‹ Histoire du bouddhisme dans l'IndeChapitre 31 sur 196 · Voir plus haut p · texte numérisé non relu

Voir plus haut p

surnom d'Ânâta, le Seigneur lui ayant dit : <( Tu Tas compris {anFiâsn) Kaundinya ! »

Le jour suivant, le Vénérable Père Vâshpa fut converti, et, les trois jours suivants, successivement Bhadrika, Mahânàman et Açvajit. Le Maître ayant confirmé tous les cinq comme débutants sur le chemin de la sanctification et les ayant convoqués le cinquième jour de la seconde moitié du mois, prononça un second sermon, à la fin duquel les Cinq atteignirent la dignité d'Arhant (Très-Vénérable, Maître). •

14. — * Recrutement de disciples. Conversion de Bimbisara. 85

Peu de temps après, il arriva que le Maître vit un certain Yaças, jeune homme de bonne famille, dégoûté du monde, quitter nuitamment sa famille, afin d'entrer en religion *. Le Seigneur découvrit en lui les dons les plus heureux, l'appela à lui, l'instruisit. Immédiatement, Yaças fut prêt à marcher dans la voie du salut, et, un jour suivant, il devint Arhant. Sa conversion entraîna celle de son père, un riche marchand. Celui-ci fut le premier laïque qui confessa sa foi dans le Buddha, la Loi et la Congrégation ^ La mère et Tancienne femme de Yaças acceptèrent la doctrine. Elles furent les premières femmes laïques. Bientôt quatre camarades de Yaças : Vimala, Subâhu, Pûrnajit et Gavâmpati, suivirent l'exemple de leur ami; d'autres encore se firent admettre dans l'Ordre,

i. L^occasion qui fit quitter sa maison ù Yaças est la môine que celle qui amena le Bodhisatva à s'enfuir de son palais. Le récit est une répétition écourtée (le la fuite de Siddhàrtha. Telle est du moins la version du Mahâvagga, I, 1. La tradition des Bouddhistes septentrionaux chez Schiefner, 247, a des détails différents. — Dans Kshemendra, Avadâna-Kalpalatâ, LXII, le nom du jeune homme est Yaooda.

2. Trapusha et Bhallika n avaient accepté, et pu accepter, que les deux pre* mif^rs articles de la foi. Voir plus haut, p. 80.

de sorte que bientôt le Maître se vit entouré de soixante disciples vénérables.

Pendant la saison des pluies, le Seigneur resta près de Bénarès ^ Après la fin de la saison, il envoya ses soixante disciples dans toutes les directions, afin d'entreprendre leur voyage spirituel, tandis qu'il alla lui-même à Uruvilvâ *. 86 * En route, il entra pour se reposer dans un bosquet à côté du chemin, où il s'assit au pied d'un arbre. Juste à ce moment se trouvaient là trente compagnons, les Bhadravargîyas (c'est-à-dire ceux de la troupe bénie *). Vingt-neuf d'entre eux avaient chacun une femme, mais le trentième n'en avait pas ; on lui avait donc cherché une fille publique. Or cette fille, pendant qu'ils étaient là, insouciants, s'était enfuie en emportant tout ce qu'ils avaient avec eux. Pour faire plaisir à leur camarade, les compagnons essayèrent de retrouver la femme de mauvaise vie et arrivèrent ainsi dans le bosquet, où ils virent le Buddha, et lui demandèrent s'il avait peut-être vu la femme. « Que voulez-vous dire, jeunes gens, avec cette femme ? » demanda à son tour le Seigneur. Les compagnons lui racontèrent ce qui était arrivé. Et le Buddha leur adressa de nouveau la parole, disant : « Qu'est-

3. La saison des pluies, qui est censée durer du jour de pleine-lune d'Ashâdha jusqu'à la pleine-lune de KÂrttika (du 21 juin au 21 octobre environ), est, à certains égards, pour les moines bouddhiques^ Tépoque des vacances, parce que, pendant ce temps, ils vivent dans le couvent et qu'il leur est défendu de voyager. Mais c'est en môme temps la saison de Tannée pendant laquelle ils doivent confirmer le peuple dans la foi, par des sermons et d'autres moyens. — On verra plus tard qu'il y a confusion dans les renseignements sur la durée des vacances.

