‹ Histoire du Brésil français au seizième siècleChapitre 30 sur 35 · AU ROI · texte numérisé non relu

AU ROI

Sire, incontinent que i*ay receu vos lettres, ie fey partir le capitaine Bérat, ià s'en estant le capitaine Rancé au camp, y estant appelé par monseigneur, ainsi que ià ie vous ay faict entendre, parquoy ie passeré à la responce de la fin de voz lettres.

Les ennemis laissez à la guarde de Nogant en ayant esté chassez se sont retirez à Auxerre, où ilz sont encores ; oultre ceulx-là s'en trouve quelque nombre tant de pied que de cheval en chasteaulx et maysons fortes de ce pays, qui lo pillent et achèvent de saquager tous les iours, sans que nous y puissions donner ordre, non ayants lé moyen ; pour à quoy obvier seroyt bon d'avoyr ici cinquante chevaulx, et deux ou troys centz arquebousiers, mays il fauldroyt qu'ils fussent payez, affîn de les fayre vivre en discipline, payants leur hoste de gré à gré affîn de les povoyr souffrir. Car aultrement n'i a plus d'ordre de les soubstenir, se mectans à fayre come les propres ennemis ; et, pour ma part, ie ne scauray plus ouïr les plainctes que i'ay eu à ouïr ces iours passez par faulte de payment.

Le sieur de Glayrmont s'est retiré à Préci, disant avoir saulvegarde de vostre maiesté et pardon de ses faultes, auprès duquel toutesfois se retirent les ennemis comme s*il estoit non repentant de Tintelligence des GoUignis. Il vous plaira, Sire, me faire entendre come i'auray à me maintenir

(1) Bibl. Nat. collection Harlay, n» 318, fol. 179, ?«.

(2) Charles IX.

avec lui. Il a prins, corne Tenteos, en sa protection le sieur de Choinot et son chasteau, relraycte des brigans. Ceulx de Courtenay, de Chastillon et Chasteau Renard n'ont moindre commerce avec eulx qu'avec ung de vos prineipaulx ennemis. D'aultre costé nous avons Valeri, Dolot, Cheon, chasteaux occupés par le prince de Condé, pleins de brigans qui sont continuellement à batre et espier les chemins pour voler les passans, disantz estre en saulve-guarde de V. M., et pour endormir vos pauvres subiects portent croix blanches en leurs manteaux, iusques à l'approche de leur proye qu'ils se descouvrent et monstrent leur casaque de huguenotz. Nous pourrions remédier à ces inconvéniens si avions de bons souldars bien payez et bien vivans.

Nous eusmes novelles conformes,venans de divers lieux la vueille de Noël que tous les brigans des lieux susdictz s'estoient assemblez à Auxerre pour nous venir donner une camisade, la nuict que Ton seroyt à matines au son de noz grosses cloches, à ce attirez par quelques mauvais esperitz de nostre ville ; mais grâce à Dieu, nous n'en avons rien veu, nous estantz cependant tenuz sur nos guardes.

l'ay envoyé à Auxerre pour sçavoir toutes nouvelles, dont i'advertiré V. M. incontinent. Dieu aydant, la suppliant, si lui semble, de m'envoyer icy quelques gens m'en advertii*, affln de provoyr à leurs vivres et logis de bone heure.

Sire, ie suppHe le créateur vous donner en très heureuse et longue vie l'accomphssement de vos très nobles et sublimes désirs.

De Sens, le xxvi décembre 1567.

Vostre très humble et très obéissant serviteur et subîect.

ViLLEGAIGNON.

Lettre XVII (1).

AU DUC d' ANJOU. (2)

Monseigneur, ie fuz hier à loigni pour accomplir voz commandemens, mays ie trouvay ung peuple si rude et si bestial qu'il n'i a espérance de Tamener à rayson, sinon par force; il n'i a sur eulx homme qui commande. Les vignerons et menu peuple se mectent ensemble et crient tous ensemble, et Tung veult, Taultre non, de sorte qu'il n'en fault attendre que confusion. Ils ont chassé leur gouverneur, et n'obéissent à leurs eschevins non plus que s'il n'i en avoyt. Ils ne veulent aulcune garnison disantz qu'ils se gouverneront et défendront bien d'eulx mêmes, iaçoyt qu'ils n'aient armes que de fourches de fer et vieulx rançons. Leur ville est commandée de montagnes et en ung endroict est batue en courtine par dedans, de sorte que, la bresche estant faycte, ne sera possible de la défendre sans y faire des traverses; leur muraille n'est flanquée, et ie entray dans le fossé tout à cheval et vins au pied d'une tour près d'un poste, sans que ie peust me voyr m'offenser, et se peult icelle tour et le pan du mur mesme desrogner sans dan gier, de façon que ietien la ville pour perdue,si elle est assaillie. Il y a ung pont de boys que l'on peult rompre en demi-iour, si les villains le permectoyent, mays ils n'en feront rien sans forces, et ne sont deUberez d'ouvrir leur porte. le ne sçay si la révérence qu'ils doibvent à leur seigneur les pourroyt fleschir. Le sieur de Langueron m'a dict vous en avoir escript. Blasset, l'ung des capitaines des ennemis, les est venu recognoystre avec cinquante chevaulx, et les soma ; il est néces-

(1) Bibl. nat. collectioa Harlay n» 320 fol. 19212.

