‹ Histoire du Canada, sous la domination française [microforme] (volume 2)Chapitre 20 sur 76 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Nouvelles Incursions des Iroquois.—N'égociations. Affaires de Acadie.

L'assurance qu’avaient eue les Jroquois de paraître en armes à la vue des Trois-Rivières, et l’audace avec laquelle ils avaient insulté le gouverneur général, lui firent comprendre qu’il ne pouvait se trop précautionner contre une nation qui paraissait déterminée à employer également la ruse et la force. Son premier soin fut de bâtir un fort à l’entrée de la rivière de Richelieu. Ce fort fut achevé en peu de temps, quoi que pussent faire sept cents Iroquois, qui vinrent fondre sur les travailleurs, mais qui furent repoussés avec perte.

Ces ennemis communs de tous les autres habitans du Canada, assurés d’être soutenus pa ies Hollandais de Manhatt (ci-après New-York), qui commençaient à leur fournir des armes et des munitions, et à qui ils vendaient les pelleteries qu’ils avaient enlevées aux alliés des Français, ne cessaient pas leurs courses et leurs brigandages. Les rivières et les lacs étaient infestés de leurs partis de guerre, et le commerce ne pouvait plus se faire sans les plus grands risques. Le P. Jocues, que des tlurons conduisaient dans leur pays, tomba

entre leurs mains, et fut horriblement maltraité, et”un G.

Français, qui l’accompagnait, fut mis à mort, ainsi que la plupart des Hurons.

Quelque temps après ceite rencontre, un parti de cent Iroquois parut devant le fort de Richelieu, M. De MonTMAGNY, qui y éiait monté, en tua plusieurs, et contraignit les autres de se retirer. Mais bientôt, on ne reçut plus que des nouvelles désasireuses du pays des Hurons :* les [roquois détruisaient par le feu des bourgades entières, eten massacraient tous les habitans. Ces barbares étaient partout: ils prirent, sur le lac Saint-Pierre, le P, BressANI, qu’ils traitèrent comme ils avaient ::1!. ’. Jours. Tous ceux qui accompagnaient ce : :::: : furent tués ou faits prisonniers.

Cependant, quelque ‘éterm'nés que parussent être les Iroquois de pousser la gverre à toute outrance, contre les Français et leurs alliés, ils ne laissaient pas de montrer, de temps à autre, quelque inclination à la paix. Quelque temps après la rencontre sur le lac Saint-Pierre, le commandant des Tiois-Livières ayant fait savoir à M. DE MoNTMAGNY que des Algonquins et des Hurons étaient arrivés à son poste, avec trois prisonniers iroquois, ce dernier se rendit sur les lieux, fit assembler les principaux des deux tribus, et leur dit que s’ils voulaient lui laisser la disposition de leurs pri-

* Les jésuites avaient fait, ou commencé à faire, des Hurons, ce qu’ils firent, plus tard, des Sauvagesdu Paraguay, un peuple de chrétiens presque en tout semblables à ceux de la primitive église, et de plus soumis à leurs pasteurs ecclésiastiques, dans le temporel comme dans le spirituel. Ces religieux s’étaient établis dans chacune de leurs bourgades, et leur avaient donné à toutes des noms de saints ou de saintes : c’étaient les bourgades de Sainte- Marie, de Saint-Michel, de Saint-Joseph, de Saint-Jean- Baptiste, de Saint-Jean, de Saint-Ignace, etc.

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sonniers, il espérait pourvoir s’en servir pour établir une paix durable entre eux et les Iroquois. Il leur fit voir, en même temps, les marchandises avec lesquelles il se proposait de payer la complaisance qu’ils auraient pour lui.

Les Algonquins remirent un prisonnier, et acceptérent les présens du gouverneur. Celui-ci s’étant tourné ensuite vers les Hurons, pour connaitre leur réponse, l’un d'eux se leva, et lui dit: Ma bourgade m’a vu sortir guerrier, je n’y rentrerai pas marchand. Que me font tes étoffes et tes chaudières? Est-ce pour trafiquer que nous avons pris les armes et que nous nous sommes mis en campagne? Si tu as tant d'envie de nos prisonniers, tu peux les prendre ; j’en saurai bien faire d’autres, et si je meursen le faisant, ceux de mon village diront: C’est Ononthio qui l’a tué.” Les Hurons donnèrent d’autres raisons pour garder leurs prisonniers, et ent”autres, qu’étant des jeunes gens, ils devaient attendre la décision de leurs anciens. Le gouverneur ne jugea pas à propos d’insister davantage.

