CHAPITRE VI
Du traité d'Aix-la-Chapelle à l'arrivée de Montcalm (1747-1756)
La paix était à peine conclue que les Anglais, sachant qu'ils n'avaient plus à craindre la marine de À France, s'empressérent d'envover par milliers de nouveaux colons en Amérique, usant ainsi du moyen | plus sûr et le seul efficace de fonder des colonies puis suntes, moyen que la France à malheureusement, — soit r'épugnance de son peuple à s’expatrier, soit vu courte de ses gouvernants, — toujours négligé d'en plover.
Une compagnie d'actionnaires anglais et virginiens se forma, en 1748, pour coloniser la vallée de l'Ohio. et en 1750, le Parlement anglais lui concéda 6,00 acres de terrain, dans lesquels la Compagnie envor aussitôl ses agents et commença d'établir des colons La vallée de l'Ohio était cependant une possession bien française; la « Belle-Rivière » avait été découverte el 1670 et 1671 par Cavelier de la Salle qui en avait pri solennellement possession au nom de Louis XIV. Maï les colons anglais voulaient être les seuls maitres de
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l'Amérique et éluient décidés à ne respecter ni les traiés, ni les droits acquis !.
Un puissant ellort fut également fait pour peupler de colons anglais là péninsule acadienne.
Jusqu’alors fx « Nouvelle-Ecosse », ainsi que s'appelait désormais PAcadie, n'avait compté d’autres habilnts — sauf la garnison anglaise d’'Annapolis — que les Acadiens, descendants des anciens colons français etles Indiens Micmacs, alliés constants de ces derniers. Or cette population d’Acadiens, restés Françuis de cœur comme de langue, s’accroissait dans des pro portions qui n'étaient pas sans inquiéter le gouvernement anglais. Elle se doublait pur elle-mème tous les seize ans, tant était grande sa fécondité. Au lieu des 2,000 individus que ce petit peuple comptait au moment de la conquête en 1710, on en comptait 5,000 en 1731, 8,000 en 1739 et, si cette progression se continait, ils pouvaient ètre plus de 100,000 à la fin du
: siècle, Que deviendrait alors, malgré le traité d’Utrecht, } ladomination anglaise sur un pays demeuré français
par son sang, par sa langue, par ses traditions, par loutes les fibres de son cœur”? Déjà, pendant la dernière
| suerre, il s’en était fallu de peu que les Acadiens ne L s'unissent à leurs frères de France et du Canada pour Lreprendre leur vieux Port-Royal aux Anglais. Ils Lu'avuient consenti à s'abstenir que sur la promesse
Lie ne prèter ce serment que sous une réserve, qui les
qu'on respecterait leur neutralité, cu: leur prétention
| constante, depuis la conquête, et lorsqu'on les pressait
le plus sur le serment d’allégeance à l'Angleterre, était
!Dussienx, Le Canada sous la domination française, p. 112,
dispensat de porter les armes en cas de guerre contr les Français : d'où le nom de French neulrals son lequel on les désignait dans toute l'Amérique anglaise.
Le premier moyen (et plût au ciel qu'il n'eut enr plové que celui-là!) dont se servit le gouvernement a. glais pour assurer sa conquèle et prévenir le danse d'un retour de l'Acadie à la France, fut d'établir à tout prix une forte population anglaise dans le pays mène. Des fonds considérables (97,982 livres sterling en 174 et 93,927 l’année suivante) furent consacrés à lt colon salion de li Nouvelle-Ecosse. On ne perdit point de temps et, pendant lPannée 174, on vit débarquer dun le havre de Chibouctou 2,9%# colons accompagné d'une forte giunison. Jiumais le gouvernement anglai en aucun pays du monde n'avait encore tenté un parel essai ni réalisé un tel eflort, C'était une véritable ville que l’on eréait de Loutes pièces sur celte baie déserte, où se trouvaient à peine deux où trois huttes de pêcheurs acudiens ! La nouvelle ville fut nomme Halifax ; elle est restée, depuis lors, la capitale de ht Nouvelle-Ecosse.
Cetle fondation dessillt complétement les veux de l plupart des Acadiens; il leur était bien difficile de con server aucune illusion sur lavenir, etils comprirent l'étendue ainsi que limminence du danger. Dans le iles du golfe Saint-Laurent (île Saint-Jean, ile du Cap Breton, etc.)}, qu'occupaient encore les Français, trouvaient déjà quelques villages créés par leurs con patriotes ; plusieurs v émigrérent?. Ceux qui restéreii
1 Rameau, p. So.
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lurent profondément troublés: ‘es discussions avec les Augluis s'uigrirent, les espri. <échaullérent, la situulion se tendit outre mesure, en attendant le fatal dénouement que nous raconterons plus loin.
