‹ Histoire du Canada et des canadiens, sous la domination anglaiseChapitre 15 sur 17 · Que le refus inexcusable de la chambre d’as · texte numérisé non relu

Que le refus inexcusable de la chambre d’as

semblée de faire les appropriations nécessaires pour l’administration de la justice et le soutien du gouvernement civil . a été la principale cause des résolu¬

tions proposées par les ministres de sa Majesté, et adoptées ]jar le parlement impérial ;

2. “ Que cette assemblée désapprouve hautement les procédés outiés de la majorité de la chambre d’assemblée, dans son refus formel de procéder aux affaires publiques, dans sa détermination déclarée de ne point coo] érer avec le gouvernement, et dans sa résolution de continuer à suivre la ligne de politique qu’elle a adoptée, et que ces pmcédés sont la source des plus grands maux pour la province en général, pour le commerce du pays, et funestes aux intéiêts dos classes agricoles et industrielles;

3. “ Que cette assemblée ne 2reut exjn-imer en termes assez énergiques son horreur jwur l’etfet immoral et désorgaiiisateur des mesures recommandées et des résolutions adojdées aux assemblées publiques récemment tenues dans diverses parties de cette jjrovince, et que cette assemblée désapjmouve comme directe-

SÎSÎOÎRË

ment opposées aux sentimens de fidélité à sa Majesté et de dévouement à son gouvernement, nourris jDar ses loyaux sujets canadiens, par toute la provfince ;

4. “ Que cette assemblée est intimement convaincue que les griefs réels et reconnus des sujets de sa Majesté, dans le Bas-Canda, seront pleinement redressés par le gouvernement de sa Majesté; que la continuation de la connexion du Bas-Canada avec la mèrepaüie est absolument nécessaire à la prospérité et à l’avancement de cette j^rovince, et que toute tentative pour troubler cette connexion, est directement contraire à l’opinion do cette assemblée, et absolument opposée à ses désirs comme à ses intéiêts.”

Cependant, loin de “ discontinuer la publication de tous écrits d'une tendance irritante ou séditieuse,” le Vmdicator et La Minerve semblaient s’elforcer de faire tous les jours de nouveaux progrès. Ces journaux avaient api)clé à l’aide de la pernicieuse corresj^ondance de Londres lu correspondance canadienne du Daily Ëa'2>ress de New York, et cette dernière correspondance ne tarda pas à l’emporter de beaucoup sur la première, dans la carrière de la trahison et de la rébellion : la première'prêcbait “ lâchement ” larévolto aux canadiens, si l’on faisait ceci, ou si l’on ne faisait jîus cela; la dernière, comjrtant sur la faiblesse et l’inertie de lord Gosfbrd, voulait, pour ainsi dire, les J contraindre par les motits les plus coupables, à l’aide do l’étranger, qu’elle appelait de toutes ses forces, en lui traçant efiVontément des plans de campagne, un sj’stème de guerre dont la scélératesse égalait l’extravagance, faisant de temps à autre des ettbrts risibles pour se surpasser par le mépris de la morale publique, refiVonterie et le cj’nisme.

Dans le même temps que le Vindicator et La Minerve

î)ü CANADA.

publiaient impunément cette correspondance “ architraitresse,” on lisait dans ces feuilles des articles comme le suivant (daté, Londres 21 janvier ISS*?) : “ On doit faire sentir au peuple la nécessité de cesser de faire usage des articles qui contribuent le j)lus à

produire des revenus . Il paraît être du devoir dw

parti populaire de joorier la détresse -chez le marchand. Si vous trouvez que le système de diminuer ou de détruire les revenus ne léussit pas, alors, il ne vous restera plus qu’une seule ressource, V indépendance.”

Toutes ces exhortations à la révolte et ces plans de petite guerre, que lord Gosford laissait publier, et qui tendaient à faire des canadiens, pour la gratification hasardeuse de quelques indigènes exaltés, ou d’étrangers désespérés, un peuple de Miquelets, de Barbets et de Chouans, contrebandiers, brigands, meurtriers, sans foi ni loi, excitèrent l’indignation de tous les journalistes ennemis des excès populaires et la Gazette de Québec exhala particulièrement la sienne, le 13 juillet, dans un article intitulé ; “ Plan de trahison formé à Montréal pour livrer le Canada aux américains, et dévoilé par L. M. N.,” dont nous extrayons ce qui suit :

