‹ Histoire du Bréviaire romain (volume 3)Chapitre 7 sur 223 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

L'office canonique romain, dont le Bréviaire romain de saint Pie V est une adaptation de seconde main, date de la fin du septième siècle ou du commencement du huitième. Mais cet office canonique romain n'est point, tant s'en faut, une création formée un jour donné de toutes pièces par quelque grand pape dont nous ignorerions le nom. C'est une œuvre composite : des âges différents y ont collaboré, des matériaux y sont entrés dont quelques-uns venaient de très loin : telle devait être la basilique de Saint-Pierre du temps du pape Hadrien.

Nous aurons, dans le chapitre second, à analyser les matériaux fournis par Rome même à cette œuvre de son office canonique : nous avons, au préalable, à analyser ceux qu'elle doit à la tradition commune de toutes les Eglises. A Rome appartient son calendrier, sa littérature d'antiennes et de répons, sa cantilène, et l'ordre même de sa psalmodie; à l'usage catholique appartiennent les heures, c'est-à-dire le principe même de l'office, principe dont il importe de déterminer la genèse et les développements primitifs, pour être mieux à même de comprendre ensuite l'application originale qu'en a faite l'Eglise romaine.

HISTOIRE 1)1 RREVIAIRE ROMAIN

Le principal de ce qu'on appelle l'office divin se rattache à une des idées chrétiennes de la toute première heure.

Notre Seigneur Jésus-Christ était mort abandonné par 54 - disciples, condamné par les Juifs, crucifié entre deux voleurs. Il était ressuscité le troisième jour et il était monté aux cieux le quarantième ; mais était-ce là tout le triomphe que les prophètes avaient prédit au Messie, lils dr David ? Non, et ce qui avait manqué à son passage en ce monde, cette gloire de roi vainqueur annoncée si clairement par tant de prophètes, allait être réalisée dan- un retour qui était proche et qui serait un avènement. Le Christ allait revenir en triomphateur et aussi en justicier; la première génération ne passerait pas avant que 1 on eût vu éclater dans la cité sainte et sur le monde tout entier sa gloire et sa justice de roi, ou plutôt la première génération et bien d'autres à la suite pourraient passer, sans que les fidèles de la foi nouvelle pussent rien perdre de l'espérance et de la crainte de ce retour prochain.

Mais si l'année de ce retour était indéterminée. même, au témoignage des Evangiles synoptiques saint Mathieu, saint Marc, saint Luc , la saison de ce retour était inconnue, on s'était persuadé facilement et de bonne heure qu-. la nuit du samedi saint au jour de Pâques étant celle où le Sauveur était sorti vivant du tombeau, ce serait en urne pareille nuit qu'il réapparaî-

iit vivant dans le monde, comme l'ange exterminateur qui la nuit même de la première de toutes les piques avait frappé h-s premiers nés de l'Egypte et vengé les

enfants d'Israël. Cette nuit-là donc, il importait de ne point dormir, mais de veiller et de prier jusqu'au jour dans 1 attente du passage de Dieu.

Voilà pourquoi, du soir du samedi saint au chant du coq du jour de Pâques, les fidèles resteraient à prier en commun. Cette façon d'expliquer l'origine de la vigile de Pâques est fort ancienne : saint Isidore de Séville (•}• 63(5) , qui la mentionne, l'avait empruntée a Lactance (~ 325j ; saint Jérôme y fait allusion comme à une tradition apostolique '. Et, de fait, elle est assez visiblement en contradiction avec le texte des Evangiles synoptiques2, pour que l'on puisse dire qu'elle n'en dépend point.

L'idée de la parousie aurait ainsi enfanté la vigile pascale.

De la vigile pascale devait naître l'office de la vigile dominicale.

La solennité pascale était le prototype de la solennité dominicale. Et, de même que Pâques avait sa grau.].' vigile nocturne, chaque dimanche eut sa vigile nocturne. L'institution de cette vigile dominicale est aussi ancienne que l'institution du dimanche lui-même : on a dit très justement qu'elle apparaissait déjà dans la

1. Hieronym.. Comment, in Mat., IV. 25 : « Traditio Judaeorum est Christum média nocte venturumin similitudinem aegiptii tcmporis, quando pascha celebratura est et exterrninator venit, et dominus super tabernaeula transiit et sanguine agni postes nostrarum Irontium consecrati sunt. Unde reor et traditionem apostolicam permansisse ut in die vigiliarum paschae ante îmctis dimidium populos dimittere non liceat, exspectantes adventum Christi. Et postquamillud tempus transierit securitate praesumpta festum cuncti agunt diem. Unde et psalmista dicebat : Media nocte surgebam ad confitendum tibi super judicia justificationis tuae. » Cf. Lactant., Divin, institut.. VII, 19. Isidor.. Etymolo*., VI 1"

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