COMMENCEMENT DE LA GUERRE DE SEPT ANS
RÉSUMÉ
165. Fondation â^'H.alifajc.— Lord //a/ifax fonda, à. Chiboudou une ville (IT-iO) à laquelle il donna son nom, et où il attira 2500 émigrants des plus fanatiques.
166. M. Duquesne de Menneville, gouverneur. — Le marquis de la Jonquière, accusé par la cour de France de trop favoriser sa famille, demanda son rappel ; M. Ditquesjte de Meyuieville le remplaça (1752).
167. Campagne de rOhio.— Une lutte s'engagea (1754) entre les Français et les Anglais, pour la possession de la vallée de V Ohio.
168. Assassinat de Jumonville. — Couloii de Jumonville, chargé de sommer Washington d'évacuer le fort Nécessité, fut tué d'un coup de fusil, bien qu'il portât le drapeau parlementaire (1754).
169. Prise du fort Nécessité. — Coulon de Villiers vengea la mort de son frère Jumonville, en obligeant Washington à capituler au fort Nécessité (1754).
170. Dilapidation des deniers publics.— i?/^^/ profita de sa charge d'intendant pour s'enrichir ; ses amis l'aidèrent à jouer son rôle de dilapidateur des deniers publics.
171. Invasions des possessions françaises.— En 1755, l'Angleterre se détermina à envahir le Canada par quatre endroits différents.
172. Monckton en KcsiAiç^.— A fo7ickton .'^ouilla sa victoire aux foris Gaspareaux et Beauséjour par une affreuse trahison des Acadiens à Grand-Pré.
173. Exil et dispersion des Acadiens.— 6000 Acadiens, entassés sur des vaisseaux, furent brutalement déportés aux Etats-Unis et même en Angleterre.
17-i. Bataille de la Monongahéla.— /?<? Bcaiijcu remporta une célèbre victoire sur Braddock, à la Monongahcla. Washington avoua que les Anglais avaient été honteusement battus.
175. I<e colonel Johnson. — Dieskau fut fait prisonnier par le colonel Jolnison, en voulant attaquer les Anglais dans leurs retranchements.
176. M. de Vaudreuil-Cavagnal, gouverneur. — M. de Vaudreuil-Cavagnal succéda au marquis de Duquesne (1755). Son premier acte administratif fut la construction du fort Carillon (1756).
177. Prise du fort Bull.— Le baron de Léry délogea les Anglais du fort Bull (1756), d'où il remporta beaucoup de provisions.
DÉVELOPPEMENT
165. Fondation d'Halifax.— La question des limites de l'Acadie annula bientôt le traité d'Aix-la-Chapelle et ralluma la guerre entre les deux nations rivales.
Pour assurer la presqu'île à sa patrie, lord Halifax jeta à Chibouctou les bases d'une ville (1749) à laquelle il donna son nom, et, sous les aspects les plus séduisants, y attira 2500 émigrants anglais des plus fanatiques, amenés par l'honorable Edouard Cornwallis. Afin de ne pas exposer leur foi. un bon nombre d'Acadiens quittèrent
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leurs foyers pour aller s'établir aux environs de Québec et à l'île de Saint-Jean.
166. M. Duquesne de Menneville. — Le marquis de la Jonquière, accusé à la cour de trop favoriser les membres de sa famille, s'attira des reproches, qui lui firent demander son rappel. La peine qu'il éprouva le conduisit au tombeau avant l'arrivée de son successeur, le marquù de Duquesne (1752). Le nouveau gouverneur marcha sur les traces du comte de la Galissonnière, et n'épargna rien pour mettre la colonie en état de lutter avantageusement contre l'Angleterre.
167. Campagne de l'Ohio. — La vallée de l'Ohic était le théâtre de bien des démêlés entre les deux races, lorsque Georges Washijigton âgé de 21 ans et déjà officier de mérite, s'y rendit pour sommer les Français de l'évacuer. Le jeune major, accompagné d'un détachement de soldats, se dirigea sur le fort de la Rivière-aux- Bœufs, commandé par le Gardeur de Saint-Pierre, qui refusa de discuter avec lui : " Je suis ici, dit-il, par les ordres de mon général, et je m'y conformerai en tous points et avec énergie." Washington dut se retirer. Les neiges et les glaces lui firent courir mille dangers.
Les Anglais, considérant la fourche de l'Ohio comme la clé du pays à conquérir, comm encèrent à y ériger un fort ; mais de Contrecœur, à la tête de 600 à 700 hommes, chassa les ouvriers et les soldats occupés aux travaux, et continua pour les Français le fort commencé, qu'il nomma Duquesne (aujourd'hui Pittsburg). Pour se venger de cet outrage, "Wa.«hington fit élever le fort Nécessité sur la rivière Monongahéla, à douze lieues du fort Duquesne.