Pour contrebalincer l'influence de cette nouvelle émigration anglaise et pour diminuer l'avantage que la supériorité si écrasante de leur nombre assurait aux colonies anglaises, if n'eût fallu rien moins que l'envoi at Canada de toute une armée de colons. Cestce que comprit bien M. de la Galissonnière qui, depuis 1747, remplacait M. de Beauharnais comme gouverneur du Canada. Le futur vainqueur de Pamiral Byng devant Minorque n'était pas seulement un marin distingué autant que vaillant; c'était encore un homme d'un
Jugement sûr, fort instruit en toutes choses et particu-
liérement dans les sciences naturelles, un administraleur actif et clairvovant. I demanda au gouvernement d'établir dix mille paysans français au sud-ouest des grands lacs, et plus particulièrement dans le pays des Ilinois, à moitié distance entre le Canada et la Louisine, et de façon à offrir une forte barrière aux entreprises des Anglo-Américains, qui tenduient toujours à Sétendre au-delà de leur limite naturelle des monts Alleghanvys. Heureux si ses conseils eussent été suivis! mais là cour fit aussi peu de vas de ses adjurations qu'elle avait fait de celles de ses prédécesseurs. La France, qui avait toujours des soldats à sacrifier par milliers dans toutes ses guerres européennes, nées souvent de causes si futiles, n'avait jamais de cultivaleurs à envoyer en Amérique où ils eussent trouvé,
avec les richesses d'un sol vierge, les perspectives d’une aisance et d’une indépendance que le sol de {à patrie ne garantissait guère, à cette époque, à ses luboureur's.
Obligé de renoncer à l'espoir d'obtenir jamais ce renfort de colons, si vainement sollicité, M. de | Galissonnière tira du moins le meilleur parti possible des ressources qu'il avait sous la main. Il fitconstlruire ou augmenter deux forts sur l’isthme de l’Acadie, et s’ellorça d'attirer les Acadiens sur le territoire françuis, afin de donner à cette frontière une population capuble de la défendre. Il éleva sur le Saint-Laurent, entre Montréal et le fort Frontenac, le fort de la Présentalion pour s'assurer le fleuve et maintenir les Lroquois; on construisit sur le lac Ontario le fort de Toronto pour relier le fort Frontenac (aujourd’hui Kingston) et Détroit. Il exista, dès lors, de Québec au Mississipi, une grande ligne de postes militaires qui assuraientles communications entre le Canada et la Louisiane; elle se composait de Québec, Montréal, la Présentation, Frontenac, Toronto, Détroit, fort des Miamis, or Saint-Joseph, Chicago, tort Crèvecœur sur l'Illinois el fort de Chartres sur le Mississipi. En avant de celte ligne, entre le lac Ontario et le Mississipi, et en suivant le cours de l'Ohio, on éleva une autre série de postes militaires, destinés à fortifier notre frontière el à retenir les Anglais derrière les Alléghanys. Cette ligne de postes avancés commençait à Niagara et se continuait, par le fort Presqu'ile, le fort de la Rivièreaux-Bœufs, le fort Machault et le fort Duquesne qu'on éleva un peu plus tard.
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M. de la Galissonnière réorganisa la milice et la porta à 12,000 hommes. En même temps, il envoya un détachement de 300 hommes dans la vallée de l'Ohio pour en chasser les truitants et les colons anglais, avec ordre de reprendre possession du pays d'une manière solennelle!.
Au dedans, M. de lu Galissonnière s’occupuit, le Canada manquant encore d’une imprimerie, d’en établir une; il encourageait les sciences, faisait le meilleur accueil au naturaliste suédois Kalm, qui vint à celte époque visiter le Canada et qui ne larit pas d’éloses sur la bonté du gouverneur. Il eût été bien souhuible, en effet, pour la colonie, qu'elle gudàt longtemps M. de la Galissonnière à sa tête. Mais la cour avait besoin de ses services ; il fut rappelé en France et nommé, avec M. de Silhouette, pour discuter, contra les commissaires anglais Shirley et Mildmay, la délicale el grave question des frontières de lPAcadie. II quitta donc le Canada à la fin de septembre 1749.
Le marquis de la Jonquière, marin distingué, le mème qui avait soutenu, deux ans auparavant, le combat du cap Finistère et qui avait été fait prisonnier dns ce combat, fut nommé gouverneur général en remplacement du comte de la Galissonnière ; mais il avait déjà passé la soixantaine quand il vint prendre possession de son gouvernement, et il mourut peu de temps après (1792), ayant eu le tort, pendant son court séjour au Canada, de donner prise à des accusations
{ Dussieux, p. 114.
de népotisme et de péculat, vices trop communs aux administrateurs français de cette époque qui ne sui. vaient que trop docilement en cela les exemples donnés par la cour de Versuilles.