“Nous avons déjà donné quelques extraits des correspondances de l’architraître L. M. N., qui écrit de Montréal au Daily Express, de New York, et dont les lettres sont re2)roduites avec avidité par le Vindicator et traduites avec empressement j)ar La Minerve. On a vu que L. M. N. s’était im2)Osé la “'noble ” tâche de convaincre les américains que le Canada était 2uét 230ur la révolte, qu’il leur tendait les bras et les a2q;)elait de tous ses vœux, et que l’intérêt, l’honneur et la reconnaissance envers l’Etre Siqmême, les obligeaient de venir à son secours. On a vu aussi que

SiSÏOlRË

le journal officiel de M. Papineau, d’intelllgencé avec L. M. N., ajoutait le poids de son autorité à tout ce que disait le correspondant de Montréal, et le vantait aux habitans des Etats-Unis, comme devant leur donner enfin des idées exactes sur le Canada. On a vu de plus, avec quel empressement La Minerve à l’exemple du Vindicator, (dont elle n’est, pour ainsi dire, que la version française,) recueillait tous les articles dans le même sens qu’elle trouvait dans les journaux américains, et les présentaient à ses lecteurs comme me preuve que nos voisins avaient “ les yeux ouverts sur nous,” et n’attendaient qu’un signal pour voler à notre secours. On peut se rappeler quelles bordées d’injures nous nous sommes attirées, en signalant l’existence de ce complot bien avant qu’il fût question de la mesure ministérielle, dont on est bien aise aujourd’hui de se faire un prétexte pour avouer hautement des projets criminels conçus depuis longtems,* auxquels on a voulu lier le peuple eu 1834, en l’engageant à souscrire à des résolutions dont il ne comprenait pas la portée ; auxquels on a voulu lier ses représentans, en 1836, en les engageant à déclarer solennellement qu’ils ajournaient leurs délibérations, jusqu’à ce qu’on leur eût accordé l’impossible, et auxquels on veut, aujourd’hui, lier, d’une manière inséparable, et le peuple et ses représentans, en les engageant à se compromettre par une résistance ouverte à une mesure qu’on a prévue, qu’on aurait pu détourner, et qu’on a volontairement rendue inévitable.

“ A Dieu no plaise que nous rendions complices de ces projets tous les signataires des 92 résolutions. Loin do là, nous croyons que la plupart d’entre eux, animés des sentimens du plus pur patriotisme, et entraî-

* Voir la lettre de M. Joseph Howe à M. E. B. O’Callaghaii.

1)Ü CANAi)A.

üés par une confiance aveugle dans des chefs qu’ils croyaient animés des mêmes sentimens, ont agi de bonne foi, sans-arrière pensée, et sont revenus ou reviendront sur leurs pas, du moment où ils se seront aperçus où on les a voulu conduire. Comme sujets, comme citoyens, ils exerçaient un droit, en s’adressant à l’autorité légitime . mais refuser de se sou¬

mettre à la décision de cette autorité, se révolter contre elle et l’injurier, parce qu’elle n’a pas cru devoir accorder tout ce qu’on lui demandait, et cela, sans vouloir même entrer dans les motifs de son refus partiel, ce serait ju-ouver qu’on n’a pas agi de bonne foi, et qu’on aurait mérité un refus absolu et non motivé, l’objet de la demande eût-il été, d’ailleurs, juste et raisonnable. Il est donc de l’honneur, comme il est du devoir et de l’intérêt de tous ceux qui, de bonne foi et sans arrière-pensée, ont adhéré, en leur qualité individuelle, aux 92 résolutions, de protester solennellement contre les intentions qu’on pourrait leur prêter, s’ils ne séparaient pas leur cause de celle des traîtres, qui font de ce refus partiel et motivé un prétexte pour justifier la rébellion, et pour livrer le pays à une horde d’aventuriers, sans foi ni loi, comme on a la preuve qu’ils entendent le faire.

“ A Dieu ne jDlaise, non plus, que nous rendions complices de ces sinistres ju’ojets, tous les auteurs de résolutions, source de tant de maux, ou tous les membres de l’assemblée qui ont concouru à l’adresse de 1836, où la chambre déclarait ajourner ses délibérations jusqu’à ce qu’on lui eût accordé scs demandes, dont la principale, sans laquelle toute autre condition, disaitelle, serait inefficace, était que la nomination des membres de la chambre haute fût ôtée au roi et donnée au peuple, conformément au vœu exprimé dans

filSTOÏHÊ

une des résolutions de 1834. On n’exigera pas qtiô nous fassions l’apologie de ceux qui ont pu innocemment participer à cette détermination, mais il nous sera permis de rappeler les bruits qui ont couru dans le temps, qu’une partie des membres avaient été comme circonvenus, pris aux piège, et qu’ils n’avaient pas ])lutôt ouvert les yeux, qu’ils voulurent retirer leur adhésion, mais qu’il n’était plus temjîs, les autres s’étant immédiatement débandés.”

