LE GÉNÉRAL HALDIMAND ET LORD DORCHESTER RÉSUMÉ
228. Réunion du Conseil législatif. —La révolution américaine retarda la mise en vigueur du Conseil législatif jusqu'en 1777. La première session du conseil s'occupa surtout de \2i pistice et de la milice.
229. Haldimand, gouverneur.— Dégoûté des abus du gouvernement, Carleton obtint son rappel et Haldimayid le remplaça (1778).
230. Opposition d'Allsopp.— Afin de rendre justice aux Canadiens, le droit et judicieux Allsopp demanda à l'Angleterre un gouvernement représentatif.
231. Rigueurs de Haldimand. — Le despote et soupçonneux Haldimand se fit souverainement détester par son gouvernement tyrannique ; il quitta le Canada en 1785.
232. I/ord Dorchester.— A la grande joie des Canadiens, Carleton, élevé à la pairie sous le titre de lord Dorcheste>\ revint pour la deuxième fois au Canada comme gouverneur.
233. Enquête sur l'état de la colonie. -Dorchester fit à Londres des rapports détaillés sur \3i justice, le commerce, V agriculture et V éducation. Pour sauvegarder les intérêts des deux races, Pitt, ministre d'Angleterre, proposa de diviser le Canada en deux provinces.
DÉ VE LOPPEMENT
228. Réunion du Conseil législatif.— La révolution américaine fit ajourner la réunion du Conseil législatif jusqu'en 1777. Le roi nomma vingt-trois membres, dont huit Canadiens seulement, et encore, ce petit nombre cxcita-t-il la jalousie des Anglais. Parmi ces derniers, les uns, attachés à la Couronne et opposés au peuple, ne cbercliaient que des emplois lucratifs, et semblaient confiner toute leur loi dans cette devise : Si veut le roi, si veut la loi ; les autres, ne cherchant qu'à s'enrichir par le commerce, étaient pleins d'eux-mêmes et avaient des prétentions bien au-dessus de leur capacité.
La première session du conseil fut calme et laborieuse. Les deux principales mesures qu'elle vota avaient rapport à la justice et à la milioe.
En ce qui concerne la justice, les cours déjà établies furent maintenues avec quelques modifications dans leurs attributions.
Quant à la milice, tous les habitants étaient tenus à porter les armes pendant quelques années; ceux qui en étaient exemptés devaient faire les travaux agricoles de
leurs voisins employés au service militaire. Le peuple des campagnes, écrasé de corvées, réclama hautement contre cette loi tyrannique.
299. Haldimand gouverneur.— Dégoûté d'une pareille situation et des abus qui se glissaient dans le gouvernement, Carleton, très estimé d'ailleurs des Canadiens, jdemanda et obtint son rappel. Le général Haldimand, qui le remplaça, se montra d'une rigueur inflexible, et se fit détester de tous les partis.
230. Opposition d'Allsopp.— Le Conseil, composé en grande partie des créatures du gouverneur, ne siégea que quelques jours en 1779 et 1780. Dans les séances tenues à huis clos, Allsopp, esprit droit et judicieux, fatigué de tant d'injustices révoltantes à l'égard des Canadiens, se mit à la tête des opposants et revendiqua, avec autant d'adresse que d'opiniâtreté, un régime digne du libéralisme dont les Anglais se flattaient. Quoique sûr de ne rien obtenir, il demanda un gouvernement représentatif, sachant que ses réclamations insérées dans les procèsverbaux parviendraient aux ministres de Londres, et leur apprendraient combien l'administration du Canada laissait à désirer.
231. Rigueurs de Haldimand— Sous le despote et ombrageux Haldimand, les corvées redoublèrent, les lettres furent interceptées et plusieurs fonctionnaires publics incarcérés, sans aucune forme de procès. Le journal Tant pis, tant mieux, opposé à la politique du Conseil, fut confisqué, et le rédacteur en chef, emprisonné^. Comme les mura de la prison devinrent bientôt trop exigus pour recevoir tous les prétendus délinquants, le couvent des Bécollets fut destiné à renfermer les nouveaux suspects.
1. Ce journal fut fondé par Fleury Mesplet ; lotard ou Joutard en
était le rédacteur en chef.
