‹ Histoire du Canada (volume 2)Chapitre 74 sur 95 · DÉVELOPPEMENT. — PROGRÈS. — CALAMITÉS · texte numérisé non relu

DÉVELOPPEMENT. — PROGRÈS. — CALAMITÉS

RÉSUMÉ

330. Emigration.— I^' insurrection (1837-38) et l'acte d'Union (1840) accélérèrent le mouvement à' émigration des Canadiens français aux Etats-Unis.

331. Colonisation.— La colonisation amena beaucoup d'immigrants au Canada et augmenta — de 1831 à 1844 — la population de 114,000 âmes, malgré les 40,000 qui passèrent aux Etats-Unis. En 1861, la population canadienne-française était de 1,157,000 âmes, sans compter les 150,000 expatriés aux Etats-Unis.

332. I^angue française.— Les Canadiens français parlent un idiome, quoique mêlé d'anglicismes, beaucoup plus parfait que le parler de certaines provinces de France.

333. I/ittérature.— C'est à partir de l'Union (1840) que la littérature française prit son essor au Canada : la poésie, l'hiatoire, le journalisme et le roman ont eu leurs adeptes.

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334. Sciences.— Plusieurs Canadiens se sont distingués dans les science naturelles, mathéjnatiques et viédicales.

335. exploitation des forêts.— L'exploitation des forêts canadiennes fournit beaucoup de bois de construction. Au printemps, V érable produit une sève avec laquelle on fabrique du sirop et du sucre exquis.

336. Industrie minière.— La Canada possède des richesses minérales variées et considérables.

337. Pêcheries.— Les pêcheries du Saint-Laurent et des grands lacs sont les plus célèbres du monde.

33s. Agriculture.— Le sol canadien est fertile et produit en abondance \efoin, les différentes céréales et les léguryies.

339. Calamités: incendies. — En 1845 et 1846, des incejidies réduisaient en cendres la majeure partie des faubourgs de la ville de Québec, et laissaient sans abris plus de 20,000 personnes. Un bateau à vapeur, quittant Québec pour se rendre à Montréal, prit feu au cap Rouge, et des 400 passagers qui étaient à bord, 252 périrent (26 juin 1857).

En 1866, une confiagration terrible consuma encore une grande partie des habitations de Québec. Sept à huit cents personnes devinrent la proie des flammes, et 15,000 furent éprouvées par la misère.

340. Typhus.— La famine, qui sévissait en Irlande, dirigea sur nos rives 70,000 immigrants apportant avec eux le germe du typhus : cette épidémie enleva 14,000 personnes (1846-47).

341. Inondations. — En 1865, des inondations dévastèrent Montréal, Trois- Rivières et quelques îles de Sorel.

DÉVELOPPEMENT

330. Emigration. — La politique mesquine et arbitraire du gouvernement anglais, ne voulant pas tolérer de rivalités de race, occasionna les premières émigrations ; l'insurrection (1837-38) et l'Acte d'Union (1840) les activèrent encore ; dans l'espace de quatre ans, plus de 20,000 Canadiens français passèrent aux Etats-Unis.

Pour détourner ce courant migrateur et attacher au sa les Franco-Canadiens, on encouragea la colonisation. ; mailla pauvreté, la maladie et le manque de chemins praticables paralysèrent l'élan donné. Malgré tous les efforts tenté-», des centaines de familles d'origine française prirent chaque année le chemin de la gi'ande république ; leurs descendants y gardent cependant l'esprit Je leur nationalité au milieu des Américains ; la langue et les coutumes les portent à se grouper, l'église les réunit et la fête de la Saint-Jean-Baptiste leur rappelle leur origine commune.

331. Colonisation. — Les progrès de la colonisation attirèrent les immigrants et augmentèrent considérablement la population ; de 1831 à 1844, elle s'accrut au Bas- Canada de 114,000 âmes, malgré les 40,000 qui passèrent aux Etats-Unis. Des familles d'origine française s'établirent aussi dans les towyiships anglais, où leur croissance rapide leur fit bientôt dominer la population de leurb devanciers. Le gouvernement favorisa le mouvement colonisateur, et les immenses solitudes de l'Outaouais furent arrachées à la forêt. M. Lahelle, curé de Saint- Jérôme, prit cette œuvre à cœur, et, dans une quinzaine d'années, fut défrichée la vaste région située au nord des comtés de Terrebonne et d'Argenteuil, laquelle compte aujourt^'hui 5,000 âmes.

