PROSPÉRITÉ GÉNÉRALE
SOMMAIRE : —M. de Beauharnois, gouverneur.—L’intendant Dupuy.—La Louisiane: Massacre de Français.—Expéditions contre les Natchez et les Chicasas—Compagnie des Sioux.—Soulèvement des Outagamis.—M. Hocquart, intendant.—M. de la Verendrye.—Siège épiscopal de Québec.
M. de Beauharnois, gouverneur.—Après la morc de M. de Vaudreuil, de Longueil administra le Canada par intérim, jusqu'à l'arrivée de M. de Beauharnois! (11 juin 1726), homme sage, prudent et expérimenté.
L'intendant Dupuy.—M. Dupuy, versé dans les sciences, vint à Québec en même temps que M. de Beauharnois, pour remplacer Bégon.
Le caractère prétentieux du nouvel intendant l'empêcha de s’accorder avec le gouverneur et le clergé. M. de Beauharnoiïs dut plusieurs fois se contenir pour ne pas renouveler les scènes regrettables qui avaient caractérisé la première administration du comte de Frontenac.
Le roi rappela l'intendant Dupuy en 1728.
1 M. de Beauharnoïis était originaire de l’Orléanais. Il fut suc-
cessivement enseigne (1692), lieutenant dejvaisseau (1696), capitaine de frégate (1707), capitaine de vaisseau (1708),
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La Louisiane : Massacre de Français.—L'obstination de Chepart! à vouloir enlever aux Natchez2 le village de la Pomme, occasionra le massacre des Français du fort Rosale. Le chef des Natchez, désigné sous le noïn de Grand-Soleil, répondit à Chepart. “ Le même soleil nous a éclairés, la même terre nous a nourris, a reçu nos tombeaux et passera à nos enfants. Pourquoi nous ravir les prairies que nous avons partagées avec les Français, les cabanes où nous les avons reçus, la natte où nous avons fumé ensemble le calumet de la paix ? ” Chepart s'obstine et n'accorde un délai qu'à condition de lui payer un tribut en grain.
Le grand conseil de la nation se réunit, et le jour du massacre est fixé. Les Natchez se rendent en foule au fort Rosalie pour remettre à Chepart son tribut, et, sous différents prétextes, se dispersent ensuite dans les habitations. Des coups de feu donnent le signal de l’attaque ; Chepart est égorgé, ses soldats massacrés et toutes les campagnes environnantes mises à feu et à sang. Deux missionnaires, les pères Dubuisson et Capucin, trouvèrent aussi la mort. Les corps, jetés à la voirie, devinrent la pâture des chiens et des oiseaux de proie. Les femmes et les enfants furent emmenés en esclavage (1729).
Expédition contre les Natchez et les Chicasas.—À la nouvelle de ce massacre, les Français de la Nouvelle-Orléans se tinrent sur la défensive, en attendant le moment favorable de se venger. Le major Zou-
1 Chepart, commandant du fort Rosalie, voulait faire du village de la Pomme une grande ferme agricole.
2 Les Natchez, qui habitaient les bords sud-ouest du Mississipi, étaient la peuplade la plus sensuelle et la plus efféminée,
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bois, commandant les troupes, groupa toutes ses forces sur les bords du Missisipi (1730), et tomba inopinément sur les Natchez, qui célébraient par des fêtes publiques la victoire remportée sur les colons français. La plupart furent massacrés ou faits prisonniers ; ceux qui réussirent à déserter s'ensevelirent dans les retraites de l'Ouest, ou se retirèrent chez les Chicasas. Le Grand- Soleil et 400 guerriers furent conduits en esclavage à Saint-Domingue.
De Loubois releva le fort Rosalie de ses ruines, et ramena à la Nouvelle-Orléans les femmes et les enfants enlevés par les Natchez.
De Bienville, ayant repris le gouvernement de la Louisiane, se prépara à porter la guerre chez les Chicasas, instigateurs de la révolte de Natchez, qui inquiétaient plusieurs villages, accueillaient les marchands de la Caroline, interompaient les communications entre Kaskakia et la Nouvelle-Orléans, et tâchaient de refroidir l'amitié des Illinois pour leurs alliés. D'Artaquette devait envahir leur territoire pendant Lie de Bienville se rendrait au fort Condé, sur la Mobile (1736). 1200 Chactas 1 s'unirent aux forces de de Bienville. On se dirigea sur le principal village des Chicasas qui, après une vive résistance, obligea de Bienville à se rétirer. D'Artaquette ne fut pas plus heureux ; fait prisonnier avec Vincennes ? et le père Sénat, il dut mourir comme eux dans les plus cruels supplices (1736).
