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par le gouverneur. Si le clergé canadien avait eu en lui-même l'énergie nécessaire dans de pareilles circonstances, il aurait profité de la condition où il s'était placé aux yeux du gouvernement par les services qu'il lui avait rendus pendant la guerre des États- Unis, et se serait émancipé de la tutelle qui lui avait été imposée lors de la conquête, en prenünt sur lui de proposer directement à Rome les sujets qu'il avait reconnus les plus dignes de l'épiscopat. Mais cette pensée courageuse était aussi éloignée de l'esprit du clergé que de celui de l’évêque. Ils étaient entrés dans une voie dont ils n’ont commencé enfin à s’écarter que depuis la mort du dernier archevèque Signay.
Malgré sa timidité, le clergé, à qui les prétentions de Bailly de Messein avaient commencé à ouvrir les yeux , avait conçu Îe dessein de travailler à donner à l'évèque Hubert un coadjuteur plus digne de l’épiscopat que les précédents, et son choix paraissait s'être arrêté sur le secrétaire Plessis , depuis longtemps déjà regardé, à juste titre, comme le bras droit et le soutien de l'évêque. Plessis était alors curé de Québec. Mais, outre qu’il était jeune encore, il s'était montré, sous le nom de son évêque , l'adversaire trop constant de l’ancien coadjuteur, pour qu’on ne rédoutât pas une opposition formidable de la part de ses partisans, qui étaient précisément tous lés hommes du gouvernement. Sa nomination fut donc ajournée à un temps plus favorable. On jeta alors les yeux sur le curé de Longueil , Pierre Denaut, vicuire-général du diocèse, qui, pen-
dant la guerre de l'invasion américaine, avait montré, dans le poste dangereux qu’il occupait sur la route des
‘États-Unis au Canada, le zèle le plus ardent et le plus louable aux yeux des Anglais, pour retenir les Canadiens dans le devoir. C'était un titre puissant à la faveur du gouvernement, qui,sur læ préséntation de l’évé. que de Québec, l’agréa sans difficulté ,et troi: jours après la mort de l'évêque de Capse, le curé de Longueil fut élu coadjuteur de Québec. Les intrigues des Américains, qui faisaient chaque jour de nouveaux efforts, en envoyant émissaires sur émissaires en Canada pour engager cette colonie à secouer le joug de l’Angleterre, militèrent puissamment sans doute dans l'esprit des autorités britanniques, qui, plus que jamais, sentaient le besoin de pouvoir compter sur un homme comme le coadjuteur, dans le cas d’une nouvelle invasion américuine, Pierre Denaut devant continuer à demeurer à Longucil après sa consécration. Nommé évêque de Canathe, in partibus, le 30 septembre 1794, il fut consacré, le 29 juin de l’année suivante, dans l’église de Notre-Dame de Montréal.
Cette ville, alors presque aussi considérable que Québec, pour la richesse ét la population, ne lui cédait guère sous le rapport religieux. Le récit d’un voyageur! qui y séjourna vers cette époque nous apprend qu'on y voyait encore un couvent de Récollets; mais le nombre des religieux était réduit à deux ou
! Voyage au Canada, on 1795, — 1796, — 1797, par J. WWeld.
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trois ; cemonastère, vaste et bien bâti, fut, peu d’années après, approprié au logement. des troupes de la garnison; l’église seule continua à demeurer aux Catholiques. La congrégation des prêtres de Saint-Sulpice était restée en possession de ses grands biens, comprenant, outre diverses propriétés moins importantes, toute l’île sur laquelle est assise la ville de Montréal, et dont ils continuaient à faire un usage vraiment apostolique. Leur nombre, qui était sensiblement diminué depuis la conquête, menaçait de s’anéantir avec la communauté, par défaut de nouveaux sujets, lorsque l’émigration des prêtres français, que la révolution chassait de leur patrie, leur en amena douze qui presque tous appartenaient à la maison des Sulpiciens de Lyon ‘. Quinze autres prêtres, également émigrés de la France, parmi lesquels se trouvait l’estimable abbé Philippe Desjardins, abordèrent aussi, dans le même temps, aux rives hospitalières du Canada, où on leur donna bientôt à défricher une partie du vaste champ du Père de famille, Quatre d’entre cux furent envoyés dans le Haut-Canada, et l'abbé Desjardins, dont on reconnut promptement les capacités et.le mérite, recut des pouvoirs extraordinaires pour Niagara, où l’évèque l’envoya chargé d’une mission de confiance. D'après le rapport du voyageur cité plus haut, le couvent des Récollets aux Trois - Rivières était abandonné, et ses vastes constructiors s’en allaient en
1 Mémoire pour le diocèse de Québec, adressé à la S GC, de la Propagande à Rome, par M5 Hubert. Aux archives de larchevèché de Québec.