Les 92 résolutions, l’adresse du 30 septembre 1836, et les remarques qu’on vient de lire, rappellent le passage suivant d’un article que La Minerve du 5 décembre de la même année 1836, offrait à ses lecteurs comme transcrit de VEcho de la Louisiane du 9 novembre précédent, laissant à deviner à qui devaient être attribués les desseins et le machiavélisme populicide exposés dans ce passage.*

“ Il est vrai que l’adresse des députés canadiens contient de très-humbles protestations de respect pour sa Majesté, et les assurances d’une constante fidélité; mais de telles paroles ne peuvent tromper, et ne trompent, en effet, personne. C’est le langage de toute révolution qui commence. Les choses sont encore indécises, et l’on cherche à se ménager une excuse, qui, ce2:)endant, ne servirait de rien, ajirès une défaite, IDarceque le vainqueur sait très bien que si on le respecte, c’est qu’on n’a pu le briser. Cette litanie de dévouement et de loyauté est tellement 2)assée en habitude, que l’histoire nous montre les hommes les l^lus décidés à ^u’oduire un bouleversement social, faire souvent usage de cette forniule courtisane, que néanmoins, nous devons convenir qu’elle a souvent son avantage, et même sa nécessité; pour un homme courageux, qui ose envisager une révolution et marcher ^

droit à elle, il en est cent mille qni reculeraient peutêtre, s’ils comprenaint tout d’un coup le but où on les conduit. Or, ces cent mille, c’est la foule, c’est la masse, dont un jour le poids fera pencher la balance en faveur de la liberté, mais à laquelle il est bon de cacher la longueur de la roule, l’immensité de l’œuvre qu’on veut lui faire entreprendre ; c’est elle qu’il faut tromper par des protestations de dévouement, afin de lui laisser l’espérance d’un accommodement, dont la réalisation n’arrivant jamais, no servira qu’à l’irriter encore plus, et cela doit se faire ainsi jusqu’à ce qu’on ait amené cette foule irritée à n’avoir à résoudre qu’une seule question, ‘ to be, or not to be.’ ”

Comme pour venir en aide au but de la correspondance qu’il “ avec avidité,” le Vindicator

comptant, en apparence, sur l’impunité, ne se fit pas scrupule d’exciter les soldats à la désertion, et son numéi’o du 14 juillet le montra entrant dans cette carrière de lâcheté, et d’iniquité et il s’y distingua tellement, de toutes manières, qrr’il fâcha grandement le Canadien qui, finalement, trouva dans ce journal des expressions propres à corrompi’e le goût, si elles n’inspii-aient ])as le plus profond dégoût, un dévergondage d’idées et de sentimcns qu’on ne s’attendrait pas à trouver dans une maison de maniaques ;il n’j' voyait plus que de la “fougue,” des “ écarts,” des “injures gratuites, le produit d’une imagination délirante, de l’extrême violence, de l’extrême imprudence, de l’extrême intolérance, de la t3’rannie.” Enfin, il ne put s’emjmcher de dire “ qu’il y avait, à Montréal, des gens payés pour ruiner le parti qu’ils faisaient semblant de défendre.” C’était, en efîet, de Montréal qu’était parti ce qui, de Londres, revint trouver place dans La Minerve, savoir: “ Nous lui déclarons

HISÎOIHË

guerre ouverte, pour la même raison (jui nous a fait combattre lord Aylmer, et nos hostilités ne cesserons jamais que nous ne l’ayons chassé du pays. Mais, hélas ! à quoi bon cette opposition ? Gosford serait remplacé par quelque autre lord muni d’instructions semblables aux siennes ; de sorte que notre unique espérance est d’élire nous-mêmes notre gouverneur, en d’autres termes, de cesser dJ appartenir à Vempire britannique.” Sur quoi, le Canadien s’écrie en vrai prophète : “ Courage, amis, courage ! encore quelque temps de cette belle politique, et le parti oligarchique n’aura plus qu’à vous voter une médaille ou couronne civique.” Si cette “ belle politique ” ne mérita aux “amis ”du Canadien, ni coui-onne ni médaille, elle réjouit le cœur de l’objet de ses grands et fréquents éloges passés, de M. W. L. Mackenzie, qui, dans une espèce d’extase s’écrie : “Tous les yeux sont tournés sur les braves et courageux patriotes du Bas-Canada.”

