ENTRETIEN DU ROI ET DE LA REINE
que c'est de vous qu'elle se sert pour ces intrigues. »> Mais La Porte « déclara qu'il n'osoit pas écrire à la Reine sa nialtrcsse en la nianièro dont le cardinal lui ordonnoit ».
Reconduit à la Bastille vers le milieu de la nuit, La Porte reçut le lendemain la visite d'un exempt des gardes, qui lui commanda, dr':la part du Roi, « d'écrire à la Reine sur ce que M. le Cardinal lui avoit dit ». Il écrivit aussitôt qu'il dirait tout ce que la Reine voudrait, « pourvu qu'elle lui fit savoir ce qu'il lui plairoit qu'il dit(t)».
Anne d'x\utriche s'inquiétait fort de cette attitude du portemanteau. Elle s'empressa, ce même 22 août, d'envoyer Le Gras faire à Richelieu une nouvelle déclaration où l'on remarquait plus d'une précision intéressante : « La Reine avoit baillé un chiffre
à La Porte pour écrire au marquis de Mirabel et ledit La Porte
lui avoit rendu ledit chiffre, il y avoit quelque temps, lequel elle avoit brûlé. Sa Majesté savoit que M. de Lorraine avoit envoyé un homme à M'"'' de Ghevreuse, mais elle ne savoit rien de leur entretien ; M""* de Ghevreuse étoit venue trouver deux fois Sa Majesté dans le Val-de-Gràce, lorsqu'elle étoit reléguée à Dampierre. » La. Reine avait reçu au couvent quelques lettres de la duchesse, à qui, avant la rupture de la paix, elle avait écrit plusieurs fois. Depuis peu, un homme y était venu lui apporter des nouvelles. Lord Montagu était allé l'y voir une fois. G'est là encore qu'Auger lui avait fait tenir plusieurs paquets du môme Montagu, tant pour elle que pour M™" de Ghevreuse. Gette correspondance « n'étoit que compliments ». Et « la Reine écrivait de Lyon à la supérieure du Val-de-Gràce : Donnez cette lettre à votre parejite qui est dans le comté de Bourgogne, cela signifiait : Donnez-les à .1/™" de Ghevreuse (2) ».
Il n'y avait pas vingt-quatre heures que le cardinal avait pris connaissance de cette déclaration, quand une lettre, écrite de Ghantilly, le 23 août, à onze heures du matin, vint lui conter la curieuse scène qui s'était déroulée la veille entre le Roi et la Reine : « Je reçus hier, mandait Louis XIII à Richelieu, votre
(1) Mémoires de M. de La Porte, p. 147-154.
(2) Victor Cousin, Madame de Checreuse, appendice IV, p. 420-421