(2) Le futur Henri III.

sayre d*i provoyr promptement, car ceste \âlle estant perdue, vous amènera beaucoup de difficultés. Au moyns est il nécessayre de rompre le pont, ie ne di de les descouvrir seulement, mays de cousper les palz qui sont plantez dans Teaue, sur lesquelz est assis le pont, de sorte qu'il n'i ayt moyen de le refayre sans y planter noveaux arbres, qui ne sont aisés à trouver. l'en ay ainsi fayct à la ville de Pont (1). Quant à la Villeneuve le Roy, c'est la plus belle et la plus forte qui soyt sur la rivière. Il n'i a rien qui la commende; elle se peult fort bien guarder et le pont avec elle; mays il se fault saysir d'une demie douzaine de mutins, ainsi que ie vous ay escript, pour fayre vostre plaisir de ladicte ville. l'espere, avec l'aide des soldatz qu'il vous a pieu nous envoyer, vous rendre le bon compte de la ville de Sens, et amener tousiours le peuple à faire et obéir à vostre voulorilé, ce que ie fayray aussi dudit lieu de Villeneufve, estant purgée de ces mutins. Ils ne m'avoyent voulu recepvoir avant hier, mays hier, en rapaisant, les principaulx vindrent au devant de moy pour me fayre entrer, parcequ'ils voyoyent que ie n'avoye compagnie de souldars. Il vous playra nous envoyer incontinent ung prevost du camp, pour se saysir de ces mutins suspectz de leur foy, puis vous iouirez de la ville à vostre playsir. l'envoyé troys homes pour vous dire novelles des Pr ovensaulx ennemis, car ie ne me veulx fier au raport d'ung seul, de paour qu'il ne m'apporte des novelles de taverne, faysant acroyre qu'il soyt allé bien loin, et qu'il se soyt arresté bien près. Du temps que i'estoye au service du roy vostre grand père, mon souverain seigneur, en Piedmont, ie souloye tenir des souldatz au camp de rempereur,ausquelz ie donnoye bon estât par moys, plus que ne povoyt monter leur paye, et ung venoit tous jours à moy, estans les aultres au camp des ennemis, qui estoyt cause que i'estoye fort bien adverty. le sohayte que vous, Monseigneur,ou quelque capitaine des vostres en usent ainsi.

(1) Pont-sup- Yonne.

Feu monseigneur de Langey, lieutenant du Roy en ce temps là, faysoit plus : car par force d'argent et de promesses avoit gaigné les secrétaires du marquià de Gousto, ce que scayt très bien Gaspar de Colingny, et Dieu veuille qu'il ne se serve de ces moyens. Mais, ie supplye le créateur vous donner, en très heureuse et longue vie, Taccomplissemenlde vos sublimes désirs.

De Sens, 1*' février 1568.

Vostre très humble et très obéissant serviteur,

ViLLEGAIGNON.

Lettre XVIII (1).

AU DUC d'aumale (2).

Monseigneur, ayant eu commandement du Roy par lectres expresses de venir accompagner monsieur le conte de Languillara, et fayre résidence auprès de luy pour voyr ce qu'il me vouldroyt ordonner pour le service dudict seigneur, ie n'y ay voulu fayre faulte, encore que ie n'ay eu nulle provision pour ce faire, et estant arrivé, ie vous ay voulu fayre la présente, pour vous dire que onques ne fut mieux venu home que a esté le conte. Le pape (3) lui envoya son capitaine des guardes, aveoq plus deux centz souldars, au devant plus de deux mil, et sans cella il y vint plus de troys cents chevaulx

(1) Bibl. nat. Mélanges Clérambault vol. 56, fol. 10,271.

(2) Claude de Lorraine, troisième fils de Claude I«' de Lorraine (1526-1573)

(3) Le Pape était alors Pie V.

des gentilshommes Romains et capitaines. Il y a une merveilleuse suitte et affection de tout le monde et de grands moyens de fayre servisse par dessa, et ie vous peulx bien asseurer qu'il y a une volonté incroyable de s'employer, et fusse à ses despens, pour faire cognoistre à tout le monde qu'il est aultre que ses ennemis ne l'ont voulu fayre trouver, et que s'a esté grand domage de lui havoyr faict perdre tant de temps. Le Roy ne povoyt fayre mieulx pour havoyr le ceur des gentilshommes et seigneurs d'Italie que le traycter si honnestement. Il va, en toutes les grandes compagnies oii il se trove, prèschant la volonté et grandeur dudit Seigneur, et enflambe tout le monde à le servir. le fayré mon debvoir de l'entretenir en ceste bone volonté et préparer les volontez de tous ceulx qui me sembleront ydoynes au service du Roy, de sorte que l'on pourra dire que ie n'auré perdu temps. Monseigneur, pour l'incroyable affection que i'ay à vous fayre service, ie vous veulx supplier me fayre cest honneur que m' employer et me commander en tout ce que ie pourré fayre pour vous, vous asseurant que ne troverez iamais plus loyal ne plus affectionné serviteur. Qui est l'endroict, Monseigneur, où ie prière le créateur vous donner en très heureuse et longue vie l'accomplissement de vos nobles désirs.

Vostre très humble, très obéissant serviteur,

ViLLEGAIGNON.

Rome 7 janvier (1569).

Lettre XTX {i).

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