CHAPITRE X
DE LA VILLE DE TREVOUX, CAPITALE DU PAYS DE DOMBES ET DE SA CHATELLENIE
Le R. P. Chifflet, dans Y Histoire de Tournus l qu'il a composée, dit que Tivurtium ou Trivultium 2 est Trévoux, capitale de la Dombes, sur le côté gauche de la Saône, à trois lieues de Lyon, car depuis Trévoux, qui est à la pente d'une colline, il y a, sur le coteau de montagne, une grande plaine qui est fermée entre le bord gauche de la Saône et le bord droit du Rhône, en s'étendant jusqu'à Lyon [qui] fait la pointe de cette île triangulaire, voisine des Allobroges,de laquelle Polybe et Tite-Live font mention en l'histoire d'Annibal, et Polybe la dit être fort semblable, et en grandeur et en figure, au delta de l'Egypte, et tient que ce fût en cette plaine, plus que capable de cent mille combattants 5, que se donna la sanglante bataille entre Severus et Albinus, laquelle Dion et Hérodien assurent avoir été donnée auprès de Lyon.
Cette ville est d'un grand circuit et mal peuplée pour l'étendue de ses murailles, d'autant qu'elle enferme une montagne en son enceinte, le château est au plus haut lieu de la ville, tout ruiné. Il n'y reste qu'une tour.
La ville de Trévoux était anciennement de la terre de Villars, c'està-dire que dans la révolution du royaume de Bourgogne advenu aux empereurs, les seigneurs de Villars s'en saisirent ou la possédaient déjà. On veut dire qu'ils en faisaient hommage à l'église de Lyon, mais c'était d'un péage qu'ils leur avaient engagé, et qu'ils ont depuis racheté.
Elle fut vendue, l'an 1402, et l'onzième août, par Humbert VU, sire de Thoire, seigneur de Villars, à M. Louis de Bourbon, devenu seigneur de Beaujeu et des terres de Dombes, avec les châtellenies du
1. G : à Dijon, chez Philibert Chavance, rue Saint-Jean, au Petit Jésus, 1644. — 2. B : Trivurtium ou Trivuctium. — 3. L, T, B : habitants.
H ht. du Beaujolais II. 7
Châtelard et d'Ambeyrieu, au sujet que le duc de Bourgogne députan. audit sire de Thoire la souveraineté des terres de Bugey *, ensuite d'un arrêt donné en son parlement de Dôle, se voyant sans enfants, et le seigneur de Bourbon, désirant fort s'accommoder desdites terres qui étaient à sa bienséance, les acheta au prix de 30.000 francs d'or 2. Ce contrat fut passé à Trévoux aux maisons basses du sire de Villars, en la chambre derrière la chapelle, le vendredi après la fête Saint-Laurent. De quoi le comte de Savoie étant marri, à cause que ces terres étaient dans sa prétendue seigneurie de Bresse, il fit ses efforts pour acheter celles du Bugey et la terre de Villars duditHumbert de Thoire, de peur que ledit sieur de Bourbon ne s'en prévalût par autre achat, comme il avait fait des autres, et comme pendant la prison d'Edouard, dernier seigneur de Beaujeu, Amé VIII, comte et premier duc de Savoie, eut obtenu de l'empereur Venceslas, le 17 mai 1398, lettres patentes du vicariat général de l'Empire 3 avec tous les privilèges que ses prédécesseurs empereurs avaient accordés aux comtes de Savoie, il avait contraint tous les nobles chevaliers et écuyers de Dombes ciaprès nommés à lui faire reconnaissance, le 14 septembre de la même année 4, pour les châteaux, maisons, juridictions, revenus et autres biens qu'ils avaient au-dessous des limites de Dombes, savoir : les sieurs Henri, seigneur de Varax, Fromentin du Saix, Henri de Juis, Girard d'Estré, seigneur de Baneins, Hugues de Challes, Guichard de Challonnare5, Jean de Franchelins, Humbert de Chaneins, André de Villette et Antoine du Saix ; plus Jean de Coligny, seigneur d'Andelot, Philibert de la Baume, sieur de Valufin, Humbert de Corgenon, sieur de Mallonas, Guillaume de Saint-Amour, Etienne de la Baume, François de Longue-Combe, Pierre Gerveysin de Bellin, seigneur de Château-Rouge, Humbert de Fromentin, Pierre de Vuerterel, Guionnet Fellay et André de Saint-Amour, lesquels déclarèrent qu'ils faisaient lesdites foi et hommage sans préjudice et à la réservation des foi et hommage, fidélité et droits féodaux qu'ils devaient à M. de Beaujeu. Ceci se vérifie par les actes du trésor de Villefranche ; mais le sieur Guichenon rapporte la chose autrement, il dit bien que cet hommage se fit à Bourg avec solennité, le 9 septembre, en la présence
1. G : liasse I du coffre 9, sous la cote E. -- 2. Hist. de Bresse, fol. 233. — 3. G : Hist. de Savoie, fol. 448. — 4. G ; 8e coffre du trésor, cote H. — 5. Lire Chaillouvres.
