d’Ancel, lui succéda en 1351, et resta entre les mains des Anglais à la bataille de Poitiers (1356). Il laissa une lille nommée Marguerite, qui avait épousé en troisièmes noces Ferri, seigneur de Guise, Dis puîné du duc Jean de Lorraine. Guise perdit la vie dans la même bataille où son beau-père fut fait prisonnier (1415), et son (ils Antoine mit, en 1410, la sirrrie de Joinville sous la suzeraineté du roi Charles VII.
Claude de Lorraine, arrière-petit-fils d'Antoine, affranchit, en 1524, les Joinvillais de diverses servitudes, entre autres celle de formariage, qui n'était pas la moins odieuse. L’héritage qu'il avait recueilli de son père Kené II, se composait de la sircrie de Joinville, des comtés d'Aumale et de Guise, et de la seigneurie de Mayenne. Il eut le malheur de ne pouvoir éloigner les troupes de Charlcs-Quint, qui brûla Joinville en 1544. Son fils fut ce François de Lorraine, grand homme d’état , grand homme de guerre , dont le nom seul rappelle le génie, le courage et les services. On a beaucoup reproché à sa mémoire, sur le témoignage de Théodore de Bèze et des autres écrivains protestants , le déplorable événement connu sous le nom de massacre de Vassy mais François s'est toujours énergiquement défendu d'y avoir pris part. Voici le fait : en 1560, le 1" de mars, le duc, venant de Joinville avec la duchesse sa femme et le cardinal son frère, (pii l'accompagnaient à Paris, passa par la ville de Vassy, où depuis six mois les prédicateurs protestants avaient établi une église réformée. Sur trois mille habitants, le tiers environ s'était converti aux nouvelles doctrines. Soit par curiosité, soit par bravade, deux hommes de la suite du duc de Guise
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entrèrent dnns la grange où sc faisait le prêche, et, de ee eontoet entre des esprits profondément aigris et depuis longtemps hostiles, il résulta des désordres qui dégénérèrent hientét en lutte ouverte. Deux rents cavaliers, soixante hommes d'armes de la compagnie du duc et ses arrhers se trouvaient réunis dans la \ ille ; les forres n'étaient doue pas égales : les calvinistes n'avaient d'ailleurs que des pierres pour se défendre. Ceux-ci ayant jeté dehors les deux intrus qui troublaient le prêche, les üirrains se portèrent à l'assaut de la grange, dont ils n’eurerd jkis de peine à s’emparer. Sous les coups d'arquebuse et de pistolet des catholiques, soixante personnes tombèrent mortes, deux cents grièvement blessées. I.e massacre, commencé dans la grange, se poursuivit dans la nie et jusque sur les toits; il dura une heure entière. Ce fut le premier coup de feu et comme le signal de ces longues et terribles guerres de religion dont nous avons été appelé si souvent à raconter les conséquences déplorables.
François de Guise ne survécut pas longtemps nu massacre de Vassy. Il fut blessé, comme on sait, par Poltrot, d'un coup de pistolet, au siège d’Orléans, et mourut six jours après (2V février 1 563 ), en demandant la grilce de son assassin. Los obsèques du duc eurent lieu à Paris, dans la cathédrale de Notre-Dame; elles furent magnifiques. F.nsuite on emmena son corps à Troyes, où le cortège funèbre arriva le 25 mars, sur les deux heures de l'après-midi. Le clergé de la ville, suivi des membres de la municipalité et du bailliage, des citoyens les plus notables et de la milice liourgeoise, alla le recevoir au faubourg Saint-Martin jusqu'à l'église Saint-Antoine. Puis le cercueil fut déposé dnns la cathédrale, sur un riche catafalque; on y célébra un service pompeux, le lendemain 2G; et enfin, le clergé avant reconduit les dépouilles mortelles du duc jusqu’à In Trinité-Saint- Jacques, les notables jusqu'au Pont-Huliert, elles prirent la route de Joinville où on les descendit dans le caveau de ses ancêtres.
Henri de Lorraine, le balafré, premier du nom, fils aîné de François, hérita du génie et de l'ambition de son père, pendant In vie duquel il porta le titre de prince de Joinville , cette baronnie ayant été érigée en principauté l'an 1552, par le roi de France, Henri H, qui avait beaucoup d'estime et d'affection pour François de Lorraine. Charles , fils de Henri , fut , avec Mayenne, un des chefs de la ligue: il se réconcilia avec Henri IV en 150V. Son lils et successeur , Henri, deuxième du nom , célèbre par son expédition de Naples de 1GV7, mourut sans postérité le 2 juin 106V. Louis-Joseph, son neveu, épousa, en 1667, Élisabeth d'Orléans , duchesse d’Alençon , seconde fille de Gaston de France. Il en eut un fils, François-Joseph, décédé sans enfants comme son grand-oncle Henri (1675). Marie de Lorraine, plus communément appelée mademoiselle de Guise, dont il était petit-neveu, devint alors princesse de Joinville. Elle ne se maria point, et l'héritage de la maison de Lorraine fut recueilli par la fille de Gaston, en sa qualité de petite-fille de Henriette-Catherine de Joyeuse, mère de Marie. Le titre de prince de Joinville passa dans la seconde maison d'Orléans. En 1790, le duc d’Orléans vendit le château des anciens seigneurs de la ville, sous l’expresse condition qu'on le démolirait. Cette clause fut fidèlement remplie par les acquéreurs : on ne trouve aujourd'hui aucunes traces de ce vieux manoir, dont l’as|iert était si imposant. Pendant les jouis, de la terreur, l’esprit de profanation viola