18 HISTOIRE ruines ; leur église avait été transformée en temple protestant, et le collège des Jésuites en une prison. Il
‘ne restait donc plus d’autres maisons religieuses dans
cette ville que le monastère des Ursulines et Y'hôtel- Dieu, que desservaient ces dames.
A Québec, le monastère des Récollets existait encore, mais réduit à un bien petit nombre de religieux ; cette maison, ainsi que nous l’avons déjà donné à entendre, était toujours l’objet de la convoitise de l'évé. que protestant, qui désirait viyement approprier l'église à son service profane, et faire du monastère sa résidence épiscopale. Un évènement sinistre et tout-à-
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lui offrir, l’occasion de saisir cette proie si longtemps convoitée et de satisfaire ses désirs. Un incendie se manifeste dans une maison de la rue Saint-Louis, le 6 septembre dans l'après-midi, et, poussé par un vent violent, se communiqua, on ne sait comment ', dit la gazette de l’époque, au monastère, qui en était éloigné de plus de cent toises ; les flammes envahirent rapidement tous les bâtiments ainsi que l’église, qui s’abima dans un vaste brasier, avant qu'on eût eu le temps d'y porter le moindre secours.
Ce désastre mit fin à l’existence des Récollets ; ils furent expropriés de leur terrain, un des plus vastes de la ville, par ordre du gouvernement, qui ne leur accorda pas même une légère indemnité pour les aider
* Voy, la Gazelle de Québec de cette époque, 4796.
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à finir tranquillement leurs jours. Depuis la mort du comte de Frontenac, les gouverneurs-généraux francais morts en Canada avaient reçu la sépulture dans l'église des Récollets ; à la suite de l’incendie, ces restes mortels furent enlevés du lieu où ils reposaient, et portés dans l’église cathédrale, sans qu'aucun monument y rappelât désormais leur souvenir. Peu de temps suffit pour balayer les débris du monastère incendié, et sur le lieu où il avait existé s’éleva, au bout de quelques années , la cathédrale protestante, avec une vaste et commode habitation pour les lords évéques de Québec.
Le protestantisme, appuyé par le gouvernement , qui seul faisait sa vie, cherchait ainsi tous les moyens d’asseoir son influence délétère dans la colonie, aux dépens de la foi jurée, de la justice, et des droits des Catholiques. Dans la crainte de voir la Religion Catholique prendre racine dans les terres nouvelles et non encore concédées, au-delà des anciennes seigneurie: françaises , où les Canadiens auraient apporté leur langue, leurs lois, et leur religion, on s’efforçait de susciter toute sorte d'obstacles à leur établissement, en y attirant surtout une population protestante et étrangère ; c’est dans ce but qu'avec l'appui du gouverneur Robert Prescott les sectaires firent rejeter par la cour une requête des Catholiques ayant pour objet l’augmentation des paroisses.
Le besoin de nouvelles églises se faisait vivement sentir dans les terres nouvelles où toinships par
l'augmentation de la population catholique, qui croissait dans une proportion extrêmement rapide. La ‘Chambre d’assemblée de Québec, érigée par le bill de 1791, joignit, mais inutilement, ses efforts à ceux du clergé et du peuple canadien pour-obtenir l'érection légale de nouvelles paroisses, dont le droit paraissait avoir été si clairement accordé à l’évêque de, Québec par un article du même bill de 479% ; mais l'opposition protestante trouva moyen de prouver que cette ordonnance, qui favorisait l’évêque catholique, était nulle dans cette circonstance, en vertu de je ne sais quels statuts d'Henry VIII et de la bonne Elisabeth, et l’on agit à l'égard des Canadiens tout au rebours de ce que l’on aurait dû faire, dans les intérêts mêmes de l'Angleterre. « Afin de les encoura- » ger à agrandir leur population, et à chercher l’aisance » et la prospérité dans de nouveaux établissements, dit » l’auteur du mémoire ? déjà cité, un gouvernement » sage aurait pris soin d'aider, par tous les moyens pos- » sibles, à propager parmieux les moyens d'instruction » religieuse. » Tous ces obstacles forcèrent l’évêque de Québec à créer alors de nouvelles missions au lieu
1 La population du Bas-Canada était de :
65,000 habitants en 1760.