d'Yblet, seigneur de Chalant r, et de Jean du Vernay, maréchaux de Savoie et autres. Les gentilshommes qui rendirent cet hommage sont : Guy, seigneur de Saint-Trivier, Antoine, seigneur de Juis, Hugonin de Laye, seigneur de Meximieux, Maïeul, du Saix, Henri de Juis, Henri de Gléteins, Troillard, de Gléteins, Méraud, seigneur de Franchelins, Fromentin du Saix, Girard d'Estrés, seigneur de Baneins, Jean de Franchelins, et Humbert, seigneur de Chanains, chevalier, Etienne de Challiouvres, Antoine du Saix, Jean de Buffart, Philippe, fils de Mile de Laye, et Hugonin, fils de Véruquier de Laye, damoiseaux, et ledit Guichenon ajoute que, depuis ce temps-là, le pays de Dombes fut régi et gouverné par les comtes et ducs de Savoie comme seigneurs souverains représentant la personne de l'empereur.
Il en voulut faire autant pendant la prison du duc Jean de Bourbon en Angleterre, et rit courir une armée dans le pays de Dombes sous la conduite de François de la Palu, seigneur de Varembon, qui y fit mille violences et pilleries, comme appert d'un sac, coté Trévoux, au 8e coffre du trésor, cote H, où sont les pièces de la prise de ladite ville avant jour par escalade, un dimanche 18 mars 143 1, et les violences et pilleries commises par ledit sieur de Varembon et la déclaration faite, le 10 avril 143 1, des prisonniers par lui détenus, de leur rançon et des obligations par eux passées pour icelle ; la quittance du payement des rançons du 13 mai 1433 2 et ensuite l'acte fait, le 18 mai 143 1, de ce qu'ensuite de ladite prise de Trévoux par ledit sieur de Varembon et ses complices, sujets du duc de Savoie, et que plainte ayant été faite au bailli de Bresse des hostilités et outrages, violences et voleries commises contre les sujets de M. le duc de Bourbon pour lui demander justice contre les personnes et biens des coupables, cela serait venu en la connaissance dudit duc de Savoie et du comte de Piémont, son fils, qui en auraient reçu un très grand déplaisir. Ensuite de quoi M. Amé de Talaru, archevêque et comte de Lyon, Jacques Mal voisin, abbé d'Ambronay, Humbert de Grolée, chevalier, conseiller, chambellan du roi, bailli de Maçon et sénéchal de Lyon, se transportèrent vers lesdits seigneurs de Savoie et de Bourbon afin de moyenner la paix entre eux et par voie amiable faire faire réparation de méfaits et
1. L, T, B, J, V ajoutent : capitaine de Piémont, et Jean de Conflans, chancelier de Savoie, de Boniface de Chalent. — 2. L, T, B, V : 1438.