1 Les Chactas, qui d’abord s'étaient unis aux Natchez pour le massacre de Rosalie, se brouillèrent avec eux et devinrent leurs ennemis.
2 Vincennes avait fondé un village portant son nom, et commencé par là l’état d’Indiana (1735).
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: De Bienville, à la tête de 3000 hommes, marcha de nou-
veau contre les Chicasas (1740). La maladie, qui enleva une partie de ses troupes, le força à accepter la paix demandée par une députation de Chicasas. Ce traité cédait aux Chicasas les vastes solitudes de l'Ouest comprises entre Béton-Rouge et Kaskakia, qui cou-. paient les communications de la basse Louisiane avec l'Illinois. C'est ainsi que les Chicasas, alliés des Anglais, devenaient l'appui de cette rivale de la France dans la Louisiane.
L'échec de de Bienville menaça de rendre inutiles les secours de Louis XIV et du cardinal de Fleury, l’héroïsme de la Salle et d’Iberville, l’intrépidité des colons, les concours des Indiens et le zèle des ouvriers évangéliques.
Compagnie des Sioux.—M. de Beauharnois forma la compagnie des Sioux pour entretenir des relations avec les tribus de l'Ouest (1727). Des Français se rendirent au Mississipi, et, la même année, élevèrent le fort Beauharnots, sur le lac Pépin. 150 Sioux s'établirent à cet endroit. Le père Guignas, jésuite, les évangelisa pendant l'hiver. Le jour de la fête du gouverneur, les Français firent un feu d'artifice. A la vue des fusées et des étoiles qui semblaient tomber du ciel, les femmes et les enfants prirent la fuite, et les hommes demandèrent d'arrêter cette grande médecine.
Soulèvement des Outagamis.—De Ligneris, commandant 450 Canadiens et 700 à 800 sauvages, marcha contre les Outagamis ou Renards (1728), qui cherchaient à interrompre les communications entre la Louisiane et le Canada. Cette petite troupe partit de
Montréal et se rendit à Chicago, par l'Outaonais et le lac Huron. Le: Malhomines ou Folles-Avoines, alliés des Outagamis, éprouvèrent une déroute complète en voulant s'opposer au débarquement de Ligneris, En apprenant la défaite de leurs alliés, les Outagamis se dispersèrent dans les bois. Ligneris mit le feu à leur bourgade et détruisit leurs moissons. La campagne de Ligneris amena les Outagamis à signer un traité de paix qu'ils gardèrent pendant quelques années.
M. Hocquart, intendant.—M. Hocquart, nommé intendant en 1731, travailla à réparer les pertes considérables quela petite vérolel avait fait éprouver à la colonie, fortifia Montréal, exploita les mines du Saint- Maurice,? encouragea la culture du tabac,$ et exporta à Rochefort quelques produits de nos foréts.#
M. de la Verendrye.—M. dela Verendrye, chargé par M. de Beauharnois d'explorer les contrées de la mer de l’ouest, entreprit à cet effet plusieurs voyages (1731-43), et découvrit le haut du Missouri et tout le pays compris entre les montagnes Rocheuses et les lacs Supérieur et Winnipeg. Avant les découvertes de la Verendrye, on ne connaissait rien de la contrée située entre la Californie et la baie d'Hudson.
1 Cette épidémie fut apportée de la Nouvelle-Angleterre par un sauvage du lac des Deux-Montagnes. Elle ravagea le pays pendant deux ans et enleva 2000 personnes,
2 Les forges entrèrent en opération en 1737. On y fabriquait au moins 600 000 livres de fer par année,
8 Il fit lui-même, 4 Chambly et à Beauport, des essais qui lui rapportèrent 80,000 pieds de cette plante.
4 Il expédia une caisse de plantes recueillies par le médecin La Croix et un petit herbier formé par le chanoine Gosselin. Du minerai de cuivre du lac Supérieur, du plomb de la baie Saint- Paul et de la colle de poisson furent aussi envoyés.
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