La terreur régnait partout. Dans les petits groupes, on parlait bas : signe de malaise et de raécontentemeut.
Haldiraand ne comprit pas son rôle au Canada. Cependant, avant de quitter la colonie, il proclama l'acte de YHaheas corpus'^ auquel il s'était toujours opposé ; mais cette mesure, toute juste qu'elle était, ne fit pas oublier sa tyrannie.
232. Lord Dorchester.— Les plaintes portées à la couronne contre Haldimand, occasionnèrent le départ de ce despote (1785), plutôt fait pour commander une armée indisciplinée que pour gouverner un pays. Les lieutenants-gouverneurs Hamilton, officier estimé de toute la province, et Hope, le remplacèrent par intérim, en attendant l'arrivée de Carleton (1786), élevé à la pairie, sous le titre "de lord Dorchester, et nommé capitaine général des provinces anglaises de l'Amérique du Nord. ■ Smith, ancien gouverneur général, venait en qualité de juge en chef.
233. Enquête sur l'état de la colonie- — Lord Dorchester, chargé de se rendre compte de l'état de la colonie, divisa les membres du Conseil en plusieurs comités, qui, après enquête, dressèrent des rapports détaillés sur l'administration de la justice, du commerce, de l'agriculture et de Védueation.
Le comité de \si justice constata que, suivant le caprice ou l'occasion, les j uges suivaient les lois anglaises ou françaises, sans tenir compte de l'acte de Québec. Le comité du commerce, écho des marchands consultés, recommanda Vintroduction des lois anglaises hors la propriété immobilière et les successions. Le comité de l'agriculture suggéra àà remplacer la tenure féodale par le franc et commun
1 En vertu de cette loi anglaise, qui moyennant caution donne le droit à un prisonnier d'être élargi, en attendant son procès, le gouverneur ne pouvait pas incarcérer quelqu'un sans l'assentiment de 80D cooseiL
soecage, ou tenure franche anglaise. Le comité de Véducation proposa d'établir : 1° des écoles élémentaires dans toutes les paroisses ; 2° des écoles supérieures de comté ; 3° une université soutenue au moyen des biens des Jésuites, que le gouvernement s'était appropriés depuis
Georges III, voulant mettre un terme aux réclamations des Canadiens, se servit des enquêtes qu'on lui expédia pour convaincre le parlement de la nécessité de réorganiser le gouvernement du Canada. D'ailleurs, la révolution américaine, qui venait d'amener l'indépendance des Etats- Unis, et la révolution française à la veille d'éclater, forçaient aussi l'Angleterre à faire des concessions à ses colonies.
Dans les discussions parlementaires, l'orateur Fox s'exprima ainsi : "Le Canada doit rester attaché à l'Angleterre par sa propre volonté, il est impossible de le conserver autrement, mais pour cela, il faut que ses habitants sentent que leur situation est aussi heureuse que celle des Américains." Mais il y avait à sauvegarder les intérêts des Français et des Anglais; Pitt en trouva le moyen en proposant de diviser la colonie en deux 'provinces, dont l'une, la vallée du Saint-Laurent, surtout habitée par les Français, serait appelée Bas-Canada; l'autre, comprenant les contrées voisines des grands lacs, surtout habitées par les Anglais, prendrait le nom de Haut-Canada. Ce projet de constitution, prélude du gouvernement représentatif, fut adopté.
Dans l'espace de vingt-six ans, le Canada avait déjà subi le joug onéreux de trois gouvernements, qui ne s'étaient signalés que par leurs mesures déloyales,
Questionnaire. — 1. Quel fut le résultat des nominations de ki première session du Conseil législatif? — 2. Pourquoi Haldimand se fit-il détester ? — 3. Que savez-vous d'Allsopp ? — 4. Parlez des rigueurs d'Haldimand. — ô. Qu'accordait aux prisonniers l'acte de l'Habeas corpus?— 6. Qui vint remplacer Haldimand? — 7. De quoi était-il chargé?
Devoirs. — Parlez de la deuxième administration de Carleton et de ses résultats en Angleterre.
DEUXIÈME ÉPOQUE