‹ Histoire du Canada, sous la domination française [microforme] (volume 2)Chapitre 10 sur 76 · LE À · texte numérisé non relu

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Terre-Neuve, etc. Muni de ces titres, aussi vains que pompeux, le sieur DE RoBERVAL partit, l’année suivante 1541, avec cinq vaisseaux, ayant sous lui Jac- QUES CARTIER, en qualité de premier pilote.

La navigation fut heureuse, mais au lieu de remonter le Saint-Laurent, M. De RoBervaL bâtit un fort près de l'embouchure de ce fleuve, sur une plage :: ‘rile et sous un climat extémementrigoureux. Il y laissa CARTIER pour commandant, avec une forte garnison, des vivres en abondance et un de ses vaisseaux, et repartit pour aller chercher en France de plus grands secours. Mais le froid et les autres incommodités du pays eurent bientôt rebuté la garnison ; sans compter que les Sauvages en prirent ombrage et commencèrent à la molester. CARTIER et ses gens crurent donc n’avoir rien de mieux à faire que de se rembarquer pour la France; mais ils rencontrèrent, près de Terre-Neuve, M. ne RoBERvVAL, qui amenait un grand renfort, et qui les obligea à rebrousser chemin. Dès qu’il eut rétabli toutes choses dans son fort, il y laissa encore CARTIER, avec la meilleure partie de son monde, puis remonta le fleuve et eutra dans le Saguenay. Ilenvoya de là un de ses pilotes, nommé SAINTONGES, faire des découvertes audessus de Terre-Neuve, et repartit de nouveau pour la France. Il y fut retenu pendant plusieurs années, fit encore un armement, en 1549, et périt, dans le voyage avec tous ceux qui l’accompagnaient. Ce malheur fut cause que, pendant longtemps, on ne songea plus, en France, à former des établissemens dans l’A mérique du Nord.

Les Bretons, les Normans et les Basques continuérent à faire la pêche sur les bancs de Terre-Neuve, dans

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le golfe et dans le fleuve Saint-Laurent, tandis que d’autres Français fesaient la traite des pelleteries avec les Sauvages, sur les côtes de la mer, sur les bords du Saint- Laurent, et particulièrement au port de T'adousuc, à l’embouchure du Saguenay ; maïs il s’écoula près d’un demi-siècle, avant qu’on pensât de nouveau, en France, à établir une colonie dans le Canada. Enfin, le marquis de LA Rocues, seigneur breton, obtint de Henri III, et ensuite de HENRI IV, le titre de vice-roi, avec les mêmes pouvoirs qu'avait eus le sieur DE ROBERvAL. Il voulut aller lui-même reconnaître le pays dont il devait être, pour ainsi dire, le monarque. Il arma un vaisseau, sur lequel il s’embarqua, au printemps de l’année 1598. Il passa près de l’Jle de Sable, éloigmée d'environ 25 lieues de la pointe sud-est de l’île du Cap- Breton, et y débarqua quarante malheureux, qu’il avait tirés des prisons de France, et qui s’y trouvèrent bientôt plus mal à leur aise que dans leurs cachots. Il alla ensuite reconnaître les côtes du continent le plus proche, qui sont celles de l’Acadie, et après avoir pris toutes les connaissances dont il croyait avoir besoin, il remit à la voile pour s’en retourner. Arrivé en France, M. DE LA ROCHE y éprouva de grands contretemps, e

mourut de chagrin, dit-on, après avoir fait pour l’établissement de sa colonie, que pourtant il ne commença mème pas, de grandes et inutiles dépenses.

