‹ Histoire du Bréviaire romainChapitre 188 sur 218 · Au même, 16 avril 1758 [ihitl. p · texte numérisé non relu

Au même, 16 avril 1758 [ihitl. p

3. Passé 1758, personne ne parla plus de corriger le Bréviaire romain, sauf le fâcheux concile de Pisloie, en 1786. « Prima di iutlo i»er noi giudichiamo di dovere cooperare col noslro Prelato [ = l'évêque de Pisloie, Scipion Ricci] alla riforma dol Breviario e del Missale délia noslra Ghiesa, variando, corregendo c ponendo in migliore ordine i divini Ufizi. » Chacun sail, ajoulent les Pères du Concile, que les hommes les plus doctes et les plus saints, « ed i Pontefici medesimi in quesli ultimi tempi » — allusion à Benoît XIV — ont reconnu dans notre Bréviaire, spécialement en ce qui regarde les leçons sanctorales, beaucoup de faussetés et ont confessé la nécessite d'une réforme exacte. Et en ce qui regarde les autres parties du Bréviaire, chacun comprend qu'il y a là « moite cose o poco

ulili 0 meno edificaiili » : il faudrait leur substituer des textes pris à l'Écriture ou aux œuvres authentiques des Pères. « Ma sopra tutto dovrebbesi disporre il Breviario medesimo in maniera, che ncl corso d'un anno vi si leggesse tutta intiera la Banla Scrittura. » Attl e decreli ciel concilio diocesano di Pisloia (Pavie 1789), vi, 23, cités par Baeumer, t. II, p. 336. L'année suivante, 1787, l'évêque de Pistoie publiait un lectionnairo corrigé selon ces principes. L'annulation du concile de Pistoie par Pie VI, en 1794, contribua à discréditer tout projet de réiorme du Bréviaire, et à faire oublier les projets de Benoît XIV. C'est à cette suspension de tout projet de réforme que fait allusion A. Albergotti, La divina salmodia (Siene 1816), [). 231, cité par Baeumer, t. II, p. 402, quand il affirme que le pape (il s'agit de Pie VI, d'après dom Baeumer), « inerendo aile massime del suo gran predecessore e maestro Benedetto XIV, ha creduto anch'esso per ora di sospendere qualunque riforina ». Notons que cette façon de parler des maximes de Benoît XIV témoigne que la pensée de Benoît XIV était dès lors parfaitement ignorée.

Mentionnons, avant de conclure, que Benoît XIV est le seul pape moderne sous le pontificat duquel le Bréviaire n'ait pas eu à s'ouvrir à de nouvelles fêtes sanctorales. Pour les accessions du temps de Clément XIII, Clément XIV, Pie VI, et jusqu'à Grégoire XVI inclusivement, Baeumer, t. II, p. 316-321.

Baeumer, t. II, p. 403, a rappelé que Pie IX, en 18.56, nomma une commission pour étudier la question do savoir si le Bréviaire romain appelait une réforme : Dom Guéranger était un des consulteurs. La première réunion de la commission se tint le 11 avril 1856. Le Bréviaire a-l-il besoin d'être réformé? Celte réforme doit-elle être entreprise actuellement? Cette réforme doit-elle porter sur les rubriques? doit-elle porter sur les légendes, les homélies, les antiennes? Quatre questions : aux trois premières, la commission répondit oui; à la quatrième, elle répondit non. La commission de 1856 n'eut aucune suite.