168. Assassinat de Coulon de Jumonville. — De Jumonville, accompagné de trente-quatre hommes, se dirigea vers le fort Nécessité, pour sommer les Anglais
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d'abandonner la vallée de l'Ohio (1754). Washington, informé de l'approche des Français, se porte à leur rencontre avec une troupe d'Anglais et de sauvages, et les cerne pendant la nuit du 27 au 28 mai. Confiants dans le drapeau parlementaire qu'ils portent, les Français prennent leurs armes. Feu ! crie Washington, et les Anglais font deux décharges de mousqueterie, avant que les Français aient le temps de se reconnaître. De Juraonville, agite les dépêches qu'il tient en main et fait comprendre qu'il veut parler. Le feu cesse pour un instant, puis reprend, et de Jumonville est frappé mortellement par une balle. Neuf de ses compagnons trouvent la mort, et les autres sont faits prisonniers.
Un seul réussit à s'échapper pour porter cette affreuse nouvelle au fort Duquesne.
La noblesse de caractère de Washington ne nous permet pas de lui imputer tout l'odieux de cet acte de félonie, qui est plutôt la conséquence du peu de contrôle qu'il exerçait sur son armée indisciplinée.
169. Prise du fort Nécessité.— -De Contrecœur, commandant du fort Duquesne, chargea Coulon de Villiers de venger la mort de son frère Jumonville. La vue des Françai.-i scalpés, tout meurtris et gisant encore autour du fort Nécessité, excita la soif de la vengeance dans le cœur des 600 Français et des 100 sauvages que commandait de Villiers. Le combat s'engagea de nouveau. Washington, enfermé dans le fort avec 500 hommes et 10 pièces de canon, soutint la lutte avec acharnement, pendant dix heures ; mais le feu meurtrier des Canadiens, qui tiraient du haut des arbres, l'obligea à capituler (3 juillet 1754). " Nous "pourrions venger un assassinat, dit de Villiers à Wash- " ington, mais nous ne le voulons pas."
170. Dilapidation des deniers publics.— L'm^mdant Bigot, qui remplaça Hocquart, profita de sa charge
pour s'enrichir. La guerre, la famine, la désolation de la colonie, ne l'empêchèrent pas de voler impunément l'Etat. Il confia les charges lucratives à ses amis, qui l'aidèrent à jouer son rôle. Une de ses lettres à son ami Vergor, le peint admirablement. "Profitez, mon cher Vergor, profitez de votre place; taillez, rognez, vous avez tout pouvoir; afin que vous puissiez bientôt me venir joindre en France, et acheter un bien à portée de moi." Les bals et les festins se succédaient au château de Bigot. On y jouait aussi gros jeu: un seul coup faisait perdre jusqu'à 1000
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louis. Lors de la cession. Bigot trouva moyen de passer en France, emportant avec lui des sommes immenses. La cour, instruite de ses fraudes, le fit jeter à la Bastille, où il passa onze mois. Après avoir vu leurs biens confisqués, Bigot et ses complices furent bannis pour toujours du royaume de France.
17 L Invasions des possessions françaises. —
La position s'aggravait de jour en jour entre la France
et l'Angleterre, lorsque cette dernière se décida à envahir
le Canada par quatre endroits différents (1755) : Monckton
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devait attaquer les forts Beausêjour et Gaspareaux, eu Acadie; Braddock, le fort Duquesne; Johnson, le fort Saint- Frédéric (Orown-Point), aur ie lac Champlain, et Shirley, Niagara.
172. Monckton en Acadie.— Monckton a'étant emparé des forts Gaspareaux et Beausêjour, souilla sa victoire par une conduite barbare envers les malheureux jdcacZiens. La ruse présida à la cruelle spoliation de ces derniers. Attirés dans les églises des différentes paroisses sous le spécieux prétexte d'entendre une communication très importante du gouverneur, ils furent cernés par des troupes cachées dans le voisinage, et les commandants leur signifièrent qu'ils étaient constitués prisonniers de guerre, que tous leurs biens étaient confisqués au nom du roi, et que tous seraient expatriés. Cette nouvelle les terrifia comme un coup de tonnerre. Sans armes, entourés de soldats, écrasés par leurs malheurs, ils n'opposèrent pour toute défense que leurs larmes et leurs sanglots. Le jour de l'atroce exécution arriva le 10 septembre.
173. Exil et dispersion des Acadiens.— Des roulements de tambours et le son des cloches annoncèrent le jour fatal, et 6,000 Acadiens de tout rang, de tout âge et de toute condition, furent jetés sur des vaisseaux pour être dispersés dans les endroits les plus reculés de la Nouvelle- Angleterre et même dans les îles Britanniques.
Dans le tumulte de l'embarquement des femmes furent séparées de leurs maris, et des mères s'aperçurent trop tard qu'elles avaient laissé sur la grève des enfants, qui, dans un amer désespoir, leur tendaient les bras.