Si le gouvernement était trop faible et trop inerte pour tenter de réprimer autrement que par des exhortations, une presse qui allait jusqu’à exciter les militaires à déserter leurs drapeaux pour passer à l’étranger, et à publier pour le peuple des plans d’insurrection et de chouannerie, il crut pouvoir au moins punir par la destitution ceux des agitateurs qui tenaient de lui des charges honorifiques.

Le premier sur qui tomba l’animadversion du gouverneur fût le lieutenant-colonel Ignace Eaizenne qui avait figuré éminemment à l’assemblée anti-coercitive du comté des Deux-Montagnes, et ensuite refusé de se conformer à l’ordre général du 21 juin. Une longue lettre en réponse à une demande d’explication n’ayant pas paru satisfaisante, l’ordre général suivant fùt^^ publié sur la date du 3 juillet :

'• Le lieutenant-colonel Eaizenne ayant désobéi à l’ordre du 12 juin, requérant la lecture, à la tête de son bataillon, de la proclamation de son Excellence, le gouverneur en chef, sa Majoslé se dispensera, à l’avenii’, de ses services.” .

M. Eaizenne ne tarda pas à être dédommagé de la perte de son grade par une résolution du comité central et permanent, dans laquelle, après un préambule contre la conduite du gouverneur, il était dit que “le colonel Eaizenne, j/ur ref us de lire la proclamation, a donné une nouvelle preuve de sa fermeté et de son

indubitable patriotisme, et que sa démission . lui

donne de nouveaux droits à l’estime de ses concitoyens, conséquemment, ce comité lui offre, à l’unanimité, ses remcrcîmens.”

Le second objet de l’animadversion de lord Gosford fût un juge de paix, accusé d’avoir “ traité la proclamation avec le plus grand mépris et conseillé au peuple d’en rii-e.” La correspondance entre ce magistrat et le secrétaire civil, commencée le 30 juin, fût terminée le 29 juillet, ])ar la lettre suivante : “ Le gouverneur en chef m’enjoint de vous informer, que votre conduite comme juge de paix a été telle, que son Excellence s’e.st crue obligée de faire émaner l’instrument nécessaire pour vous décharger de la commission de la paix, et que, conséquemment, vous êtes déchu de vms fonctions magistrales.”

Il fût résolu par le comité central et permanent, que ce juge de paix “ avait acquis de nouveaux droits à l’estime et au respect de ses concitoyens,” etc.

Si les magistrats et officiers de milice destitués avaient leurs appi’obateurs, le gouverneur avait aussi, de temps à autre, des manifestations publiques en sa faveur.

A une assemblée nombreuse, tenue à Napierville, comté de l’Acadie, le 24 juillet il iûtréRolu : “ avec “une entière connaissance de cause,”

2. “ Que la ligne de conduite tenue par la majorité de la chambre d’assemblée, depuis quelques années, et le refus continuel de ce corps de coopérer avec les

autres branches de la législature . ont imposé aux

ministres de sa Majesté la nécessité de recourir à l’autorité du parlement imjjérial, afin d’ai-rêter un cours de choses funestes aux intérêts de la colonie, et pesant avec le plus grand piéjudice sur toutes les classes de la population ;

3. “ Que la chambre d’assemblée aj’ant virtuellement abdiqué ses fonctions, en refusant de pourvoir aux dépenses du gouvernement local . . . .cette assemblée se sent appelée .à exprimer son approbation des résolutions récemment soumises aux chambres du parlement ;

4. “ Que cette assemblée condamne les mesures suggérées, et les principes avoués dans les différentes assemblées tenues dans diverses parties de la province

5. “ Que celte asBemblée conçoit que la majorité des lois, ainsi qu’un ferme exercice de l’autorité confiée au gouvernement, sont deyenus nécessaires pour réjrrimer la difiusion de principes séditieux et désoi'ganisateurs ;

G. “ Que cette assemblée se rejrose sur les honorables intentions du gouvernement de sa Majesté envers ses sujets canadiens ;

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