Mais au concile du Vatican la question de la réforme du Bréviaire romain fut posée par plusieurs groupes d'évè- ([ues. Onze évoques français de la minorité, et parmi eux iAIs' Darboy et M"- Dupanloup, demandèrent la réforme, « 1" quoad lectiones ab historiis apocryphis non satis expurgatas; 2° quoad aliquot hymnes, stylo obscuro et prope barbaro composites; 3° quoad psalmorum distributionem, quae magis variari deberet; 4° quoad fréquentes nimis nimiumque di-

lalns Iranslationos Sancloriim; 5° qiioad ipsiim delecium Sanc iorum, quorum mûlli Romao proprii sunt et extra Romam parum noti; 6° qiioad mensiiram officiorum, quac saepe, in doniinici praesertim et feriis, longiora videiitiir ot statut praesenli cleri saccularis, multo minus quam olim numerosi proindequ^ magis occupati, non satis accommodala ». Le vœu exprimé dans le 1° se retrouve dans des postulats présentés par dos évoques d'Allemagne et de l'Italie du Nord. Le vœu exprimé dans le 3° reparaît sous une forme un peu ditîérenle dans des postulats des évêques du Canada et de l'Italie du Nord. On sait que le vœu exprimé dans le 4" a été réalisé par un décrci de Léon XIII. Cf. Baeumer, t. II, p. 404-409. — 8ur les additions et corrections faites au Bréviaire par Pie IX et Léon XIII. Baeumer, t. II, p. 410-419.

Nous n'avons pas eu cette « onesta correzione del nostro Breçiario » que Benoît XIV voulait donner, et que sa mort seule l'a empêché de donner . A y regarder de près , il est trop clair que le Pape n'était pas d'accord avec la congrégation par lui instituée : le pape inclinait à une réforme dans l'esprit de la réforme parisienne, la congrégation avait travaillé à une revision dans l'esprit de Pie V et de Clément VIII, encore que plus tranchante. Ce conflit devait paralyser toute action. Peut-être est-ce le mieux qui pût advenir.

Du moins, car une « onesta correzione », — et non pas proprement onesta, modérée, mais, plus exactement, critique et liturgique, — s'impose toujours, verra-t-on repiendre les matériaux recueillis par Benoît XIV pour corriger les taches du Bréviaire, et rétablir le désirable équilibre de l'office temporal et de l'office sanctoral? Une des dernières initiatives de Léon XIII l'a donné à espérer ' . Il ne sera donc plus

1. Je pense à l'institution par Léon XIII, en 1902, de la Cornmissione storico-liturgica, rattachée à la Congrégation des

indiscret, sur la fin de cette Histoire de Bréviaire romain, où tant de questions intéressant une réforme possible du Bréviaire, dans son texte et dans ses rubriques, ont été incidemment touchées, d'exprimer les principes que cette pure étude d'archéologie liturgique et d'histoire littéraire peut avoir l'avantage d'avoir mis en lumière.

Rejetons l'utopie liturgique française du xviii^ siècle, comme nous avons réprouvé l'utopie romaine du xv!"*. La liturgie de Vintimille et celle de Quignonez, la liturgie de Coffin et celle de Ferreri, n'ont, aux yeux de l'historien, aucun titre à se substituer à la liturgie traditionnelle.

Cette liturgie traditionnelle est représentée pour nous par le Bréviaire romain d'Urbain VIII, qui est comme une vulgate de l'office romain. Cette vulgate de 1632 est une édition historique, à laquelle le Saint- Siège a grand'raison de ne vouloir toucher qu'avec la plus prudente discrétion. Il serait même à désirer que toutes les additions qu'on y a faites depuis 1632 fussent imprimées à part, et il devrait y avoir un supplément à' officia extravagantia, où seraient réunis tous les offices publiés depuis 1632, la vulgate de 1632 demeurant à jamais fermée.

Ce qui nous rend précieuse cette vulgate, c'est que, grâce à la sagesse de Paul IV, de Pie V, de Clé-

Riles. M»' Ducliesne lui l'ut donné pour président, Ms"" Mercati pour secrétaire. Les autres membres étaient le P. Ehrle, le P. Roberti, M»" Wilpert et M^"" Benigni. Des consulteurs furent désignés parmi les savants étrangers des diverses nations, connus pour leur compétence en la matière. On n'a pas publié leurs noms, et tout est retombé dans le silence.

ment VIII, entre cette vulgate du xvii^ siècle et le Bréviaire de la curie romaine du xiii^ siècle, les différences sont de détails : l'identité substantielle des deux Bréviaires est indiscutable. Le Bréviaire d'Urbain VIII dépend du Bréviaire d'Innocent III.