413,000 en 4784, 450,000 en 1825.
544,947 en 1830, 600,000 en 4836.
900,000 en 4842.
Et sur ce nombre, actuellement, il y a à peine cent mille protestants.
2 Rapport de lord Durham à la reine, ete.
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de paroisses , lesquelles demeurèrent. longtemps en petit nombre, faute de prêtres pour les alimenter. Dieu néanmoins n’abandonnait pas entièrement ses enfants : d’autres prêtres français jetés par la’ tourmente sévolutionnaire sur la terre d'Amérique s'é taient empressés d'offrir les services ur ministhre à l’évêque de Québec. Celui-ci les illit avec reconnaissance, et se hâta de les envoyer aux missions les plus abandonnées. De ce nombre étaient celles que les Jésuites avaient autrefois gouvernées dans le Maine et le New-Brunswick. Depuis les expéditions des Anglais de la Nouvelle- Angleterre contre les villages abénakis du Kennebec, où le père Rasles avait péri, victime de leur fureur, les Sauvages de ces missions s'étaient dispersés, et s'étaient réfugiés, les uns chez leurs frères établis sur la baie de Passamequoddi, qui sépare le New-Brunswick du Maine, et les autres sur les bords du Pénobscot , où ils s'étaient bâti de nouveaux villages. Après la mort du père Rasles, plusieurs autres Jésuites, et en dernier lieu le père Germain, avaient été envoyés pour le remplacer dans les missions abénakises : celui-ci, redoutant le voisinage de la Nouvelle-Angleterre, avait fixé son séjour et le centre des missions de son ordre au village abénaki de Sainte-Anne, avantageusement situé dans une des îles de la rivière Saint-John, à deux lieues environ au-dessus de l’endroit où est bâtie la ville de Frédéricton!,
‘ Journal du voyage de Ms" Plessis, évêque de Québec, dans les missions du golfe, etc., en 1813, M S. de l’archev. de Québec.
capitale du New-Brunswick. C'est de là qu'il se transportait au besoin dans toutes les autres missions
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+ Mais, vers l’époque de la conquête du Canada les évènements forcèrent le père Germain à se retirer à son tour, et, nese trouvant plus en sûreté à l'ile Sainte- Anne, il se transporta parmi les Abénakis de 1 mison de Saint-François, au district des Trois-Rivières, où il mourut, en 1779. La mission de Sainte-Anne se trouvant ainsi abandonnée par son pasteur, les Sauvages se débandèrent , et allèrent fonder en d’autres lieux divers villages, entre autres celui qui prit son nom des rapides du Meduktik, dont les eaux mugissantes s’élancent avec fracas, d’abîme en abîme, à tra. vers des masses de rochers hardiment découpés sur le rideau de la forêt, au-dessous de Wosdstock, à douze lieues plus haut que Sainte-Anne, et celui de Madawaska, à cinquante.lieues de Frédéricton, au confluent de larivière Mad'waska et du fleuveSaint-John. Quel. ques familles s'ähblirent sur la rivière Sainte-Croix ou Passamaquocdt, près d’un endroit où les protestants établirent plus:tard ur sollése, dans le but d’y attirer les Sauvages catholiqne:, et de les entraîner dans leurs erreurs ; ce à quoi ils :. : réussirent que trop, au moyen des présents qu’ils faisaient aux pères de famille pour les engager à leur confier leurs enfants.
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DU CANADA | 83 L’hérésie tenta les mêmes séductions sur un grand nombre de familles acadiennes , qui, à l'époque de leur proscription par le gouvernement de la Nouvelle-Ecosse, étaient venues prendre des terres sur le fleuve Saint-John, et aux environs de la mission de Sainte-Anne. “fais on ‘ne les y laissa pas longtemps tranquilles ; car, à la suite de la guerre de l’indépendance américaine, on chassa tous les Acadiens de leurs terres nouvellement défrichées, afin de les donner comme récompense aux loyalistes, c'est-à-dire à ceux qui avaient refusé de s'unir aux Américains contre l'Angleterre.