L'ancien commissuire de Louisbourg, lPintendant François Bigot, qui exerçait dès lors ses fonctions an Canada, mérite de rester comme le type de ces administrateurs improbes à qui tous les moyens étaient bons pourvu qu’ils grossissent leur fortune, et qui nc craignaient pas de trafiquer sur largent et sur les nu: chandises que PEtat leur faisait passer dans Pintérél de la colonie. Nous retrouverons ce personnage un peu plus tard.
Quant à M. de la Jonquière, et pour en revenir à lui, il convient de n’accepter que sous bénélice d'inventaire les articulations qui furent formulées contre lui (aceusations de s'être emparé du commerce des Pays d'en haut, de faire tyranniser les marchands piu' son secrétaire, auquel il avait donné le monopole du trafic de l’'eau-de-vie chez les Indiens, ete.). Les Pères Jésuites qui furent les principaux propagateurs de ces attaques, paraissent bien avoir poursuivi avant tout une venseance personnelle. « Ces Pères, écrit Garneuu, laisaient toujours la traite dans leur mission du Saul- Saint-Louis, sous le nom de deux demoiselles Desauniers, et envoyaient leur castor à Albany, par contrebande. Cet exemple était imité par d’autres. M. de là Jonquière à qui la Compagnie des Indes se plaignait de cette violation des lois et de son privilège, voulut la faire cesser et sur l’ordre que le roi lui transmit, coupa court au mal en lermant leur comptoir du Saul-
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Saint-Louis. Le gouverneur ne fut pas longtemps sans éprouver le ressentiment de l’ordre puissant qu'il venait d’offenser. On écrivit contre lui au ministre; on l'accusa, outre les griefs énumérés plus haut, de donner les meilleurs postes à ses associés ou à ses favoris. Les trafiquants, qui n'auraient pas osé prendre l’initialive, firent écho à ces accusations. » Ces attaques, jusliliées ou non, empoisonnèrent ses derniers jours et abrégérent sa vie.
Le marquis Duquesne de Menneville qui fut nommé pour succéder à M. de la Jonquière, arriva à Québec en juillet 4752. 11 trouva la colonie dans un assez grand désordre et la discipline militaire fort relâchée. Il s’en explique dans deux lettres au ministre, datées d’octobre 1753. Dans l’une, il se plaint desofficiers qui « paroissent consternés », lorsqu'ils reçoivent un ordre de service. Dans l’autre, ses plaintes tombent sur les sol-
L dats : « leur indiscipline est outrée : cela provient de
l'impunité dans les cas les plus griefs. » En vingt mois d'eflorts persévérants, Duquesne parvint, à force de süvérités et de salutaires exemples, à remédier au mal, en grande partie du moins. Il mit à la tête des troupes des officiers expérimentés, fit de nouvelles recrues dans les campagnes et donna des ordres pour que tous ls postes militaires fussent tenus en bon état de défense. « Le Canada, — écrivait le ministre de la narine, Rouillé, à son collègue d’Argenson, ministre de la guerre, — a au moins 15,000 hommes en état de porter les armes, sur lesquels on peut compter en tout lemps. » Ce n'était pas trop, ce n’était pas même
assez, car les évènements allaient prendre une extrême gravité et déchainer la grande guerre qui ne finira plus qu'avec la perte de nos colonies.
Voltaire raconte ainsi! l’origine et les commence. ments de cette nouvelle guerre :
« Les révolutions que le roi de Prusse et ses ennemis préparaient dès lors était un feu qui couvait soush cendre; ce feu embrasa bientôt l’Europe, mais les premières étincelles vinrent d'Amérique.
« Une légère querelle entre la France et l’Angleterre pour quelques terrains sauvages vers l’Acadie, inspin une nouvelle politique à tous les souverains d'Europe. Il est utile d'observer que cette querelle était le fruit de la négligence de tous les ministres qui travaillèrent, en 1712 et 1713, au traité d'Utrecht. La France avait cédé à l'Angleterre, par ce traité, l’Acadie, voisine tu Canada, avec toutes ses anciennes limites; mais on n'avait pas spécifié quelles étaient ces limites; on les ignorait : c’est une faute qu'on n’a jamais commis dans des contrats entre particuliers. Des démêlés ont
résulté nécessairement de cette omission. Si la phil sophie et la justice se mêlaient des querelles des ho mes, elles leur feraient voir que les Français et les An glais se disputaient un pays sur lequel ils n'avaieil aucun droit : mais ces premiers principes n'entreil point dans les affaires du monde. Une pareille dispule élevée entre de simples commerçants, aurait été apisée en deux heures par des arbitres; mais entre des
1 Précis du siècle de Louis XV, chap. 31.
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nale; il et ayan 174, i dans le rances | Les I tout or tres dev territoit des pré!