Les anciens décidèrent que les prisonniers seraient renvoyés au gouverneur. Des députés iroquois arrivèrent aux Trois-Rivières, où des Sauvages de toutes les tribus alliées des Français étaient déjà assemblés. M. pe MonTMAGNY s’y rendit, et marqua aux négociateurs le jour où il leur donnerait audience. Ce jour venu, le gouverneur parut dans la place du fort, qu’il avait fait couvrir de voilesde barques, et s’assit dans un fauteuil, entourré des principaux de la colonie. Les députés iroquois avaient apporté dix-sept colliers, qui étaient autant de paroles, ou de propositions qu’ils avaient à faire. Après que ces colliers eurent été ex-

posés à la vue de tout le monde, l’orateur des Cantons en prit un, et le présentant au gouverneur, “ Ononthio, lui dit-il, prête l’oreille à ma voix: tous les Iroquois parlent par ma bouche. Mon cœur ne connait pas de mauvais sentimens ; toutes mes intentions sont droites. Oublions nos chants de guerre ; que toutes nos chansons soient des chants d’allégresse.”? Puis il se mit à chanter, en gestisculant. Le second collier remerciait le gouverneur d’avoir rendu la liberté à un Iroquois ; le troisième lui ramenait un Français. Les autres avaient rapport à la paix, dont la conclusion était le but de l’ambassade. L’un applanissait les chemins, l’autre rendait la navigation libre ; un autre enterrait les haches de guerre. Il y en avait qui représentaient les festins qui suivraient la paix, et les visites amicales qu’on æ ferait mutuellement. Le discours, ou plutôt, la pantomime dura trois heures, et la séance se termina par une espèce de fête, qui se passa en chants, en danses et en festins.

Deux jours après, M. De MonTMAGNY répondit aux propositions des Iroquois. L’assemblée fut aussi nombreuse que la première fois, et le gouverneur fit autant de présens qu’il avait reçu de colliers. Pisxa- RET, chef des Algonquins, et un des plus braves hommes d’entre les Sauvages, fit aussi son présent, et dit : ‘ Voici une pierre que je mets sur la sépulture de ceux qui sont morts durant la guerre, afin qu'aucun guerrier n’aille remuer leurs os, ni ne songe àles venger” Un chef montagnais présenta ensuite une peau d’orignal, en disant que c’était pour faire des chaussures aux députés iroquois, de peur qu'ils ne se blessassent les pieds, en s’en retournant chez eux. La séance fut terminée par

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trois coups de canon, que le gouverneur fit tirer, en faisant dire aux Sauvages, que c'était pour porter en tout lieu la nouvelle de la paix. Le lendemain, les députés iroquois se remirent en route pour leur pays. peux Français, deux Algonquins et deux Hurons s’embarquèrent avec eux, et trois des leurs demeurèrent en otage dans la colonie.

l'hiver suivant, on vit les Iroquois, les Hurons et les Algonquins chasser ensemble aussi paisiblement que s'ils eussent été de la même nation. Mais la paix ne fut pas de longue durée : le P. JoQuEs, qui avait été rendu à la liberté, par lentremise des Hollandais, ainsi que le P. BRESSANI, ayant été tué chez les Agniers, de même qu’un jeune Français, qui l’accompagnait, ces barbares, prévoyant qu’on les inquiéterait, se joignirent aux autres cantons, qui n’avaient pas été compris directement dans le traité de paix, pour faire la guerre aux Hurons et aux Algonquins. D’abord, les hostilités ne consistèrent qu’en quelques coups de surprise, où il y eut quelques hommes tués de part et d’autre ; mais bientôt, il y eut des combats plus importants : les Hurons, secouras par les //ndastes, tribu nombreuse et agguerrie, remportèrent quelques avantages ; mais n’ayant voulu en profiter que pour parvenir à la paix, ils furent les dupes de la mauvaise foi et des artifices de leurs ennemis. En même temps qu'ils s’amusaient à négocier avec les Onnontagués, les Agniers et les Onneyouths attaquaient leurs partis de chasse et leurs bourgades, l’une après Pautre, et y mettaient tout à feu et à sang.

Pendant que les Hurons étaient ainsi attaqués et détruits par les Iroquois, on vit arriver à Québec un er-

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