L'exploitation des bois du Saguenay donna l'élan colo-1 nisateur de ce côté (1840). Deux prêtres, MM. Hébert et O'Heilly, groupèrent les premiers colons autour du lac Saint-Jean; en 1851, ces parages comptaient déjà 4,981 habitants. A la même époque, les côtes stériles du Labrador commençaient aussi à se peupler, et la région du sud-est du fleuve prenait un accroissement considérable. Les Canadiens français se dirigeaient également du côté des comtés de Mégantic, de Drummond, de Sheffordj de Gaspé et de Kimouski.

Ces différents courants d'émigration contrebalançaient le nombre considérable de colons anglais qui vinrent s'établir dans le Haut-Canada.

En 1861, le nombre des Canadiens français établis dans les différentes régions du Canada était de 980,000 âmes. En ajoutant à ce chiffre les 177,000 Canadiens français ou Acadiens, habitant les contrées limitrophes, les provinces maritimes et les îles du golfe, on a une population de 1,157,000 âmes. Pour avoir le véritable chiffre de la population franco-canadienne à cette époque, il faudrait ajouter aussi les 150,000 expatriés, groupés dans les différents centres des Etats-Unis.

332. Langue française. — Les Franco-Canadiens parlent le français, ce précieux héritage qu'ils ont conservé de leurs ancêtres au prix de nombreux démêlés politiques. Notre idiome, malgré ses anglicismes, a gardé le cachet du XVII® siècle, et est de beaucoup plus parfait que le parler de certaines provinces de France. En général, la classe lettrée écrit mieux la langue qu'elle ne la parle.

333. Littérature française. — La littérature française au Canada ne prit son essor qu'après la crise politique de 1837-38. La poésie présida à son enfance. Les mieux inspirés des muses ont été Octave Crémazie^, appelé le " prince de nos poètes," Louis-Honoré Fréchette, lauréat de l'Académie française, et Pamphile Lemay, dont la verve paraît intarissable.

Sans entrer dans le domaine de la science et de la polémique, les prosateurs les plus distingués sont : Auhert de Gaspé, Routhier, Chapais, Faucher de Saint- Maurice, Chauveau, Gérin-Lajoie, Marquette, l'abbé Casgrain et Legendre ; ce dernier s'est aussi occupé de poésie.

Comme historien, il faut citer Bïbaud, qui posa les grands jalons de notre histoire nationale ; Oarneau, le

1 Décédé au Havre, le 16 janvier 1879. Ciémazie a été pendant plusieurs anuéed libraire à Québec ; de malencontreuses affaires ie forcèrent à s'expatrier.

plus complet et le plus philosophe ; l'abbé Ferland, très érudit et qui fut enlevé par une mort prématurée avant d'avoir pu achever son œuvre ; et l'abbé Laverdière, qui a publié beaucoup d'opuscules et une savante édition des œuvres de Champlain. Le journalisme et le roman ont eu aussi leurs adeptes.

334. Sciences. — Les Canadiens qui se sont le plus distingués dans les sciences sont : l'abbé Provencher, qui a fait des travaux considérables sur la flore et la faune

Une érabliere

canadiennes ; l'abbé Laflanime, Dawson et Logan, très versés dans les sciennes naturelles, surtout dans la géologie et la minéralogie ; BaiUargé, auteur d'un traité de géométrie et de trigonométrie très estimé ; Hbigston, célèbre dans les sciences médicales.

335. Exploitation des forêts.— Les forêts du Canada fournissent une grande quantité de bois de construction de première qualité. Le pin et Yépinette surtout y abondent. L'abatage se fait pendant l'hiver. Dès que la navigation

est ouverte, le bois est distribué aux différentes scieries situées sur les bords des rivières Outaouais, Saguenay, Saint-Maurice et autres moins importantes. On trouve dans le Haut-Canada le tulipier, dont l'écorce est employée avec succès pour combattre la fièvre intermittente, les maladies hystériques, la phtisie, le choléra, etc. Chaque printemps, à la fonte des neiges, Vérable donne une sève abondante, dont la concentration produit du sirop et du sucre exquis.

336. Industrie minière. — Le Canada possède des richesses minérales variées et considérables. Le fer, le plomb, le cuivre, l'or, l'argent, le platine, le nickel, le mercure, le bismuth, le manganèse, l'amiante, le phosphate de chaux^, etc., se trouvent dans les provinces confédérées. La longue chaîne des Laurentides contient du fer magnétique. Les côtes de la baie d'Hudson abondent en fer spathique; on trouve également du minerai de fer dans l'intérieur des territoires du Nord-Ouest. La Nouvelle- Ecosse et la Colombie-Anglaise sont célèbres par leurs terrains houillers. On obtient le pétrole dans l'Ontario. Les roches dévoniennes, dans le voisinage de Gaspé, en renferment aussi. L'albertite"^ abonde dans le comté Albert. Des pierres précieuses, telles que le jaspe, les Agates et les améthystes^, se trouvent au lac Supérieur.