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couronnes il suffit de l'ambition ou de l'humeur d’un simple commissaire pour bouleverser vingt Etats, On accusait les Anglais de ne chercher qu’à détruire entièrement le commerce de la France dans cette partie de l'Amérique. Ils étaient très supérieurs par leurs nombreuses et riches colonies dans l'Amérique septentrionale; ils l’étaient encore plus sur mer par leurs flottes; et ayant détruit la marine de France, dans la guerre de 174, ils se flattaient que rien ne leur résisterait ni dans le nouveau monde, ni sur nos mers. Leurs espérances furent d’abord trompées. »
Les premières hostilités s’engagèrent en dehors de tout ordre des métropoles et par une de ces rencontres devenues à peu près inévitables dans ces lointains territoires sur lesquels Français et Anglais élevaient des prétentions égales. Georges Washington, le futur président de la République américaine, dont le nom apparaît pour la première fois à cette époque, était alors major dans les milices de la Virginie. Il fut envoyé avec une colonne pour occuper les terres de l'Ohio; mais les Français venaient déjà d’y établir le lort Duquesne, au lieu où s’élève aujourd’hui la grande ville manufacturière de Pittsburg, dans une situation admirablement choisie et commandant tout le bassin de l'Ohio. Apprenant l'approche de l'officier anglais, M. de Contrecœur, qui commandait dans cette région, lit arrêter une petite troupe d'avant-garde qui marchait sous les ordres de l’enseigne Ward et envoya un parlementaire (M. de fumonville) à Washington, pour lui porter «une sommation de se retirer, attendu qu'il étoit sur le territoire françois ». Washington, à son
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tour, tirant prétexte de la capture de l'enseigne Ward, ordonna de faire feu sur le parlementaire et sur son escorte, qui furent tués ou pris. Get acte, si contraire au droit des gens et que les Français qualifièrent hautement d’assassinat, ne pouvait manquer d’exciter chez les nôtres la colère et la soif de la vengeance. M. de Villiers, frère de Jumonville, fut aussitôt lancé contre les Anglais avec 600 Francais-Canadiens et une centaine de sauvages. Cette troupe se comporla, comme on pouvait s’y attendre, avec un courage que doublai l’exaspération. Le fort « de la Nécessité » où s'était réfugié Washington, était défendu par 500 Anglais el neuf pièces de canon; au bout de dix heures de combat et malgré une pluie torrentielle, notre mousquete. rie forca l'artillerie anglaise à cesser son feu. Les Anglais qui avaient eu 90 hommes tués ou blessés à mort et beaucoup d’autres blessés légèrement, se décidèrent à capituler.
« Nous pourrions venger un assassinat, dit M. de Villiers à Washington, nous ne l’imitons pas!. »
La fuite des Anglais après la signature de cette capitulation fut si précipitée, dit un témoin, qu'ils abandonnèrent jusqu'à leur pavillon. Cette victoire ne nous avait coûté qe deux Français tués et 70 blessés,
Ces évènements, se produisant en pleine paix, ne faisaient que trop pressentir une guerre imminente. [1
1 Cf, Dussieux : Le Canada sous la domination française (2 édition). Grâce aux nombreux documents qu'il a consultés aux Archives de la marine, c’est l'ouvrage le plus sûr pour tout ce qui concerne les opérations militaires de la guerre franco-anglaise À partir de l’époque où nous sommes parvenus,
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France avait tout intérêt cependant à gagner du temps, car sa marine commençait à peine à renaitre des cendres de la dernière guerre, et quoique on eût, après la paix d'Aix-la-Chapelle, adopté le plan de construire, dans l’espace de dix ans, cent onze vaisseaux de guerre et cinquante-quatre frégates, on était encore fort loin d'avoir mené ce plan à exécution. Mais par la même raison qui devait nous engager à différer, les Anglais, qu'inquiétait la reconstitution de notre marine, avaient intérêt à précipiter la rupture. Le « bonhomme f'ranklin », alors membre de l'assemblée de Pensvylvanie, y poussait de tout son pouvoir. « Prendre et garder le Canada, écrit Sainte-Beuve!, c'était pour lui la conclusion favorite, comme de détruire Carthage pour Caton.. I avait le sentiment des destinées croissantes et illimitées de la jeune Amérique; il la vovait du Saint-Laurent au Mississipi, peuplée de sujets anglais en moins d'un siècle; mais, si le Canada restait à la France, ce développement de l'empire anglais en Amérique serait constamment tenu en échec, et les races indiennes trouveraient un puissant auxiliaire toujours prèt à les rallier en confédération et à les lancer sur les colonies, » Franklin fera bientôt (en 1757) un voyage en Angleterre pour soutenir etappuyer ces vues auprès dugouvernementanglais. Washington, Franklin! Ainsi, dans les débuts de cette guerre, nous trouvons au premier rang de nos adversaires, pour nous enlever le Canada, ces mêmes hommes qui seront, vingt ans plus tard, au premier rang de nos alliés pour enlever