Ces infortunés, dépouillés pour la seconde fois ; se retirèrent alors presque tous sur les côtes de la baie des Chaleurs, et dans la partie maritime du New-Brunswick, où ils formérent de nouveaux établissements. Quelques-uns allèrent fonder la paroisse de Saint-Basile de Madawaska, où le voisinage des fermes protestantes fut malheureusement d’un frneste exemple pour un grand nombre d’entre eux. Les missionnaires de l’Ile-Verte, sur le Saint-Laurent, virent alors les visiter et leur bâtirent une chapelle. Mais, à mesure que la population acadienne et canadienne augmentait à Madawaska, les Sauvages, qui r’aimaient point le voisinage des blancs, se retiraient ailleurs , et ce village finit par être entièrement abandonné par eux ‘. Les restes de la mission de Norridgewock, dispersés
! Voyage de Ms Plessis, cc.
sur la baie de Passamaquoddi et le Pénobscot, de-
| neurés sans pasteur après le départ du père Germain,
“se virent à leur tour environnés de toutes les séductions de l'erreur protestante. Un des moyens les plus
perfides à l’égard de ces pauvres peuplades fut la distribution gratuite de l’eau-de-vie et d'autres liqueurs fortes, auxquelles les Sauvages ont tant de peine à résister. On parvint à introduire l’ivrognerie parmi leurs tribus, et, en les abrutissant, à leur faire contracter les vices qui en sont la suite; mais on ne réus-
sit jamais à leur faire abandonner la religion de leurs 4
pères. Plus d’une fois ces pauvres Sauvages firent des tentatives pour s’arracher à cette horrible situation et obtenir un prêtre parmi eux, qui pût les retenir dans le devoir; mais leurs efforts furent longtemps inutiles. Enfin, ayant entendu parler de M. Carroll, supérieurgénéral des missions des Etats-Unis, depuis évêque et archevêque de Baltimore, ils lui envoyèrent une dépu-
tation solennelle pour le supplier de leur donner un |
missionnaire. Le chef, qui porta la parole au nom de toute la tribu, lui fit un discours touchant qui arracha des larmes au vertueux Carroll : il lui fit le tableau le plus affligeant de la situation où se trouvaient ses frères et des maux que l’ivrognerie avait introduits parmi eux. Enfin, se jetant à ses pieds, il tira de son sein un crucifix, qu'il baisa à plusieurs reprises , et le donnant à Caroll : — Ce crucifix, ajouta-t-il en se tournant vers lui les yeux remplis de larmes brûlanies, ce crucifix était celui de notre père Rasles, que les
Anglais :
souvenir l'avons c je te dom de son ar mains le verras ur Carroll la tribu a vait porté tyre. Il r l’accompa plus prom I tint par naire de S:
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Anglais assassinèrent à Norridgewock, et c’est le seul souvenir qui soit resté de lui dans notre tribu. Nous l'avons conservé de père en fils jusqu'à ce jour, et si je te donne aujourd’hui, mon père , ce gage touchant de son amour pour nous, c’est pour qu'il soit entre tes mains le gage et comme la promesse que tu nous enverras un prêtre !. |
Carroll, profondément ému , accepta le présent de la tribu abénakise, et baisa à son tour ce crucifix, qu’avait porté Sébastien Rasles, au moment de son martyre. Il renvoya ensuite le chef avec les Sauvages qui l’accompagnaient, en leur promettant qu’il ferait les plus prompts efforts pour satisfaire leurs justes désirs. Il tint parole; car, à sa demande, M. Emery, du séminaire de Saint-Sulpice, lui envoya de Paris M. Ciquard un de ses confrères, qui ne tarda pas d’aller porter aux Abénakis du Pénobscot les consolations de son saint ministère. Il fixa son séjour parmi eux ,au village d'Old-Town, ou de Sainte-Anne, situé dans une île du Pénobscot. C’est de là qu’il étendait son ministère sur toutes les tribus sauvages des Abénakis du Maine et du New-Brunswick, les visitant alternativement, à l'exemple des anciens missionnaires franciscains et jésuites, qui les premiers avaient évangélisé ces tribus. Son séjour parmi les Pénobscots fut d'environ dix ans; à cette époque, ayant été appelé à se fixer parmi les Abénakis du New-Brunswick, il remit à M. l'abbé
1 Voyage de M£r Plessis, etc.
Cheverus, qui venait d’être chargé des missions comprises dans le diooèse actuel de Boston, le soin des Abénakis de l'Etat du Maine, qui continuèrent à être visités de temps en temps par les missionnaires de la Nouvelle-Angleterre, lorsqu'ils n'avaient pas de prêtre résidant parmi eux ?. »
\ Annales de la Propagation de la Foi. Voyez les letires de Mer Fenwick, second évêque de Boston, aux numéros XXVIII, — et XXXIE, années Àess,