TRAITÉ D'UTRECHT
Une colonie canadienne s'établit an Détroit, malgré les Anglais et une partie des Indigènes. — Paix de quatre ans. — Guerre de la succession d'Espagne. — La France malheureuse en Europe l'est moins en Amérique. — Importance du traité de Montréal ; ses suites heureuses pour le Canada. — Neutralité de l'ouest ; les hostilités se renferment dans les provinces maritimes.— Faiblesse de l'Acadie. — Affaires des Sauvages occidentaux ; M. de Vaudreuil réussit à maintenir la paix parmi les tribus de ces contrées. — Ravages commis dans la Nouvelle-Angleterre par les Français et les Abénaquis.— Destruction de Deerneldf et d'Haverhill (1708).— Remontrances de M. Schuyler à M. de Vaudreuil au sujet des cruautés commises par nos bandes ; réponse de ce dernier. — Le colonel Churcn ravage l'Acadie (1704). — Le colonel March assiège deux fois Port-Royal et est repoussé (1707). — Terreneuve : premières hostilités ; M. de Subercase échoue devant les forts de St.-Jean (1705). — M. de St.-Ovide surprend avec 170 hommes en 1709 la ville de St.-Jean défendue par près de 1000 hommes et 48 bouches à feu et s'en empare. — Continuation des hostilités à Terreneuve. — Instances des colonies anglaises auprès de leur métropole pomr l'engager à s'emparer du Canada. — Celleci promet une flotte en 1709 et 1710, et la flotte ne rient pat, — Le colonel Nicholson prend Port-Royal ; diverses interprétations données à l'acte de capitulation ; la guerre continue en Acadie ; elle cesse. — Attachement des Acadiens pour la France*— Troisième projet contre Québec ; plus de 16 mille hommes vont attaquer le Canada par le St.-Laurent et par le lac Champlain ; les Iroquois reprennent les armes. — Désastre de la flotte de l'amiral Walker aux Sept-Iles ; les ennemis se retirent.— Consternation dans les colonies anglaises. — Massacre des Outagamîe qui avaient conspiré contre les Français. — Rétablissement de MiehiMmackinac. — Suspension des hostilités dans les deux mondes.— Traité d'Utrecht ; la France cède l'Acadie, Terreneuve et la baie d'Hudson à la Grande-Bretagne. — Grandeur ef humiliation de Louis XIV ; décadence de la monarchie.— Le système colonial français»
Hennepin arait dit : " Ceux qui auront te
bonheur de posséder un jour les terres de cet agréable et fertile pays, auront de l'obligation aux voyageurs qui leur en ont frayé le chemin, et qui ont traversé le lac Erié pendant cent lieues d'une navigation inconnue." Il y avait vingt-deux ans que ces paroles avaient été prononcées, lorsque M. de la Motte Cadillac arriva au Détroit avec 100 Canadiens et un missionnaire dans le mois de juin 1700, pour y former un établissement. Les colons furent enchantés de la beauté du pays et de la douceur du climat. En effet la nature s'est plu à répandre ses charmes dans cette contrée délicieuse. Un terrain légèrement ondulé, des prairies verdoyantes, des forêts de chêne, d'érable, de platane et d'acacia, des rivières d'une limpidité remarquable, et au milieu desquelles les îles semblent avoir été jetées comme par la main de l'art pour plaire aux yeux, tel est le tableau qui s'offrit à leurs regards lorsqu'ils entrèrent dans cette terre découverte par leurs pères. C'est aujourd'hui le plus ancien établissement de l'Etat du Michigan, et la plupart des fermes y sont entre les mains des Canadiens français ou de leurs descendans. Des pâturages couverts de troupeaux, des prairies, des guerêts chargés de moissons, des métairies,des résidences magnifiques, y frappent partout les regards du voyageur.
La ville du Détroit qui a subi depuis sa fondation toutes les vicissitudes des villes de frontière, et qui a été successivement possédée par plusieurs maîtres, renferme maintenant une population de 22,000 âmes. Fondée par les Français, elle est tombée spus la domination anglaise en 1760, et a été cédée par celle-ci à PUnion américaine à la suite de la guerre de 1812. Elle a conservé, malgré tous ces change mens, le caractère de son origine, et la langue française y est toujours en usage. Comme toutes les cités fondées par le grand peuple d'où sortent ses habitans, et qui a jalonné l'Amérique des monumens de son génie, le Détroit est destiné à devenir un lieu considérable à cause de sa situation entre le lac Huron et le lac Erié.
Son établissement éprouva de l'opposition de la part des Indigènes et surtout des Anglais, qui voyaient avec une jalousie, que le temps ne faisait qu'accroître, leurs éternels rivaux s'asseoir sur les rives des lacs, comme s'ils ne les avaient pas eu découverts et possédés depuis longtemps. Ce poste devait enlever & Michilimackinac toute son importance, et relier le Canada à la Louisiane à la colonisation de laquelle on travaillait alors, et où les Canadiens venaient, comme au Détroit, de commencer un établissement. Mais à peine avait-on jeté les premiers fondemens de la nouvelle ville qu'il fallut encore courir aux armes.