Le mauvais succès de l’entreprise du marquis de LA RocHe n’empêcha point qu'après sa mort, on ne sollicitât vivement la commission qu’il avait eue du roi. Le sieur DE PONTGRAVE”, riche négociant de St. Malo, et habile navigateur, qui avait déja fait plusieurs voyages à Tadousac, et remonté le Saint-Laurent jusqu'aux Trois

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Rivières, proposa à M. CHAUVIN, capitaine de vaisseaux, de demander au roi le privilège exclusif de la traite des pelleteries en Canada, avec les prérogatives attachées à la commission de M. DE La Roce. M. CHAUVIN gouta cet avis, demanda le privilège et l’obtint. Ilfitavec PONTGRAVE’ le voyage du Canada, dans le seul but d’y commercer avec les Sauvages ; mais il mourut, l’année suivante, et eut pour successeur le commandeur DE CHATTE, gouverneur de Dieppe. Ce dernier forma une compagnie, où entrérent des gentilshommes et des marchans, la plupart de Normandie. Il fit un armement dont il confia la conduite à M. DE PonTGRAVE’, à qui le roi avait donné des lettres-patentes pour continuer les découvertes en Canada et y faire des établissemens.

M. De CHATTE proposa à SAMUEL DE CHAM- PLAIN, Capitaine de vaisseaux, qui revenait des Antilles de faire le voyage du Canada avec PoNTGRAVE, et il y consentit, avec l’agrément du roi. Ils partirent en 1603, laissérent leurs vaisseaux à Tadousac, et remontèrent le fleuve, dans un bateau léger, jusqu’au Sault S'aint- Louis, c’est-à-dire, un peu plus haut que l’endroit où CarTIER s’était arrêté. Mais il paraît qu’alors la bourgade d’Hochelaga n'existait plus, ou était réduite à très peu de chose, puisque M, DE CHAMPLAIN n’en fait aucune mention dans ses mémoires.

A leur retour en France, PONTGRAVE” et CHAM- PLAIN trouvèrent le commandeur DE CHATTE mort, et sa commission donnée à un gentilhomme saintongeais, nommé pe MonrTs, qui avait obtenu le commerce exclusif des pelleteiies depuis le 40ème jusqu’au 54ème degré de latitude ; Je droit de concéder des terres jus-

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qu’au 46ème, et le titre de vice-amiral et de lieutenantgénéral dans toute cette étendue de pays.

M. DE MonTs conserva la compagnie formée par son prédécesseur, et l’augmenta même de plusieurs négocians des principaux ports de France, et particuliérement de celui de La Rochelle. Il équippa quatre vaisseaux, l’un desquels fut destiné à faire la traite des pelleteries à Tadousac: PonrTerAvEe? fut chargé de conduire le second à Camceaux, et de courir de là tout le canal que forment l’Z/e Royale ou du Cap-Breton et celle de Saint-Jean. M. DE MonTs conduisait les deux autres, accompagné des sieurs DE CHAMPLAIN et DE PourTriNcourT et de plusieurs autres volontaires. Parti du Hâvre-de-Grâce, le 7 mars 1604, M. Dr Moxrs arriva, le 6 mai, dans un port de l’Acadie, qui fut nommé port Rossignol, parce qu’il y confisqua un vaisseau appartenant à un capitaine de ce nom.

Cependant CHAMPLAIN explorait toute la côte, dans une chaloupe, pour chercher un endroit propre à létablissement qu’on voulait former. M. DE MoxTs ne pouvait manquer de réussir à fonder solidement une colonie, s’il choisissait bien son poste, et il ne lui était pas nécessaire d’aller bien loin. Il était près des deux ports les plus sûrs et les mieux situés pour le commerce, ceux de Camseaux et de /a Haïve ; mais il ne daigna pas même s’y arrêter. Il n’entra ni dans la Baie Française, ou de Fundy, ni dans le Port Royal, ni dans la rivière de Saint-Jean, autres postes avantageux ; mais il suivit CHAMPLAIN dans une petite île, et résolut de s’y établir. Cette île, à laquelle il donna le nom de Sainte-Croix, n’a guère qu’une demilieus de circuit; aussi fut-elle défrichée en peu de

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