1 Causeries sur Franklin.
l'Amérique à l'Angleterre! Pour être conformes à |: loi de croissance des Etats, ces retours des chosesn'en sont pas moins parmi les plus étranges coups de thé. tre de l’histoire,
Quoique la guerre ne fût pas encore déclarée, il était clair qu'on ne pouvait laisser le Canada sans secours. La disproportion était trop grande entre les forces de nos colonies et celles des colonies anglaises d'Amé. rique pour que la France pût espérer de conserver son empire colonial autrement qu’en mettant dans la ha lance tout le poids de son épée; encoren’eût-il pas fallu se laisser entrainer, presque en même temps, à la fatale guc ‘re de Sept-Ans! La population des provinces anglo-américaines s'élevait, en 1755, suivantles calcul de Franklin, à un million deux cent mille âmes, tandis que le Canada, le Cap-Breton et la Louisiane réunis en comptaient à peine de 75 à 80 mille. Les forces régulières du Canada ne s'élevaient pas à mille hommes, tandis qu'on pouvait évaluer à 15,000 celles que h Nouvelle-Angleterre et la Nouvelle-York allaient bientôt mettre sur pied. Dans ces conditions, nous l'avons dit, la Francene pouvait hésiter, si elle tenait à conserver le Canada, à envoyer üe solides renforts de l’autre côté de l'Atlantique.
On embarqua à Brest, en avril 1755, six bataillons d'infanterie qui comptaient un peu plus de 3,000 soldats et de 200 officiers. Toutes ces troupes partirenl pleines d’ardeur, leur entrain faisant pressentir les victoires qu’elles allaient remporter à quinze cents lieues de leur patrie. € Tout s’est passé dans le meil-
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leur ordre, écrit un commissaire, l'esprit de ce régiment (de Guyenne) est admirable; tous se sont emharqués avec joie et un empressement si décidé, qu'il n'y a pas un seul homme qui ne soit de bonne volonté. » — « Le régiment de Languedoc, écrit le lieutenantgénéral, (M. de Crémille), vient de suivre parfaitement le bon exemple du régiment de Guyenne; il n’y est entré que des soldats de bonne volonté, et il y a même eu bien descontestations entreeux pourla préférence qu'ils demandoiïent tous également. »
On a plaisir, remarque à ce propos M. Dussieux*, à voir ces braves gens, qui feront si bien leur devoir au Canada, partir avec autant d’entrain. Cependant la traversée n’était pas facile commeelle l’est aujourd’hui ; c'était un long voyage, pénible et dangereux, pendant lequel presque toujours des épidémiesdécimaient cruellement les passagers, embarqués en grand nombre sur des bâtiments où les règles de l'hygiène moderne étaient méconnues.
Une escadre de quatorze vaisseaux, dont trois seulement armés en guerre, ri de quatre frégates, appareilla de Brest, le 3 vai, mportant ces troupes et des aipprovisionnements de toute espèce. L’amiral Dubois de la Mothe qui à. commandait arriva sur les bancs de Terre-Neuve presque en même temps que l'amiral anglais Boscawen qui avait reçu l’ordre d’intercepier ce convoi et qui disposait de onze vaisseaux de ligne et de plusieurs frégates. Des brouillards séparèrent l’es-
! Lettre de M, Doreil au ministre de la guerre. 2 P. 430.
220 HISTOIRE DU CANADA cadre française, et trois de nos navires, l’Aleide, le Lis et le Dauphin-Royal se trouvèrent, le 8 juin, à portée du feu des Anglais. Le capitaine de l’Alcide demanda, à l’aide d’un porte-voix : « Sommes-nous en paix ou en guerre? — En paix! » répondit-on des vaisseau: anglais, mais presque en même lemps une bordée de mitraille tombant sur nos vaisseaux venait donner un sanglant démenti à ces paroles !. L’Alcide et le Lys, ainsi attaqués inopinément par des forces de beaucoup supérieures, furent bientôt contraints de %e Quant au Dauphin-Royal, la supériorité de sa marche assura son salut, et son capitaine, M. de Montaiais, eut la satisfaction de pouvoir conduire jusqu'à Louisbours les troupes qui lui étaient confiées.
Cette attaque fut le signal de « pirateries » sans
rendre,
exemple jusques alors. Sans aueune déclaration de guerre, les Anglais prirent plus de trois cents vaisseaux marchands, €eomme on saisirait des barques de contrebande, » (Vollaire), ils S'emparérent même de quelques navires des autres nations, qui portaient aux Francais des marchandises. On estime que 10,000 ri telots et trois cents millions de livres tombéren: ainsi, en quelques mois, au pouvoir des croiseurs anglais.
