XXII NOTICE BIOGRAPHIQUE
d'amabilité et d'humilité, dégagé de toute prétention et par suite aimé de tous ceux qui l'approchaient. Il communiquait généreusement aux autres sa science et les fruits de ses recherches , alors même que cela semblait nuire à ses propres travaux. Il était uni d'une étroite amitié avec un grand nombre de savants éminents de l'Allemagne et de l'étranger. Les lettres écrites à l'occasion de sa mort montrent de quelle haute estime il jouissait de tous côtés. Dans le Tablet de Londres (8 septembre 1894), de magnifiques adieux lui furent adressés par un illustre savant anglais. Ils se terminent par ces mots : « Un monde de connaissances et de science, résultat laborieux de longues années, a irrévocablement disparu, comme s'il n'avait jamais été, sans avoir porté les fruits auxquels on pouvait légitimement s'attendre. Qui sait si de nos jours il se trouvera quelqu'un possédant assez de patience et de courage, pour en quelque sorte créer à nouveau ce monde et le rajeunir! »
Après avoir rapidement salué dans dom Baumer le savant, il nous reste à dire un mot du moine. Le Père Baumer voulait être tout d'abord moine, savant ensuite. Il ne travailla que par obéissance , et uniquement pour l'honneur de Dieu, et jamais il ne souffrit que ses travaux scientifiques portassent la moindre atteinte à ses devoirs de religieux.
Quelqu'un qui fut longtemps le témoin de sa vie dans le cloître écrit de lui dans la Revue bénédictine (1894, novembre) :
« Pour nous qui l'avons connu de près, qui avons vécu à ses côtés, qui avons partagé sa vie de prière et d'étude, et l'avons parfois accompagné dans ses voyages , il nous semble que deux qualités maîtresses caractérisent la physionomie de notre confrère : son amour de la règle et son ardeur au travail. Le Père Baumer fut l'homme de la régu-
NOTICE BIOGRAPHIQUE XXllI
larité. Un des premiers au chœur quand la cloche avait sonné pour Matines, il était encore le soir l'un des derniers à abandonner sa stalle; malgré sa longue habitude de l'office monastique, il ne manquait jamais de préparer en ce moment l'office du lendemain. Au chœur, il avait toujours son livre ouvert en mains; il était comme le régulateur du chœur, tant il était consciencieux dans les mouvements, précis dans les cérémonies, exact dans l'observation des moindres rubriques. Sa voix forte était un puissant soutien dans la psalmodie, et il ne la ménageait pas. La même régularité présidait à tous ses exercices de piété : la récitation du chapelet, les visites au saint Sacrement, la visite des autels, le chemin de croix qu'il faisait tous les jours après la récréation de midi, étaient autant d'exercices qu'on lui voyait remplir aux mêmes heures. Malgré ses travaux parfois absorbants, il ne s'absenta du chœur qu'en de rares occasions, montrant en fait comme en parole qu'il était moine bénédictin.
« La liste des travaux qu'il a publiés au cours des sept dernières années de sa vie serait déjà une preuve certaine de l'ardeur qu'il apporta au travail. 11 eut la passion du travail, parce qu'il regardait l'étude du moine, non comme une occupation de dilettante, mais comme une obligation stricte imposée par la sainte Règle. Il voulait en quelque sorte vivre du travail de ses mains et de sa plume. Cependant ses heures d'études étaient souvent entrecoupées, d'abord par l'office du chœur, qui, cinq fois par jour, l'appelait à l'église, puis par les divers exercices de la vie monastique, par les obligations des charges qui lui furent confiées. Pendant un certain temps il fut instructeur des frères convers, et pendant de longues années leur confesseur. A maintes reprises il fut chargé de donner des retraites et des missions. Quand il fallait interrompre le travail, il