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prirent jour au mois d'avril à l'Ile-Barbe d'accommoder ces différends, pour obvier aux maux et inconvénients qui s'en pourraient ensuivre, où fut dit que le duc désavouait l'action de laquelle il était très déplaisant et contre ses inhibitions et défenses, voulant que tous les trouvés coupables ou qui coupables se trouveront demeurent abandonnés aux gens et officiers de M. de Bourbon pour iceux prendre par ses gens en quelque part qu'ils fussent de ses terres, voulant que recherche en fût faite par ses officiers et qu'ils fussent livrés aux officiers de M. de Bourbon ; item, qu'il ferait payer toutes les rançons que ceux de Trévoux auraient payées et prendre sur les malfaiteurs la somme de 10.000 écus d'or, de bon or et de bon poids, à raison de 64 au marc, et payer la moitié à la Toussaint et l'autre moitié à. Pâques prochaines, dont il donnerait pleiges suffisant par l'entremise et sollicitation de ces bons médiateurs, Mme Marie de Berry de Bourbonnais, en l'absence de son mari, et M. le comte de Clermont, son fils, auraient député des commissaires de leur part, et les seigneurs duc de Savoie et prince de Piémont, son fils, en auraient aussi député de la leur pour traiter et accorder sur lesdites matières. Les députés de Mme la duchesse de Bourbonnais furent Me Pierre de Tholon , chancelier de Bourbonnais , Me Jean de l'Espinace, bailli de Beaujolais, Me Aimieu Vert, bailli de Forez, Me Jean Pelletier, juge de Forez, Jean du Breuil, auditeur des comptes en Beaujolais, et Robert Parent. Ceux d'Ame, duc de Savoie, étaient Henri de Collombier, chambellan, Lambert Ordinet, chevalier et docteur es lois, président au conseil de Chambéry, Me Jacques Oriol, docteur en décret et en lois, juge de Bresse, et Pierre de Grolier, écuyer de l'écurie de M. de Savoie, tous lesquels s'assemblèrent à Lyon, un vendredi 18 mai 143 1, pour terminer toutes matières, ce que lesdits sieurs ducs ratifièrent, et nonobstant lequel accommodement les prisonniers pris et obligés au sieur de Varembon ne laissèrent pas de lui payer leurs rançons. Ensuite est l'obligation, passée le 27 juillet audit an 143 1, par Etienne Paradis et François Paradis, son frère, qui s'était rendu caution, au profit de Jean Frère, de la somme de cent écus, de laquelle somme il avait répondu au sieur de Varembon, pour la rançon dudit Etienne Paradis, qui avait été fait prisonnier en la prise dudit Trévoux, avec la quittance que lesdits Paradis payèrent audit Frère, en l'an 1443.
Accord fait le 8 janvier et 14 janvier 1432, entre Aynarde de la Baume, dame de Varembon, tant en son nom que comme se faisant forte de François de Varembon, chevalier, son fils, d'une part, et Abraham Levé, juif, d'autre, touchant la rançon des Juifs pris à Trévoux, pour laquelle ledit Levé s'était obligé de 3.060 écus envers ledit seigneur de Varembon.
Transaction passée, le 3 mai 1433, entre les officiers et commissaires députés de Mme la duchesse de Bourbonnais, et de M. Charles de Bourbon, comte de Clermont, son fils aîné, ayant pouvoir du duc Jean, prisonnier en Angleterre, et les officiers et commissaires députés du duc de Savoie, d'autre, par laquelle il fut accordé que ledit seigneur duc de Savoie ferait payer sur les biens des malfaiteurs toutes les rançons et finances que les personnes prises en la ville de Trévoux auraient payé ou payeraient auxdits malfaiteurs ou autres, pour cause de ladite prise en acquittement et délivrance d'iceux ; et, en outre, pour les dommages, intérêts, pertes et dépenses faites, tant par mondit seigneur de Bourbon que par ses sujets, ledit seigneur de Savoie ferait rendre avec effet et prendre sur les chevances desdits malfaiteurs la somme de 10.000 écus l.
Lettres de Charles, duc de Bourbonnais, du 3 janvier 1438, par lesquelles il fit transport et cession et profit de ceux qui avaient été faits prisonniers à la prise de Trévoux, ses sujets, à l'encontre des cautions du duc de Savoie de la somme de 10.000 écus pour retirer, par lesdits prisonniers, jusqu'à la concurrence de ce que chacun d'eux avait payé de rançon.
Lettres de monseigneur le duc de Bourbon, du 7 août 1447, par lesquelles il déclara marques et représailles contre ledit duc de Savoie, ses officiers, hommes et sujets du pays de Bresse, pour le refus par eux fait de rendre les sujets dudit seigneur de Bourbon, avec la commission du bailli de Beaujolais pour en faire les significations, du 11 août audit an, et la signification faite le lendemain aux officiers de Bresse en la ville de Bourg. Le sieur Guichenon a omis cette particularité de la prise de Trévoux dans son Histoire de Savoie.
Extrait tiré de la chambre du trésor de Beaujolais, coffre VIII 2, cote H, sac Trévoux.