4. D après le Dharma constant de la nature, le Buddha doit se lever en ce point six mois après y avoir été au printemps, selon notre façon de compter au 21 septembre. Les vacances ne peuvent donc avoir duré que trois mois. Nous reviendrons plus tard sur ce point. Uruvilvd semble désigner le point du lever du soleil non seulement au 21 mars ou au 21 septembre, mais en général le point où le soleil commence sa course journalière.

1. Chez les Septentrionaux, ce sont les Cinq qui sont nommés bhadravargiyas; d'après Schiefner, 248, Yaças et ses quatre compagnons, Vimala, Pûrna, Subâhu et Gavâmpati, sont appelés le second groupe de Bhadravargîyas.

ce qui vaut mieux : chercher cette femme, ou vous chercher vous-mêmes? » Lorsqu'ils répondirent : « nous chercher vous-mêmes », il les pria de s'asseoir, les instruisit au moyen de récits édifiants et réussit à les convertir à sa doctrine ; après quoi, il les envoya, comme les disciples précédents, dans toutes les directions *.

A Uruvilvâ vivaient trois frères Kâçyapa, auxquels on donnait respectivement les noms de Kâçyapa d'Uruvilvû, de la Rivière et de Gayâ. C'étaient des brahmanes sages et pieux, ermites de cette sorte qui porte des tresses enroulées et vénère Agni, le dieu du feu. Le premier de ces frères était à la tête de 500 ermites, le second de 300, et le troisième de 200. Ces savants hommes furent invités par le Buddha, après qu'il fut arrivé à Uruvilvâ et eut accompli 3S00 miracles ^ à se laisser admettre parmi ses disciples. Grâce aux manifestations de son pouvoir miraculeux, il réussit dans cette tentative. L'exemple donné par les Kâçyapas * fut suivi par leurs mille 87 disciples, et accompagné d'eux tous, le Seigneur monta sur une certaine montagne, nommée Gâyaçirsha ou Gayâçiras. Ce fut là que le Seigneur adressa à ses disciples un discours sur le thème : « En flammes )>. Il parla à peu près ainsi ' :

« Tout, dans l'univers, moines, est en flammes. Et pourquoi tout est-il en flammes ? Parce que, moines, l'œil est en flammes ; que les objets perceptibles sont en flammes ; que la faculté d'aperception de l'œil est en flammes ; que le contact de la vue avec les objets est en flammes, et que tout ce qui est senti, par suite de ce contact, comme agréable ou désagréable, ou indiff'érent, est aussi en flammes *. Pourquoi tout

2. Avant cet événement, Mdra se présenta deux fois devant le Seigneur, afin de lui adresser des paroles injurieuses ; nous avons parlé de ces tentatives plus haut, p. 11 s.

3. Les cinq premiers miracles sont décrits en détail dans Mohdvagga, 1, 15, 38, chez Schiefner, 250, et dans Hardy, Man. ofB. 189.

i. Mahâvagya, I, 21.

2. Le mot qui signifie « en flammes » signifie aussi « tourmenté ».

cela est-il en flammes? C'est par le feu de raffection, de la haine, et de Taveuglement ; par la naissance, la vieillesse, la mort, le chagrin, la misère, la douleur, la mélancolie, la dépression, que tout cela est enflammes, vous dis-je. Gomme de Tœil, il en est de Touïe, de Torgane de Fodorat, de la langue, du corps, du sens intérieur et de tout ce qui en dépend et découle de cette dépendance.

« Celui qui comprend ces choses, moines, comme un élève appliqué des maitres nobles et sages, ne trouve plus de jouissance dans Tœil, dans les objets perceptibles, dans la faculté d'aperception de Tœil, etc., aussi peu que dans Touïe, etc., dans Torgane de Todorat, etc., etc. Dès qu'on n'y trouve plus de jouissance, on en est dégoûté; par la suite, on en est afl'ranchi ; on comprend que la naissance a une fin ; que le temps d'exercice pour une vie spirituelle est passé; que ce qui devait se faire a été fait, qu'il ne reste plus rien pour la vie ici sur la terre ^ ».

