CHAPITRE XX
Correspondance plilique.— Baie d’Hudson.— Per ftdie du marquis ” Dénonville à P'égard de Iroquois.
La manière FA M. DE LA BARRE avait conduit et terminé son expédition, contribua à hâter son rappel. Il eut pour successeur le marquis de DENONNILLE, colonel de dragons, qui avait fait preuve de courage et d’habileté, et de qui on pouvait attendre de la fermeté et do la vigueur, lorsque les circonstances l’exigeraient.
Le premier soin du nouveau gouverneur fut de s’instruire de l’état où se trouvaient les affaires avec les froquois. Îl ne tarda pas à être convaincu que les Français n’auraient jamais ces peuples pour amis, et que la meilleure politique à suivre était de les humilier, et de les affaiblir au point de leur faire trouver leur sûreté dans la soumission ou la neutralité.
Mais il ne s’agissait pas seulement de repousser les attaques des ennemis de la colonie, il fallait encore s'attacher à lui conserver ses alliés sauvages. Depuis quelque temps, les Anglais de la Nouvelle-York faisaient tous leurs efforts pour rendre les tribus de l'Ouest ennemies des Français, et pour attirer chez eux le commerce que ceux-ci faisaient dans ces quartiers, Pour empêcher un évènement qui eût été un malheur pour
le Canada, M. pe DENONVILLE proposa au ministre des colonies (M. DE SEIGNELEY,) par une lettre datée du 8 mai 1686, de construire à Niagara un fort capable de contenir une garnison de quatre à cinq cents hommes, tant pour fermer aux Anglais lu passage des lacs, et empêche: :es Sauvages de leur porter leurs pelleteries, que pour tenir les Iroquois dans la crainte et le respect, et offrir un rendez-vous, et même un refuge, en cas de besoin, aux alliés de la colonie. Les marchands de Québec qui commerçaient avec les Sauvages de Ouest, goutèrent fort le projet du gouverneur, et offrirent même de contribuer de tout leur pouvoir à son exécution. Pendant que M. DE DENONVILLE projettait ce nouveau fort, il renforçait et approvisionnait abondamment celui de Catarocouy,
Le gouverneur de la Nouvelle York, atientif à toutes les démarches de celui de la Nouvelle France, lui écfivit une lettre dont la substance était, % Que les grands amas de vivres qui se faisaient au fort de Frontenac, persuadaient aux Iroquois qu’on avait dessein de leur déclarer la guerre ; que ces peuples étant sujets de la couronne d'Angleterre, les attaquer, ce serait enfreindre la paix qui subsistait entre les deux nations; qu’il avait aussi appris qu’on se proposait de construire un fort à Niagara, et que cette nouvelle l’avait d’autant plus étonné, qu’on ne devait pas ignorer en Tnada, que tout ce pays était de la dépendance de la Nouvelle York. ”
L’intention du marquis DE DENONVILLE était bien d'attaquer les Troquois : mais comme il n’était pas encore prêt à le faire, il répondit au gouverneur anglais, 6 Qu’y ayant une grosse garnison à Catarocouy, il
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était nécessaire d'y envoyer, à la fois, beaucoup de provisions, attendu qu’on ne le pouvait pas faire cummodément en toute saison ; que les prétentions de l'Angleterre sur le pays des Iroquois étaient mal fondées, et qu’on y devait savoir que les Français en avaient pris possession avant qu’il y eût des Anglais dans la Nouvelle York.” Le colonel DuNKAN était bien l’homme le plus actif et le plus vigilant qu’il y eût alors en Amérique : rien ne lui échappait ni des démarches, ni même des intentions de ses adversaires, et on le voyait partout, soit par lui-même, soit par ses émissaires. Dans la présente occasion, il avait assemblé à Orange, (ci-après Z{bany), des députés de tous les cantons rroquois ; les avait avertis que le nouveau gouverneur du Canada était déterminé à leur déclarer la guerre, et les avait exhortés à le prévenir, en les assurant que, quoiqu'il arrivât, il ne les abandonnerait point. S'il ne réussit pas à faire prendre de suite les armes aux Iroquois, la colonie en fut peut-être uniquement redevable au P. DE LAMBERVILLE, missionnaire chez les Onnontagués. Ayant été informé de ce qui se tramait, il parvint, par son habileté et l’estime dont il jouissait dans les Cantons, à détourner l’orage pour un temps, Après avoir tiré parole des principaux chefs, qu’ils ne consentiraient à aucune hostilité contre les Français, durant son absence, il partit pour aller instruire le gouverneur général de tout ce qu’il avait appris. Les envoyés de DunxaN travaillèrent avec succès, durant l'absence du missionnaire français, qui, à son retour, trouva une partie des guerriers près de se mettre en compagne ; mais il dissipa par ses discours, et plus encore, peut-être, par les magnifiques présens dont il
était porteur pour les chefs, les soupçons et les craintes qu’on leur avait inspirés.