Le premier moment d'abattement passé, les Acadiens, quoique sans armes, se rendirent maîtres de plusieurs vais-
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seaux sur lesquels on les déportait, et s'en servirent pour faire la guerre à IMugleterre, qui la leur avait déclarée.
Un village reculé, informé de ce qui s'était passé ailleurs, tenta de repousser les Anglais ; mais écrasés par le nombre, les villageois durent se disperser. L'un d'eux, dans sa fuite, perdit successivement sa vieille mère, sa femme et ses enfants. Inconsolable de cette perte, il se rendit auprès du gouverneur de Québec, qui lui confia le commandement d'un vaisseau de guerre pour se venger de ceux qui avaient été pour lui la cause d'un si amer chagrin. Quand la paix fut faite entre l'Angleterre et la France, il continua à guerroyer pour son propre compte.
On fit de l'Acadie un véritable désert, en promenant partout le fer et la flamme. Les terres, confisquées au nom de la couronne, furent distribuées à des colons anglais. Les Acadiens échappés à la funeste catastrophe se retirèrent auprès de leurs amis, les Micmacs, pour se disperser ensuite en différents endroits du Canada. Sur les ruines de cette contrée désolée, on trouve encore aujourd'hui des rejetons des vieilles souches acadiennes, qui, par leur présence, protestent sans cesse contre la conduite injuste et déloyale de leurs spoliateurs.
174. Bataille de la Monongahéla— 5rac?c?ocZ;, général anglais rude et sans valeur, commandant 2200 hommes, eut à mesurer ses forces, à la rivière Monongahéla, contre celles de 146 Canadiens, 72 Français et 600 sauvages, commandés par de Beaujeu, Dumas et de Ligneris. A la première décharge, de Beaujeu fut tué, et Dumas le remplaça. La bataille devint une véritable boucherie. Les sauvages se précipitèrent sur l'ennemi la hache à la main, le mirent en fuite et assommèrent la plupart des fuyards. Beaucoup se noyèrent dans la Monongahéla, en voulant la traverser à la nage. Braddock
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eut trois chevaux tués sous lui avant de trouver la mort. Washington et ses miliciens ménagèrent la retraite à ceux qui échappèrent au massacre. La bataille avait duré cinq heures. Les Anglais perdirent 1,300 soldats, 63 officiers, 15 canons, leurs armes, leurs munitions, leur caisse et leurs papiers. Washington écrivait quelques jours après : '" Nous avons été battus honteusement par une poignée de Français." Cette brillante victoire ne coûta qu'une quarantaine d'hommes aux Français.
175. Le colonel Johnson. — Les armes françaises ne furent pas heureuses du côté du lac Champlain. Le baron Dieskau, retranché avec ses 3,000 hommes au fort Saint- Frédéric, s'avança, avec la moitié de son armée, pour couper la marche du colonel Johîison. Dieskau battit les Anglais rencontrés hors de leur camp, mais il fut défait en voulant attaquer leurs retranchements. Gravement blessé, il fut fait prisonnier. Malgré l'échec de Dieskau, les ennemis n'osèrent pas attaquer le fort Saint-Frédéric.
Shirley, trouvant la saison trop avancée, remit au printemps suivant l'attaque du fort Niagara, dont il avait été chargé.
176. M. de Vaudreuil, gouverneur— M. de Vaudreuil, Canadien d'origine, fut nommé pour remplacer le marquis de Duquesne (1755). Son peu d'entente avec Montcalm et sa timidité exercèrent une influence funeste sur la série d'événements qui devaient se dérouler sous son gouvernement. Son premier acte administratif fut la construction du fort Carillon (1756), commandant le lac Champlain, et garantissant aux Français l'une des principales entrées du Canada.
177. Prise du fort Bull. — Le baron de Lévy emporta d assaut le fort Bull (1756), défendu par 90 hommes. Il y
mit le feu, après s'être emparé d'une grande quantité de provisions, dont les Français revinrent chargés et qui furent d'un très grand secours pour la colonie.
Questiùimaire. — l- Que savez-vous de la fondation de lord Halifax ? — 2. Quelle fut la cause de la mort du marquis de la Jonquière ? — 3. Que nous rappellent les forts Duquesne et Nécessité ? — 4. Com-i ment fut assassiné de Jumonvi lie? — 5. Qui venorea sa mort ? — 6. Quels conseils Bigot donnait-il à Vergor ? — 7. Comment Monckton souillat-il sa victoire en Acadie ? — 8. Que savez-vous de Braddock ? — 9. Que savez-vous de Dieskau ? — 10. Quel fort fit ériger de Vaudreuil ?
Devoirs. — 1. Parlez de Monckton et de la dispersion des Acadiens. — 2. Racontez les succès et les insuccès des deux nations rivales dans les campagnes de 17-")5.