88 * Après avoir prononcé ce discours, qui fit sur ses auditeurs une impression profonde, le Buddha partit avec les Mille qu'il venait de confirmer dans la dignité de Maître, vers Râjagrha, afin d'accomplir la promesse qu'il avait jadis faite au roi Bimbisâra. Arrivé près de la capitale, il prit pour lieu de séjour le parc Supratishtha *, dans le bois Yashti-vana (c'est-à-dire Bois aux Perches). A peine le roi eut-il reçu la nouvelle que le Maître était arrivé, qu'il se rendit au parc, accompagné d'une suite nombreuse de brahmanes et de citoyens. Arrivé en présence du Buddha, il se jeta humble-

3. La traduction de Burnouf, Lotus de la bonne Loi, 480 : « il n'y a plus lieu à ?'et;entr ici-bas », ajoute quelque chose qui n'est pas dans le texte. — La version du biographe birman (Bigandet, 1/ 146) a le caractère d'une paraphrase. — Ce que nous donnons dans le texte est emprunté à TÉcriture Sainte elle-même.

1. Pâli : Suppatittha. C'est d'après cette forme et d'après la version tibétaine qui traduit le mot par » fixe » (chez Schiefner, 254), qu'on a restitué la forme sanscrite.

ment par terre, et se tint ensuite, avec son escorte, à une distance respectueuse.

Dans la foule réunie là, le doute s'éleva chez plusieurs, si c'était le Grand Moine qui était l'élève de Kâçyapa, surnommé d'Uruvilvâ, ou si c'était le contraire qui était le cas. Devinant leurs pensées les plus secrètes, le Seigneur, afin de les détromper, adressa la parole à Kâçyapa, et dit en vers :

Qu'est-ce qui t'a amené, habitant d'Uruvilvâ, A abandonner le feu, en disant que tu étais faible ? Je te demande cela, Kâçyapa, comment cela s'est-il fait, Que tu as abandonné le sacrifice du feu ?

Kâçyapa, comprenant l'intention du Seigneur^ répondit, également en vers :

Ce sont (les plaisirs de) la forme, du son ou bien du goût.

Des amantes (?) que les sacrifices promettent.

Mais je sais que ces bases sont impures ;

Cest pourquoi j'ai pris en dégoût le grand et le petit sacrifice.

* Après avoir prononcé ces paroles, il se jeta par terre 89 devant le Tathâgata, pour montrer qu'il était son élève obéissant, et posant sa tête sur les pieds de celui-ci : « Vous, Seigneur, êtes le Maître (Commandant) ; je suis votre élève (serviteur obéissant). » Ensuite il s'éleva dans Tair jusqu'à sept fois, descendit, s'inclina devant le Tathâgata, et resta assis à une distance respectueuse. En voyant ce miracle, la foule s'écria : « Que les Buddhas sont donc puissants, puisque le Tathâgata a pu arracher à un homme aussi profondément convaincu que Kâçyapa, qui se croyait luimême un grand-maître, le bandeau qui couvrait ses yeux, et le dompter » ; et ils glorifièrent le Maître. Et le Seigneur dit : « Ce n est pas la première fois que j'ai dompté Kâçyapa ; j'ai déjà fait la même chose dans le passé » ; puis il raconta le Jâtaka ' de Mahânârada-Kâçyapa, en y rattachant Tex-

1. Les Jàtakas sont des contes moraux (parmi lesquels des contes d'animaux) que le Buddha raconte comme souvenirs de ses séjours antérieurs

9a HISTOIRE DU BOUDDHISME DANS LlNDE

plication des quatres vérités cardinales. Le roi du Magadha, avec onze myriades d'auditeurs parmi la foule, fut converti et élevé jusqu'au premier degré de sanctification, en même temps que dix mille auditeurs firent confession de la foi en qualité de laïques.

Le roi s'assit près du Maître, et déclara à celui-ci que les cinq espérances qu'il avait conçues jadis comme prince, étaient à ce moment complètement réalisées. Sa première espérance avait été d'être couronné roi ; la seconde, que le Buddha parfait visiterait son royaume; la troisième, qu'il rendrait visite au Seigneur; la quatrième, que le Seigneur l'instruirait dans le Dharma; la cinquième, qu'il accepterait le Dharma du Seigneur. Ensuite, Bimbisâra confessa la foi, en répétant jusqu'à trois fois la formule : « J'ai recours au Buddha ; j'ai recours au Dharma (Loi, Ordre) ; 90 j'ai recours à la Communauté des Saints ^. » * Il invita ensuite le Maître à dîner pour le lendemain, et partit, après l'avoir salué respectueusement.