Cependant, la compagnie du Nord, vouiant se remettre en possession d’un fort dont ls Anglais s’étaient emparés, demanda à M. pe DENonNvizze des soldats et un officier pour les commander. Ce général lui accorda quatre vingts hommes, presque tous Canadiens, et pour commandant le chevalier pe Trove. MM. px SAINTE-HELENE, D'IBERvILLE et de MARICOURT, tous trois fils de M. LEMoYyNE, homme marquant dans la colonie, voulurent être de l’expédition, comme volontaires. Cette petite troupe partit de Québec, au mois de mars 1686, et arriva, le 21 juin, au fond dela Baie d'Hudson. Elle s’empara de plusieurs forts et de plusieurs bâtimens, des uns sans coup férir, et des autres, après une plus ou moins longue résistance. MM. DE SAINTE-HELENE et D’IBERvILLE y firent des actions de valeur et d’intrépidité qu’on pourrait appeller héroiques, et auxquelles il n’a manqué qu'un théâtre plus connu et plus étendu, pour mériter d’être consignées dans une histoire générale.
A la fin de cette même année 1686, ou au commencement de la suivante, les commandans des quartiers de Ouest, LA DURANTAYE, DULUTH, ToNTI, eurent ordre de mettre en état de dé fense les forts de Mïichillimakinac et du Détroit, et d'envoyer ou conduire à Niagara, le printemps suivant, tous les Canadiens et les Sauvages qu’ils auraient pu rassembler, et qui ne seraient pas nécessaires à la garde de ces postes.
Au commencement de l’été de 1687, M. De De- NONVILLE ayant reçu les renforts qu’il avait attendus de France, se disposa à faire définitivement la guerre
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aux Froquois. Il débuta par un acte qui portait des caractères si frappants de violence et de perfidie, qu'il aurait dû en prévoir les suites facheuses, s’il ne regardait pas à odieux de la chose en elle-même.
Depuis longtemps, Louis XIV avait donné ordre que les prisonniers de guerre iroquois fussent envoyés en France, pour y être mis aux galères, “ parce que, disent les lettres royales, ces Sauvages étant forts et robustes, serviront utilement sur nos chiourmes.”
& Dans quel code, s#’écrie un historien, est-il écrit que les prisonniers de guerre seront reloués parmi les coupables et jettés au milieu de la lie des hommes ?? Sans doute, ce code n2 pourrait être que celui de Ta barbarie : mais ici il y à plus: ce t'est pas de prisonniers de guerre qu'il s’agit, mais des chefs d’un peuple avec qui l'on est encore en paix, ‘Won fait tomber dans le piège, par des discours trompeurs et perfides, età égard desquels on viole le droit des gens, de la manière la plus digne. Sous divers prétextes, le gouverneur général attira les principaux chefs des froquois à Catarocouy ; les fit saisir, cnchainer, conduire à Québec p° une forte escorte, et enfin embarquer pour la France, ou les galcres les attendaient. Ce qu'il y eut de pis, c’est que le marquis de DENON VILLE se servit, pour cette affaire, du ministère de deux missionnaires, les PP, DE Lam- BERVILLE et MILLET, sans faire attention que, non seulement il mettait ces religieux en danger de perdre la vie, mais qu’il décréditait, peut-être sans retour, aux yeux des Sauvages, la religion qu’on leur prêchait, depuis si longtemps, et qu’on paraissait avoir tant à cœur de leur faire embrasser.
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Le P. Miuer, qui tomba, quelque temps après, entre les mains des Onneyouths, fut d’abord destiné au supplice du feu, et n’en fut préservé que par la géné- À rosité d’une matrone, qui l’adopta pour son fils. Le P. IH LAMBERVILLE, qui était demeuré entre les mains des [, Onnontagués, ne dut son salut et sa liberté qu’à la grande estime et au sincère attachement qu’on avait (IE pour lui, dans ce canton. À la première nouvelle de ce qui venait de se passer à Catarocouy, les anciens le firent venir devant eux, et après lui avoir exposé, avec
1 toute l’énergie d’une première indignation, le fait qu’ils Ex, venaient d'apprendre, l’un d’eux lui dit: “Tu ne peux disconvenir que toutes sortes de raisons nous autorisent
à te traiter en ennemi; mais nous ne pouvons nous y L
résoudre : nous te connaissons trop pour n’être pas per- qu’il
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que tu nous as faite, et nous ne sommes pas assez injus- Mon
tes pour te punir d’un crime dont nous te croyons inro- préc
cent, et dont tu es, sans doute, au désespoir d’avoir été l'instrument. Il n’est pourtant pas à propos que tu restes ici ; car quand notre jeunesse aura chanté la guerre, elle ne verra plus en toi qu’un perfide, qui a livré nos chefs au plus indigne esclavage. Sa fureur tomberait sur toi, et nous ne pourrions plus t’y soustraire.”
Lis l’obligèrent à partir, sur le champ, et lui donnérent des guides, qui ne le quittèrent que quandils l’eurent mis hors de tout danger.
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