Et, à son tour, le Bréviaire d'Innocent III dépend de l'office canonique romain, tel qu'il était célébré dans la basilique de Saint-Pierre de Rome, à la fin du VIII® siècle, tel qu'il s'y était constitué au cours du vu*^ et du viii'' siècle, synthèse toute romaine d'éléments soit romains, soit non romains , mais dont quelques-uns remontent à l'origine du christianisme. C'est l'honneur du Bréviaire d'Urbain VIII de descendre de cet aïeul.

Cependant l'historien a peine à ne pas considérer l'office du VIII® siècle comme l'office authentique. Il voit dans le Bréviaire d'Innocent III l'abrégé, non point de l'office romain ancien tel qu'il se célébrait à Saint-Pierre au viii^ siècle et encore au xii% mais de l'office romain tel qu'il avait été adopté, puis altéré, en France, en Allemagne, en Italie, du ix^ au xii^ siècle, sous l'influence toute-puissante des ordres religieux et spécialement de Cluny, accommodé aussi à une décadence lente du sens liturgique, devenant cet « office moderne » sur tant de points différent du pur office romain. C'a été le dommage des correcteurs romains du xvi^ et du xvii^ siècle de ne point connaître cet « office antique » ou pur romain, et de ne puiser point le texte de l'office à sa source véritable.

La réforme du Bréviaire romain serait ainsi ce

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qu'elle a toujours voulu être, un retour réfléchi et prudent à la teneur antique de l'oflice romain et à son esprit, un retour par une méthode de plus en plus rigoureuse et sûre d'investigation des sources, en entendant ce retour comme un idéal dont seulement des approximations seraient réalisables. La restauration du chant grégorien, à laquelle nous assistons en ce moment, est un exemple bien fait pour nous confirmer dans notre vœu.

Quoi qu'il en soit de l'avenir de cette pensée, tenons-nous pour heureux que depuis trois siècles aucune réforme plus radicale que celle d'Urbain VIII n'ait compromis la conservation de notre vieil office, tenons-nous pour heureux, comme nous le serions s'il nous était donné de voir debout encore l'ancienne basilique de Saint-Pierre de Rome, non pas telle qu'elle était au tenxps de saint Damase, non pas même telle qu'elle était au temps du pape Hadrien et du pape Léon III, — la basilique qui vit couronner Charlemagne, — mais simplement la basilique du temps de Nicolas V, ornée, meublée, encombrée comme elle l'était à cette époque, au lieu d'être obligés de descendre dans les cryptes vaticanes pour retrouver les quelques restes que l'inintelligence de la Renaissance a laissés venir jusqu'à nous de cette vénérable chose.

Pieux lecteurs qui m'avez suivi jusqu'ici, lorsque vous irez en pèlerinage à la Ville Eternelle, prenez la voie Appienne et poussez jusqu'à la basilique des Saints-Nérée-et-Achillée. Vous entrerez dans la basilique en pensant au pape Léon III^ qui l'a construite

sur le plan traditionnel des basiliques romaines, et qui l'a décorée de mosaïques : vous serez émus par la simplicité, par l'élégance, par l'austère et mystique beauté de cette architecture. Et si, vous rappelant quelles restaurations un cardinal Borghèse a inlligées à la basilique de Saint-Grégoire au Célius, un cardinal Aquaviva à la basilique de Sainte-Cécile au Transtevere , et Benoît XIV lui-même à Sainte-Croix de Jérusalem, vous désirez savoir quels soins pieux et éclairés ont si intégralement sauvé l'œuvre de Léon II f, lisez l'inscription où le cardinal Baronius, car c'est lui, revendique humblement l'honneur de cette restauration de sa basilique, et conjure les titulaires qui lui succéderont de n'y rien changer :

PRESBITER GARD. SVCCESSOR QVISQVIS FVERIS

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