A la nouvelle de ces « actes de brigandages », ainsi qu'il les qualifiait justement dans sa lettre au roi d'Angleterre (21 décembre), Louis XV se décida enfin à rappeler son ambassadeur de Londres, et le gouver-
4 Relation du combat du vaisseau l'Aleide, (Dépôt de la guerre, vol. 3417, pièce 4).
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de l'Ohio,
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LA NOUVELLE FRANCE 291 d
7 + ne
nement français se prépira activement à la guerre. Le marquis Duquesne, ayant repris du service dans la
>, le Lys à portée amanda, paix où aisseaux rdée de nner ui le Lys,
marine, venait d'être remplacé, comme gouverneur du Canada, par le second marquis de Vaudreuil, fils du précédent ; (celui-ci reçut du ministère des instruc- si TA lions très énergiques ; malheureusement c'était un 4) homme un peu faible, et que son caractère irrésolu rendit peu propre à affronter les graves responsabililés de temps si critiques). On lui adjoignit, pour
eaucouj » pou étidié “ommander les troupes, le baron de Dieskau, qui avait ; aa été compagnon d'armes et « ami intime, dit Diderot, march
du maréchal de Saxe. » Ni lun ni Pautre, malheureusement, le premier par trop de faiblesse, le second ur trop d'assurance, ne se montrèrent complètement la hauteur des circonstances.
ais, eut uisbours
S » Sans
tion de
Les Anglais, décidés à soutenir énergiquement l'effort
AiSSEAUX
= NE dleleurs colonies pour nous prendre le Canada, avaient | dau à envOyÉ ae la métropole le générul Braddéck avec : deux ï ent ans Mg ements. Grâce à ce renfort, les Anglo-Américains 4 D00 mix poux. ent mettre, avons-nous dit, 15,000 hommes en di
D ue, tandis que Dieskau, y compris ses 2,800 soldats, ls milices cariadiennes et les sauvages, ne pouvait ras- E sembler plus de 7,000 hommes. Le général français
nabéren:
‘oiseurs
résolut, en conséquence, de se tenir sur la défensive et d'attendre l'attaque des Anglais. Cette attaque porta sur lois points à la fois : à l’est, contre les forts placés sur les 4 lronlières acadiennes, à l’ouest, contre ceux de la vallée AE de l'Ohio, au centre, contre ceux qui dominaient le lac Champlain. Nous indiquerons successivement et suc-
», ainsi
au roi
Luiclement l'issue de ces trois opérations.
FA RRLESRES
nr LU
PRET de
Sr
En Acadie, le colonel Winslow, avec plus de 2,00 hommes, assiégeu les forts Gaspareaux et de Beaust Jour qui défendaient l’isthme de Shédiac. Le premier de ces forts n’était retranché qu'avec des pieux tris écartés et n'avait que 19 hommes de garnison ; les rem: parts du second, gardés par 400 soldats, étaient en très mauvais état. Les Anglais s'emparèrent, sans coup fi. rir, des deux forts, qui ne firent pas, dans ces cir-
vustances, toute la résistance qu’ils auraient dû !.
‘à prise de ces forts assurait aux Anglais, avec le libre passage de l’isthme acadien, une domination plus incontestée que jamais sur la population de race française qui continuait d'habiter la presqu'ile et le rivages de la baie de Fundy. Il est profondément regrettable, pour leur réputation d'humanité, que le Auglais se soient départis, en cette occasion, de ki justice et de lhumanité qui sied à des vainqueurs, on présence surtout d'un peuple désarmé. L'épisode que nous allons raconter à mis dans leur histoire une tache qu'aucun essai de justification ne saurait effacer.
La population totale des Acadiens français s'élevait, à cette époque, à 16,000 âmes; de ce nombre 4,0 peut-être avaient émigré dans les îles du golfe St-Laurent où elles se retrouvaient sous le pavillon de li France; un nombre à peu près égal s'était réfugi dans les postes encore occupés par les troupes francaises autour de l'isthme de Shédiac et c’étaient des
L'Traduits, deux ans après, devant un conseil de guerre, po répondre de leur conduite peu honorable, les commandants de forts, (MM. de Villeray et Vercors-Duchambon) obtinrent pour tant leur acquittement,.
