MEDIOCKK CAMPAGNE DE CHATILLON
Flandre et de Piccoloniiiii, qui étoient les seules qui se pouvoieut opposer aux siennes (1). » Richelieu, plein d'ardeur, écrivait au maréchal le 3 août : « Aussitôt que j'ai reçu votre lettre, par laquelle vous témoignez pouvoir faire quelque chose de considérable dans le Luxembours" et même d'y prendre Damvil- 1ers ou Montmédy, pourvu qu'on vous envoyât trois cents chevaux d'artillerie, le Roi a trouvé bon que l'on fit partir aussitôt ce nombre de chevaux, qu'il avoit fait lever pour aller en personne à l'armée, et Sa Majesté s'en prive pour vous donner plus de moyen d'accomplir ce que vous proposez. » Nulle dépense ne paraissait trop lourde au cardinal : « Pour ce qui est des vingt mille écus, disait-il, j'y ferai pourvoir à votre contentement, à condition que vous ferez ce que vous projetez. Ne vous mettez point en peine de votre perte de cinquante mille livres, j'en ai parlé à M. de Bullion et e m'en tirerai au grand contentement de Madame votre femme, qui ne s'endort pas en vos affaires (2). »
Le Roi et son ministre, les yeux fixés sur la carte, ne s'endoi^ ment pas non plus : « La pensée du Roi, mande Richelieu au maréchal le 8 août, est que vous pourriez peut-être prendre aussi aisément Thionville que Montmédy et Damvillers et que cette place est de bien plus grande conséquence et donneroit de très grands avantages pour l'année qui vient; il n'y a personne dedans qu'une garnison fort faible, ce qui fait juger que, si M. le Maréchal faisant semblant d'assiéger Montmédy, envoyoit investir Thionville par une partie de sa cavalerie, il pourroit apparemment en avoir bon marché (3). » Mais Chàtillon, qu vient de prendre, à cinq lieues de Sedan, la petite place d'Yvoy (aujourd'hui Carignan), préfère assiéger Damvillers, ce qui lui permettra de couvrir la Champagne et le Barrois. « Au lieu que, s'il alloit à Thionville, les ennemis, sïls étoient bien conseillés, pourroient entrer en France (4). »
Vers le milieu de septembre, Chàtillon perd sa conquête d'Yvoy,
(1) Mémoires du Cardinal de Richelieu, éd. Petitot, t. ÎX, p. i80-i81.
(2) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. V, p. 10i7.
(3) Ibidem, p. 832.
(4) Mémoires du Cardinal de Richelieu, éd. Petitot, t. IX, p. 477.
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([uc les ennemis surprennent par escalade, « trouvant toute la i:aruison endormie (1) ». C'est seulement à la fin d'octobre que le maréchal s'empare de Damvillers. Il reçoit, le 31, les félicitations de Richelieu; mais, par une lettre de Noyers arrivée la veille, il sait que le cardinal n'a pas oublié « l'accident d'Yvoy ». On insiste de Paris pour qu'il soit réparé, mais en vain. Le maréchal ne voulut point revenir sur la résolution qu'il avait prise et dont il avait fait part le *25 octobre au secrétaire d'État : (( Les chevaux sont tellement ruinés que, s'il nous restoit encore temps pour faire le siège d'une bicoque, ils n'y pourroient pas fournir en l'état où ils sout. Sa Majesté se contentera donc, s'il lui plaît, du service que je lui ai rendu cette année pour ce qui est des sièges (2). » Les gens n'étaient pas moins las que les bêtes. « Ils ont une si grande impatience de gagner les quartiers d'hiver, assurait Ch;\til' i, qu'il n'est pas croyalile (3). » Et le maréchal, qui leur administrait de rertes semonces, n'était pas le moins pressé de tous.
En Franche-Comté.
Cette lassitude des sièges, les troupes du duc de Longueville, prince de Neufchàtel, l'avaient éprouvée en Franche-Comté, dès le milieu du mois d'août 1638. Il y avait alors de nombreuses semaines que leur chef marchait de conquête en conquête, emportant d'assaut la forteresse de Saint-Amour, enlevant l'épéc à In main ou contraignant à se rendre les châteaux de Chevreaux, de Courlaon, de Crèvecœur, de Chilly, de l'Etoile, dj Savigiiy, de Ch.iteau-Chalon (4); le 1''" juillet le cardinal avait mandé au Roi : « M. de Longueville a pris Lons-le-Saunier, qui a souffert qu'on fit brèche. Le gouverneur qui étoit dedans, se voyant extraordinairemont pressé, a mis le feu dans la ville, qui était pleine d'abondance de toutes choses. Plus de deux cents
(1) Mémoires du Cardinal de Richelieu, éd. Petitot, t. IX, p. 478.
(2) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. V, p. 879-880, notes.
(3) Père Griffet, Histoire de Louis XIII, t. III, p. 74.
(4) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. V, p. 799.