SA VIE ET SES TRAVAUX LVII
pas inutile, car si cela est, vous y aurez bonne part. Recommandez, s'il vous plaît, cette affaire à Notre-Seigneur en vos saints sacrifices.
Il avait grande envie que je visse avant que partir leur trésor, mais comme il y a quatre clés, le juge-mage et le procureur fiscal qui en gardent chacun une n'étaient pas à la ville. Si Dieu me fait la grâce d'y retourner, vous en verrez les effets. Cependant il vous faut dire en passant qu'il y eut un des anciens, que je ne nomme pas pour cause, qui gronda hautement contre vous autres qui aviez pillé ladite abbaye et que lui-même avait vu un des vôtres, qui avait manié les affaires de ladite abbaye, emporter plein un sac de papiers et que cela était volé hautement. Je rabattis sa colère du mieux que je pus ; mais aussi d'ailleurs je trouvai le prieur de Saint-Marcel de Châlon qui était malade des gouttes, qui me dit avoir autrefois copié de fort belles pièces de ladite abbaye et qu'il avait remis de vous les envoyer ; vous pourriez lui en écrire. Je ne sais pas son nom, non plus que du prieur de Saint- André d'Avignon que l'on dit en avoir encore beaucoup
Je suis bien aise que vous ayez découvert qui peut être ce Saxiacus qui me mettait autant en peine que vous. Je savais bien qu'il y avait un Sessieu, mais c'est dans le Dauphiné, à une lieue de la Tour du Pin, où j'ai passé une fois, mais il est de l'archevêché de Vienne et éloigné du Rhône de plus de trois lieues. Si je puis découvrir quelque chose des Évêques que vous me demandez, je vous en donnerai avis ; d'abord que je me serai un peu reconnu de mon voyage et que j'aurai repris l'air et débarrassé mon esprit, je vous enverrai quelques pièces curieuses qui ne vous désagréeront pas, et si je suis appelé à Cluny, je vous en donnerai avis, avant que partir, afin que je vous écrive de là et vous aussi au même lieu
J'oubliais de vous dire que j'ai été encore à Beaujeu où j'ai parlé de vous à M. le Doyen et lui ai demandé les pièces curieuses qui sont dans leur chapitre pour vous être envoyées : il m'a dit qu'il y ferait travailler cet hiver et qu'il vous les enverrait.
Il ne s'imprime rien aujourd'hui dans Lyon de nouveau ; quand il y aura quelque chose, je ne manquerai à vous le faire savoir et chercher toutes les occasions de vous faire paraître que je suis entièrement etc
Le 4 juillet 1673, Louvet montre quelque inquiétude, craignant d'avoir mécontenté son correspondant :
Je ne sais quel jugement faire de votre long silence ; cela m'a fait, comme je vous ai dit, appréhendé pour votre santé et soupçonné que vous ne soyez pas content de ce que je vous ai envoyé. Vous me ferez grand plaisir de m'en vouloir éclaircir et je tâcherai à vous donner une plus ample satisfaction, et soyez certain, s'il vous plait, que quand vous voudrez m'envoyer quelque chose, je le saurai bien payer d'une façon ou d'autre ; je suis de ces abeilles qui rendent le miel pour le suc des fleurs qu'elles ont tiré...