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Acadiens qui composaient la plus grande partie de la “arnison dans les forts de Beauséjour etde Gaspareaux que nous venons de voir pris par le colonel Winslow. Le reste des Acadiens, soit donc une population de 8.000 habitants, vivaient paisiblement dans leur presqu'ile, sur les terres qui les avaient vus naitre, que leurs pères avaient défrichées et qu’ils cultivaient avec amour, donnant l’exemple de toutes les vertus privées et domestiques. Ils avaient subi, sans trop protester, la souwraineté de l'Angleterre, et tout ce qu’ils demandaient, était qu'on les laissat cultiver en paix leurs petits domaines et qu’on ne les contraignit pas à porter leurs umes contre leurs anciens compatriotes, contre les hommes de leur langue, deleur religion et de leur sang. Une sorte de convention tacite s'était établie sur ce point entre eux et leurs gouverneurs, et leur avail valu lurnom de (Français neutres ».«Peuplesimple et bon,
Dit Raynal dans la langue un peu mièvre de son temps,
l'agriculture était son occupation ; leur mœurs étaient
à extrèmement simples ;… onn’y connaissait pas la mi-
sire, et la bienfaisance prévenait li mendicité... C'était une société de frères, également prèts à donner ou à recevoir ce qu'ils croyaient commun à tousles hommes. Lette précieuse harmonie écartait jusqu’à ces liaisons de galanterie qui troublent si souvent la paix des fuuilles. On ne vit jamais dans cette société de com-
merce illicite entre les deux sexes. C'est que personne’
n\ languissait dans le célibat. Dès qu'un jeune homme uit atteint l’âge convenable au mariage, on lui batis- Süt une maison, on défrichait, on ensemenvait des
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dont il avait besoin pour une année. Il v recevait la com: pagne qu'il avait choisie, et qui lui apportait en dot des troupeaux. Cette nouvelle famille croissait et prospérait à l'exemple des autres. Qui ne serait touché de l'innc. cence des mœurs et de la tranquilité de cette heureux peuplade ? Qui ne ferait des vœux pour la durée de son bonheur”? !»
Or, voici qu'à ce tableau champètre, que trace ic Raynal, va succéder brusquement un spectacle di dévastation et de ruine. Des proclumations, dressée avec une perfide habileté, avaient invité les Acadien à s’assembler tous à un jour fixé (le à septembre) er différents endroits. Ce jour-là, un jour de dimanche. les Acadiens accourent, en effet, en foule, dans leur églises. Aussitôt, des soldats les v cernent, et on len déclare que, pur ordre royal, leurs biens sont conti qués et qu'ils vont être transportés, loin de leur pars, dans les autres colonies anglaises. L'exécution fi immédiate, impilovable; on les retint prisonniers si place et, dès le lendemain, on les conduisait pu longues files aux vaisseaux qui, la veille, étaient venus atterrir sur la côte et qui devaient les emmener Quelques Acadiens s'étant échappés dans les hois
on dévasta le pays pour les empêcher de subsis
ter. Dans le canton des Mines, on brûla 276 gran ses, 155 autres petits bâtiments, onze moulins et une église.
Le beau poème de Longfellow, Evangéline, à li son thême de cette impitoyable exécution. I décrit ce
1 Tome VI, p. 78.
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«lriste cortège » elle Cgrand désordre » qui s'en suivit: © Dans le lumulte de lembiurquement, des «lenmnes furent Sépiurées de leurs maris, et des mères «supercevaient trop lu'd qu'elles avaient laissé sur lt «urève des enfants qui, dans une angoisse «mére, «lenduient les bras. » (Evangéline, chap. V.) Tout lut, en ellet, entrainé pèle-mêle, hommes, femmes et enfants; et les navires déposèrent confusément ces
hunilles disloquées dans les endroits les plus éloignés.
Ceux qui avaient rendu des services au gouvernement anglais ne furent pas mieux traités que les amis les plus zèlés des Français; tel ce vieux notaire nommé Le Blanc, qui mourut à Philadelphie de chagrin et de misère en cherchant Ses fils dispersés dans les provinces anglaises. On évalue à 6,000 environ le nombre de ceux qui furent iinsi Wansportés dans le Massichussets, la Pensvlvanie, la Virginie et en Angleterre. Li plupart des colons anglais, il faut le dire à leur honneur, reçurent ces malheureux avec bonté, comme pour protester contre là rigueur inexorable de leur “ouvernement, Benezel, issu d'une famille française bannie à la révocation de l’édit de Nantes, les accueillit comme des frères à Philadelphie,
Quelques-uns de ces exilés se rélugièrent ensuite à li Louisiane, où ils S'établirent à Bavou-la- Fourche Donaldsonville), d'autres passèrent dans Guyane francaise ? ; quelques-uns purent parvenir en France, et on
L'Garneau, — Rameau.
? Le recensement du comp de La Ricamarie (Guyane), fait au commencement de 1765, mentionne une trentaine de funilles oriatiures Acadie : (plusieurs du nom de Hébert, plusieurs du nom
leur donna, dans les lanc'es du duché de Chätellerault, un canton qui prit le nom d’Acadie. D'autres enfin, ne pouvant vivre loin de leur sol natal, se décidèrent, à li paix, et surmontant mille obstacles, à retourner en Acidie où nous retrouverons leurs traces. Ainsi dispersé par une violence sans nom et dont il n’est peut-être pas d'autre exemple dans l’histoire, aux quatre vents du ciel, le petit peuple Acadien ne devait pourtant pus périr. Plus de cent mille âmes dans les provinces de la Nouvelle-Ecosse et du Nouveau-Brunswick et dans les îles voisines du Cap-Breton et du Prince-Edouiur (ancienne ile St-Jean) se réclament encore aujourd'hui de ce nom d’Acadiens, rendu si honorable par le courage et par les souffrances de leurs ancêtres; avant qu'il soit quarante ans, par le seul mouvement constamment ascendant de la natalité dans ce peuple vigoureux et sage, ils auront dépassé 300,000 âmes. Preuve nouvelle, après tant d'autres, que les nationalités.
