‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 2)Chapitre 2 sur 219 · L'ESPAGNE ET SES INTRIGUES EN FRANCE · texte numérisé non relu

L'ESPAGNE ET SES INTRIGUES EN FRANCE

devenir de la place de Pignerol (1) ». Gaston est prêt à se rendre à Turin pour attacher le duc de Savoie à ses intérêts. Il compte sur rinunense clientèle de la maison de Montmorency, qui « peut former une espèce de parti » ; il compte sur les grands à qui « le sang- de Montmorency, répandu cruellement et mal à propos, a donné plus de haine du cardinal que de terreur ». Il imagine déjà le comte de Soissons et le duc de Longueville quittant la cause du cardinal pour la sienne. Le conseil d'Espagne se laisse prendre à ce mirage : nul doute que le duc de Guise ne livre Marseille et Toulon, que M. de Matignon et son lîls, le comte de Thorigny, n'ouvrent les portes des places de Normandie et de Bretagne, que le maréchal de Toiras n'ait su conserver des intelligences à La Rochelle et dans cette île de Ré, si glorieusement défendue par lui quelques années plus tôt (2) ; nul doute enfin que le comte de La Rochefoucauld, gouverneur du Poitou, ne soulève les huguenots de sa province et ne donne la main aux prétendus affidés de Toiras (3). Le 13 juillet 1633, le Roi Catholique fait part de tant de belles espérances à sa sœur Isabelle, gouvernante des Pays- Bas, et il ajoute : « La surprise de Marseille seroit de grande importance (4). »

(1) Archives Nationales, Simancas, K 1423-24, l*^' cahier, 8« dossier.

(2) Histoire du Cardinal de Richelieu, t. III, p. 111-123.

(3) Los de la provincia de Potu y el goveniador délia que es el conde de La Roxejocaut mal content mucho tiempo a podian hacer algun éjecta por ser esta provincia de muchos uganotes y entre ellos mucha noblesa que se allan oy moy castigados y ojendidos de las malos tratamientos que han padecido les annos pasados y de este partido sa encargase el maréchal Mos. de Taras podria hacer buenos éjectas porque es mucho el crédita que Mos. de Taras tiene en aquella parte por la comunicacio/i que tienen con los de La Rochella y isola de Res., donde governo el dicho Mos. de Taras (Archives nationales, Simancas K 1416-17, 1" cahier, dossier 23).

(4) La surpressa de Marsella séria de grande importancia y siempre que el duque de Guissa la ubiere dispueta se la dara squadra de galeras muy aventajada a la de Franciay 3000 injanles con maestro de campo y estas los pasaroyo todo el tiempo que sa conlinuaye esta jaccion y el mantenimienlo délia y las galeras ni mas ni menas. El de Guissa podria ratar con el injante cardenal mi hermano o con el que gobernare a Milan o a A'apoles de la que sobre esta se la ojjreciere y pudiere se convenienle para encaminallo y a mi hermano y al duque de Feria se les avissa paraque esten prevenidos. Mans, de Taras {si se encaminare el partido de Monsieur) tendra galera en que passar secretamente a Barcelona y de alli por lierra al pasaje doze galeones de Dunkerque a que se agregaran los mas baxeles que juren necessarios para lo que se hubiere de obrar con 30 injantes que ha de blevar esta armada, pagados de la misma manera, por todo el tiempo de la jaccion, y ni mas ni menas la squadra de galeras {Archives nationales. K 1423-24 1»' cahier ,21 dossiers).

6 PRÉPARATION A LA « r.lKRRfl OUVERTE .

Tous ces complots (jui se trauient pour encercler la France tandis que les conjurés du dedans la frapperont au cœur, expliquent la réflexion sur laquelle s'ouvre le vingt-cinquième livre des Mémoires de Richelieu : « Il y a longtemps que les princes se servent du nom de paix et de guerre comme d'une monnaie qu'ils emploient selon qu'il leur vient plus à propos pour l'avantage de leurs ailaires et ils sont beaucoup plus justes, ([uand ils se font la guerre ouvertement que lorsque artificieusement ils déguisent sous un feint nom de paix leur mauvaise volonté (1). » Et le cardinal ne craint pas d'envisager la guerre ouverte : « Qu'est-ce que les Espagnols ont fait autre chose, depuis le traité de Vervins, que de s'agrandir aux dépens de leurs faibles voisins et, comme un feu toujours allumé, à qui la matière plus proche sert do passage pour arriver à celle qui est la plus éloignée et la consumer, passer de province en province et se les assujétir l'une après l'autre, selon que chacune est plus voisine de la dernière occupée? Ils prétendent faire le même à tous les États de l'Europe et parvenir par ce moyen à la monarchie universelle, qui est la seule borne de leur devise... Y a-t-il prudence et justice qui permette d'attendre que les autres soient dévorés pour l'être les derniers (2)? »

Cette « guerre ouverte », qu'il est bien obligé de prévoir, le cardinal ne la fera qu'à son heure. Il veut auparavant renouveler son traité avec la Hollande; il veut négocier avec la Suède, qui depuis la mort de Gustave-Adolphe n'est plus une alliée aussi inquiétante; il veut envoyer un ambassadeur en Danemark, chez les princes et principicules d'Allemagne et jusqu'en Pologne, « ce boulevard de la chrétienté ». Deux longues années il se prépare minutieusement.

Le premier acte de cette préparation est la promenade militaire qu'il fît en Lorraine au début do lautonme 1G33.

(1) Mémoires du Cardinal de Richelieu, éd. Petitot, t. VIII, p. 1.

(2) Ibidem, p. 213-214.

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