‹ Histoire du bouddhisme dans l'IndeChapitre 37 sur 196 · Nous avons déjà mentionné ce fait plus haut, en passant · texte numérisé non relu

Nous avons déjà mentionné ce fait plus haut, en passant

2. Çlta-vana ; d'après la source tibétaine de Schiefner, 258, c'était un cimetière; par pléonasme, on dit Çltavana-çmaçâna, dans Divyâvadâna^ 264.

3. Les Bouddhistes expliquent ce nom comme « donneur d'aumônes à ceux qui sont dans le besoin » . Les Septentrionaux ont changé le nom en AnÂthapindada ; lautre forme ne leur est pas tout à fait inconnue.

1. Par « maître de corporation » les Indiens entendaient d'ordinaire le chef d'une société commerciale ou d'une importante maison de commerce. Aujourd'hui encore, le mot désigne chez eux un commerçant considérable.

lendemain, il fit à TÉglise, dont le Buddha est le chef, une magnifique donation, et retourna à Çrftvasti, après avoir reçu du Maître la promesse que celui-ci viendrait l'y rejoindre.

En route, le riche bourgeois dépensa des sommes énormes, et fit construire à chaque lieue de distance — la distance totale de Râjagrha à Çrâvastl est de 45 lieues — des abris (pour les moines). Près de la ville elle-même, il acheta le parc Jeta-vana, appelé ainsi d'après le propriétaire, le prince Jeta. Pour cet achat il dépensa des charretées de pièces d'or, car la condition stipulée était qu'il achèterait le jardin en le couvrant tout entier d'or, jusqu'aux extrémités. Un petit carré seulement ne fut pas couvert, mais le prince fut assez généreux pour en faire don à l'acheteur '.

Sur le sol ainsi acheté, Anâthapindika fit ériger un nouveau bâtiment *, au milieu duquel il fit faire un appartement 108 pour le tout-puissant Maître. Autour de cet appartement, il fit consti'uire des demeures spéciales pour les quatre-vingts Anciens les plus considérables, et pour les autres des abris tels que pavillons, réfectoires, dortoirs, etc. et aussi des étangs et des promenades.

Après avoir construit, en dépensant 180 millions, un beau couvent, dans un site charmant, il envoya un messager, priant le Maître de venir le rejoindre. Le Seigneur accepta cette invitation, quitta Râjagrha, accompagné d'un grand nombre de disciples, et arriva par petites journées à Çrâvasti.

Le généreux marchand avait, en attendant, fait ses préparatifs pour la consécration du couvent, et le jour où le Tathâgata devait faire son entrée dans le Jetavana, il envoya son

2. Nous avons suivi ici partiellement leCullavaggay 6, 4. Dans Tintroduction an Jdiaka on donne comme somme d'achat 18 dizaines de millions de pièces d'or. Oa trouve une représentation de cet achat sur une des sculptures du Stûpa d« Bharhut (voir Touvrage du général Cunningham, Stûpa of Bharhul planche XXYIII), qui datent du m* siècle avant notre ère. La souscription de la sculpture porte : Jetavana Anddhapediko deti kotisanthatena ketd, c est-à-dire : « A. donne le Jetavana, après Tavoir acheté en le couvrant de kotiê » (dizaines de millions), ou « d'un koti • (une dizaine de millions).

fils, en habits de fête, avec 500 autres jeunes garçons, également en habits de fête, portant 500 drapeaux de toutes couleurs, pour aller à la rencontre du Maître. Après eux venaient Subhadhâ la grande et Subhadhâ la petite, les deux filles du marchand, avec 500 jeunes filles, qui portaient des vases pleins. Ensuite venait la femme du marchand, en habit de cérémonie, avec 500 matrones de bonne maison, portant des plats. Tout à fait à la fin venait le grand commerçant lui-même, en habits neufs, entouré de 500 autres commerçants considérables, également en habits neufs, afin d'aller à la rencontre du Seigneur. Précédé de toute cette procession de laïques et entouré d'une grande foule de moines, le Seigneur s'avançait, baignant, grâce à la lumière qui sortait de lui, les bosquets d'arbres comme d'une teinte rougeâtre d'or liquide ; et c'est ainsi qu'il fit, avec un immense effet magique, comme tous les Buddhas savent en produire, et avec une incomparable splendeur de Buddha, son entrée dans le couvent de Jetavana. Ensuite, Anâthapindika lui demanda : « Eh bien, comment disposerai-je du couvent? » — « Donne ce couvent à la Congrégation présente et future », dit le Maître. — « C'est bien », dit le grand marchand, et après avoir pris une aiguière en or et avoir versé l'eau sur la main du Maître, il fil la donation en prononçant ces paroles : « Je donne ce couvent de Jetavana, à la Congrégation universelle, présente et future, dont le 109 Buddha est le chef*. » Le Maître accepta le couvent, en remerciant, et prononça quelques vers pour en célébrer les vertus :

Il protège contre le froid et la chaleur,

Et aussi contre les animaux nuisibles,

Contre les animaux rampants et les moustiques,

Contre l'àpreté du temps et la pluie ;

Il arrête en outre le vent violent.

Et aussi la chaleur torride du soleil.

C'est un abri et un séjour tranquille

LE BÜDDHA IH

Pour y rêver et méditer profondément ;

Le don d'un couvent à TÉglise

A été particulièrement recommandé par le Buddha.

C'est pourquoi un homme sensé,

Qui fait attention à ses propres intérêts,

Doit construire de beaux couvents,

Où il fait demeurer de savants (moines),

Il leur donne à manger et à boire,

Des vêtements, des endroits pour se coucher et s'asseoir

— S'ils sont orthodoxes ! —

Dans un esprit pur.

Ils lui prêchent alors le Dharma

Qui chasse tous les maux.

Celui qui reconnaît le Dharma sur la terre.

Finit, délivré de ses péchés, par arriver au Nirvana *.

Le lendemain commencèrent les fêtes qu*Anàthapindika fit célébrer en honneur de la consécration du couvent. La fête qui eut lieu lors de la consécration du bâtiment magnifique construit par Viçâkhâ * fut terminée en quatre mois, mais les fêtes lors de la consécration du couvent d'Anâthapindika ne durèrent pas moins de neuf mois. Les frais de ces fêtes s'élevèrent de nouveau à 180 millions, de sorte qu'Anâthapindika a dépensé en tout pour le couvent 540 millions *. 110 Jadis, du temps du Buddha Vipaçyin, un marchand enrichi, nommé Punarvasu-Mitra, avait fait construire, lui aussi, sur le même terrain, qu'il avait acheté en le couvrant de dalles d'or, un couvent qui s'étendait à une lieue de distance. Le même fait remarquable se répéta sous cinq autres Buddhas ' : un riche marchand eut le mérite d'acheter pour

1. Les mots • recommandé par le Buddha » nous permettent de supposer que ces vers sont un peu plus récents que Torigine de la secte. Nous devons cependant reconnaître qu'ils sont très bouddhiques, quant à Tesprit et à la forme.

Page 1