de Trahan, puis des Le Blanc, des Benoît. des Gautreau, des Thibault, des Thibaudeau, des Saunier, des Boudrau, des Barillon, des Lapierre, etc.) Une cinquantaine de familles sont mentionnées comme originaires de Louisbourg (familles Denis, Ouette, Codet, Tallard, Laugouette, Marsanne, Jaudin, Brot ou Braud, Cousin, Guedry, Colin, Besson, Allain, Verdier, Petitpas, Villedieu, Joussiaume, Deschamps, Lecerf, Berthaud, Frequant, etc.) On venaient de l’île Saint-Jean (familles Cloquesinet, Gérard, Charpenüier, Billard, Boriris, Bouchard, Grossin, Boulanger, Jacquier, Dubocq et Duvivier). Nous avons relevé enfin dix-huit familleoriginaires du Canada proprement dit et répondant aux noms suis vants: Lallemand, Colin, Barre, Bouchard, Reboulet, Desboi. Norot, Pelissier, La Chaussée, Marchand, Dolia, CGampagnan, Duvergé, Udol, Fortin, Paquet, Lanouette, Perault, (Archives de li Guyane au ministère de la marine).
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ur ce double bouclier de li moralité et de la juslice.
Pendant que les Anglais commettaient, en Acadie, un acte si barbare et si contraire au droit des gens, leur principal général, Braddock, éprouvait, dans la vallée de Ohio, un échec sanglant et honteux. Le général Braddock avait tenu à prendre en personne le commandement de 2,000 hommes qu'il dirigeait contre le fort Duquesne. A trois lieues du fort, après avoir: passé là Monongahéla, son armée rencontra, le 9 juillet, les troupes françaises commandées par M. de Beaujeu, et composées en tout de 600 sauvages et de 250 soldats ou miliciens du Canada, M. de Beuujeu mit ses Canudiens, tous adroits tireurs, au centre et déploya en demi cercle ses sauvages aux deux ailes. Le combat s’engagea et dura cinq heures ; nos tirailleurs firent reculer l'armée anglaise, malgré son artillerie. Braddock hatit en retraite, en désordre, et lut ensuite blessé à mort. La retraite fut bientôt changée en déroute, et les sauvages, chargeunt avec furie, massacrèrent impitovablement les fuyards. Plus de la moitié des Anglais, 13,000 hommes, restèrent sur le champ de bataille ou furent noyés dans la Monongahéla. « Nous avons été battus, — écrivait Washington, l’un des survivants, — battus honteusement par une poignée de Français. » De notre côté, nous ne perdimes pas plus de quarante hommes, parmi lesquels le commandant, M. de Beuu- Jeu, qui fut tué dès le commencement de laction et
mème les plus faibles, même les plus opprimées, ne meurent jamais, au moins tant qu'elles sont gardées
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fut remplacé sur le champ de bataille par M. Du mas, Cupituine dans les milices de la colonie.
Lu victoire de la Mononguhéla nous donnait un inimense butin, 15 pièces de canon, la caisse, les armes, les munitions etles papiers de l’ennemi. La vallée de l'Ohio nous resta, au moins pour cette année ; el nos sauvages alliés entrèrent de ce côté dans les colonies anglaises, où ils portèrent lépouvante € en levant des chevelures sur l'Anglais »!,
Cette victoire exalta fort les imaginalions au Guru, M. Doreil, commissaire des guerres, écrivant de Québec au ministre, le 12 août 17595, et lui annonçant le départ de Dieskau contre les Anglais de Parmée du centre, ne craignait pas de dire : « Je regiude comme certain, par le mépris que l’on à pour eux, qu'ils seront battus partout. »
Ce propos n'élail pas suns quelque outrecuidance el les évènements allaient en fournir la preuve. Dieskin quittant ses relr'anchements du fort Saint-Frédérie vint, avec 1,500 hommes, offrir la bataille aux Anglais qu'il rencontra sur les bords du lac Saint-Sucrement, au point où fut élevé depuis le fort William-Henrv. Les premiers engagements lui furentfavorables. Le 8 scptembre, il batlit les Anglais en avant de leur camp, et,
le 11, il essaya de l'enlever; muis les sauvages refusèrent de donner et, malgré la furia francese de ses soldats, Dieskau ne putforcer les ouvrages des Anglais. Il Tu grièvement blessé et pris par l'ennemi, et sa troupe,
diminuée de sept ou huit cents hommes, dut battre en
1 Dussieux, p. 141.
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