SA RENTRÉE PAR L.\ CAPELLE
tait et reprit au plus vite sa course vers la France. Mais à Pontsur-Saml)re il fallut se munir d'un guide et peu à peu ralentir l'allure « parce que la nuit s'approchoit (1) ».
OiieUc aventure que ce départ ! Le traité d'Écouen signé, ratifié de part et d'autre, Monsieur recevant copie de l'ordre royal qui enjoint aux gouverneurs des villes de Picardie d'ouvrir au frère unique du Roi! Et, le matin même, à huit heures, sans prendre congé de la Reine mère ni de Madame, tandis que Rooscs, clief du Conseil d'Espagne, et le marquis d'A\iona se trouvaient au château de ïervueren, à deux lieues de Bruxelles, en conférence avec le duc de Neubourg, s'échapper ! Ce prétexte de chasse au renard imaginé la veille au soir, cette précaution de demander aux Cordeliers une messe tardive dans la chapelle de la forêt de Sorgues pour le retour des chasseurs, comme c'est ingénieux! Ingénieuse aussi la ruse de Puylaurens (2) : le favori, qui n'accompagnait jamais son maître à la chasse, allant en carrosse soi-disant rendre visite à Rooses, qui n'était pas chez lui. Il avait poussé jusqu'au faubourg, sous couleur de rejoindre le chef du Conseil d'Espagne au château de Tervueren. Dans le faubourg il avait quitté son carrosse, monté à cheval et c'était Monsieur qu'il avait rejoint.
Il est plus de neuf heures du soir, la frontière est franchie depuis quelque temps. Monsieur et ses compagnons distinguent, à la lueur de la lune, les remparts de La Gapelle. Les voici sur la contrescarpe. Au piétinement des chevaux et à la \iie de cette troupe de cavaliers, les sentinelles donnent l'alarme. Les « Qui va par là? se succèdent de proche en proche. — « C'est Monsieur frère du Roi! » Cette réponse laisse incrédule le baron du Bec, gouverneur de la place, qui vient d'arriver sur le bastion : il commande de tirer sur ces gens assez hardis pour Tenter quelque entreprise sur la forteresse. Mais Gaston a reconnu la voix du gouverneur, qui est le fils de feu M. de Tardes : « Baron du Bec, commande-t-il à son tour, empêchez qu'on ne tire sur nous. Je viens avec les bonnes grâces du Roi et sa permission. »
fl) Mémoires (fe Montrésor, p. 195.
(2) Henrard, Marie de Médicis dans les Pays-Bas, p. 484.