337. Pêcheries- — Les pêcheries du Canada sont les ,^-Ius célèbres du monde. Celles du golfe et du fleuve Saint-

1 Ces deux derniers se rencontrent surtout dans la province de Québec.

2 Substance charbonneuse découverte en 1850, près de Hillsboro, ou Nouveau-Brunswick. On l'emploie dans la fabrication du gaz d'éclairage.

3 Une très belle améthyste, envoyée en France par les premiers colons, fut placée sur la couronne du roi.

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Laurent, ainsi que celles des grands lacs, occupent des milliers d'individus pendant l'été, et rapportent des bénéfices considérables. La morue se pêche en abondance sur les bancs voisins de l'île de Terre-Neuve.

338. Agriculture. — Le sol canadien, composé en général d'une couche argileuse très riche et assez épaisse, est d'une grande fertilité. Le foin et les différentes céréales y croissent en abondance. Les légumes, les pommes et autres fruits qui viennent à foison, sont surtout cultivés aux environs des grands centres. Les vastes pâturages permettent l'élevage d'un grand nombre de bestiaux. Des vingt-quatre millions d'acres que comptent les deux provinces du Haut et du Bas-Canada, onze sont cultivés et les treize autres sont incultes ou couvertes de forôts.

339. Calamités : incendies.— La ville de Québec peut être regardée comme le théâtre des conflagratiom. En 1845, un incendie réduisait en cendres le faubourg Saint- Pioch, une partie du quartier du Palais et une soixantaine de maisons du faubourg Saint-Jean. L'année suivante, tout Saint-Jean et une partie du faubourg Saint-Louis devenaient aussi la proie des flammes. Les secours considérables offerts aux 20,000 infortunés de ces deux catastrophes permirent à Québec de se relever assez vite de ses ruines.

Quarante personnes trouvèrent aussi la mort dans l'incendie du théâtre de Saint-Jean (1846).

Le bateau Montréal, quittant Québec pour se rendre à Montréal, prit feu au cap Rouge (26 juin 1857). Des 400 passagers qui étaient à bord, 252 périrent. " La confusion qui eut lieu, dit un journal du temps, est plus facile à imaginer qu'à décrire. Les uns se tordaient dans le désespoir, les autres, pour éviter les flammes, se préci-

pitèrent à l'eau, où un grand nombre durent périr. Les chaloupes préparées par l'équipage, au premier moment de l'accident, n'offraient qu'une misérable ressource, dont l'utilité était rendue inutile par le tumulte et la confusion." En 1866, une conflagration terrible réduisit en cendres la moitié du faubourg Saint-Hoch et tout le faubourg Saint- Sauveur. Les pertes s'élevèrent à $2,000,000. Sept ou huit personnes périrent dans les flammes et 15,000 autres, à l'approche d'un rigoureux hiver, se trouvèrent sans abri et sans ressources. La misère se fit cruellement sentir malgré les abondantes souscriptions qui s'ouvrirent de tous côtés pour secourir ces infortunés.

340. Typhus. — L'iiorrlble famine, qui sévit en Irlande, en 1846 47, amena 70,000 immigrants sur nos rives. La misère extrême de ces infortunés, entassés dans des bâtiments, presque sans vètemenis et sans nourriture, engendra le typhus. Cette maladie contagieuse, qui enleva plus de 14,000 personnes, porta l'épouvante partout. Une vingtaine de prêtres et autant de religieuses moururent victimes de leur charité. Cette épidémie laissa des centaines d'orphelins que des familles canadiennes-françaises adoptèrent et élevèrent comme leurs propres enfants.

341. Inondation. — Une autre grande calamité mit la ^ province à l'épreuve en 1865. Ce fut une inondation, qui exerça ses ravages de Montréal à T rois-Rivières. Les îles Dîipas, de Grâce et à! Aigle (îles de Sorel) furent dévastées. Cinquante personnes trouvèrent la mort et des centaines d'animaux périrent.

Questionnaire. — l. Quelle a été l'augmentation de la population, de 1831 à 1844? — 2. Que savez-vous de l'idiome parlé par les Canadiens français ? — 3. A quelle époque la littérature française a-t-elle pris son essor au Canada? — 4. Quelles sciences ont cultivé avec succès plusieurs Canadiens ? — 5. Que produisent les forêts caoa-

diennes ? — 6. Parlez de l'industrie minière, — des pêcheries, — de l'agriculture.— 7. Quels ravages exercèrent les incendies à Québec? — 8. Combien de victimes le typhus fit-il, en 1846-47 ? — 9. Que savezvous de l'inondation de 1865 ?

Devoirs. — 1. Parlez de l'éuiignition et de la colonisation, sous l'Union. — 2. Que savez-vous de la. langue et de la littérature françaises au Canada ?

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