Le lendemain, de grand matin, les habitants de la capitale sortirent en foule, dans la direction du parc de Yashtivana, pour voir le Tathâgala. Bientôt le parc tout entier et une grande partie de la route furent remplis d'une multitude d'hommes, qui se pressaient pour jouir du spectacle splendide du Maître très puissant, vue dont ils ne pouvaient se rassasier. Il était à craindre que par suite de cette presse, le Buddha ne réussît pas à se frayer un chemin à travers cette foule, et qu'il manquât par conséquent ce jour-là son dîner. Indra, le roi du ciel, en eut un pressentiment en sentant que le siège où il était assis s'échauffait, et lorsque, par un effort de réflexion, il eut acquis la

dans ce monde. Nous verrons plus tard quelle est la position qu'occupe cette littérature en face de Tépopée des classes aristocratiques. Le contenu de ce Jâtaka se trouve chez Hardy, M. o f B. 192.

2. Sahgha, communauté, congrégation, clergé, communauté des saints, Église.

conviction que ce danger existait en effet, il résolut d'y obvier. Il se transforma immédiatement en un jeune étudiant, et, récitant des hymnes à la louange du Buddha, de la Loi et de la Congrégation, il parut en présence du très puissant Maître, et lui fraya un chemin à travers la

foule qui lui entendait dire :

« Le dompté est avec les domptés.

Anciens porteurs de tresses, le délivré

Avec les délivrés. Celui qui brille comme un ornement d'or.

Est entré à Râjagrha. »

Le jeune étudiant répéta deux fois ces vers, avec cette modification qu'au lieu de « le doux avec les doux » il dit « le libéré avec les libérés », * puis « Témigré (du royaume de 91 l'obscurité ; celui qui est arrivé à la fin de la nuit) avec les émigrés ». Ensuite, il chanta :

« Celui qui a dix états, dix forces.

Qui connaît dix commandements et est accompagné des Dix,

Lui, le Seigneur, accompagné de dix centaines,

Est entré à Ràjag^ha. »

La foule, frappée par l'apparition resplendissante du jeune étudiant dit : « D'où celui-ci est-il venu et à qui appartiendrait-il ?» — En entendant ceci, l'étudiant chanta :

« Lui, le Sage omniscient, le doux,

Le Buddha sans égal,

Le Maître souverain de la bonne conduite

Dans rUnivers — c'est de celui-là que je suis le serviteur. »

Après que le roi du Ciel eût frayé ainsi le chemin au Maitre, celui-ci entra avec un cortège de 1,000 moines dans Râjugrha.

Ce fut à cette occasion que le roi Bimbisâra fit à la Congrégation dont le Buddha est le chef (visible), un don important, en prononçant ces paroles :

« Je ne pourrai me passer des Trois Joyaux *, Seigneur! je ne pourrai renoncer à visiter le Seigneur à tout propos» et comme le bois Yashtivana est situé trop loin et que le parc Venuvana * se trouve plus près, je me propose de céder ce jardin de plaisance, qui me semble un séjour convenable pour le Buddha. En acceptant ce don, le Seigneur me rendra un grand service. »

Ensuite eut lieu le transfert solennel de la propriété : le roi prit un bassin d'or, rempli d'eau parfumée et versa, pour signifier qu'il donnait le jardin Venuvana au Buddha, Teau 92 sur la main de celui-ci *. Pendant que le jardin était transféré ainsi, la terre trembla, en signe de ce que la doctrine du Buddha avait pris racine. Aussi ce phénomène ne s'est-il jamais répété, dans Flnde, lors d'autres donations de terres à l'Eglise, et de même à Geylan, le phénomène n'a eu lieu que lors de la prise de possession du Mahâvihâra (c'est-à-dire Grand Monastère).

^ Après que le Maître eut remercié le roi de sa donation, il se rendit au jardin Venuvana, entouré de la congrégation des moines.

Page 1