‹ Histoire du Beaujolais (volume 2)Chapitre 1 sur 171 · Histoire du Beaujolais · texte numérisé non relu

Histoire du Beaujolais

Un de mes meilleurs amis1, des plus qualifiés de la province, connaissant, par l'honneur qu'il me faisait de souffrir quelquefois mon entretien chez lui, à Villefranche, quelque talent que je pouvais avoir dans la connaissance de l'histoire dont il est très capable et dont il avait vu quelques échantillons et ouvrages que j'avais composés çà et là, m'inspira le dessein de faire celle de Beaujolais, à quoi il m'aida beaucoup, tant par divers mémoires de sa grande et belle bibliothèque qu'il me fournissait continuellement que par les belles lumières dont son bel esprit qui n'ignore rien, me faisait part de temps en temps. M'étant laissé insensiblement persuader à ses discours et ayant tracé2 le plan d'un ouvrage de si haute entreprise, je conviai par une lettrecirculaire les trois ordres de la province à agréer mon dessein et à me vouloir favoriser, en même temps, des mémoires de leurs maisons et familles qu'ils jugeraient y devoir tenir place; à quoi j'ai vaqué tout autant que j'ai pu depuis quatre ans en ça.

En ce temps-là, je n'avais aucune pensée pour Dombes que je regardais comme pays étranger et tout à fait hors de la monarchie et du royaume de France, quoique enclavé des terres de Bresse et du Franc-

i . L, T, V : Un de mes amis les plus qualifiés de. — 2. L, T, B : dressé. Hist. du Beaujolais. II. 1

Lyonnais, depuis l'échange de ladite Bresse contre le marquisat de Saluces, l'an 1601, sans considérer qu'il a toujours appartenu à mêmes seigneurs que le Beaujolais, qu'il a couru même fortune et a été sujet aux mêmes révolutions et changements, à la réserve de la souveraineté qui n'a jamais été altérée ni contestée, au contraire qui a toujours été maintenue par nos rois qui s'en étaient emparés, ensuite de la désertion du connétable de Bourbon, l'an 1523 l. J'avais, dis-je, borné mon dessein à faire simplement le narré historique des cent vingtsix paroisses qui composent le Beaujolais à la part du royaume, sans penser à traverser la Saône, ni m'attacher a cette souveraineté qu'on a appelée, pendant quelques siècles, assez2 improprement, le Beaujolais à la part de l'Empire, à cause, comme j'ai dit, qu'il avait toujours appartenu à mêmes seigneurs qui n'en faisaient qu'un état uni et conjoint avec le Beaujolais au deçà de ladite rivière.

Quelque temps après, ce brave et généreux seigneur, à qui j'ai toute l'obligation de l'entreprise de cet ouvrage, m'ayant fait part d'un factum imprimé au sujet d'une femme artificieuse, nommée Catherine Lamachart, appelante d'un arrêt du parlement de Dombes au privé conseil du roi, ce factum, qui était l'ouvrage d'une savante plume, m'ayant instruit de beaucoup de choses que je ne savais pas, me donna courage de l'étudier et d'y rêver sérieusement, et on dit pour l'ordinaire facile est inventis addere, de l'étendre au mieux qu'il me serait possible, non pas pour vouloir enchérir sur ce travail qui était fort judicieux, mais pour en orner et enrichir mon histoire, que j'ai cru devoir être défectueuse si traitant d'une partie, je manquais à l'autre qui ne fait qu'un même corps, quoique différente, quant à la souveraineté, c'est pourquoi je l'ai déguisé tant que j'ai pu et lui ai donné tout une autre forme pour n'encourir le reproche que le poète Horace fait à Celsus qui dérobait dans la bibliothèque du palais impérial les riches pensées de divers auteurs qu'il débitait puis après comme de pures émanations de son esprit grossier.

Onidmihi Celsus agit? monitns multumque monendus, Privalas ut quaerat opes et tangere vitet Scripta Palatinus quœcumque recepit Apollo;

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