IL N Y A RIEN DE CHANGÉ
Marie de Médicis tout en liaut, — dans son cher Luxembourg. A quelques pas, dans le petit hôtel du même nom, le uiinistre se tenait à la disposition de la mère et du lils.
C'est alors qu'une lettre (1) fort importante, fut écrite par le cardinal à Marie de Médicis, L'authenticité de cette lettre a été discutée, mais Hichelieu ne lit aucune protestation lorsqu'il la vit paraître cinq mois plus tard dans le Mercure : « Madame, disait-il, j'ai su comme mes ennemis ou plutôt ceux de l'Étai (une forinule qu'il devait avoir à la bouche jusque sur son lit de mort), non contents de m'avoir décrié auprès de Votre Majesté, > eulent encore rendre suspecte ma demeure auprès du Hoi. Comme si je ne l'approchais que pour l'éloig-ner de voiK et poui' diviser ce que Dieu et la nature ont joint. J'espère eu la divine ïjonté que leur malice sera reconnue, que mes déporteuHMits seront bientôt justifiés et (jue mon innocence trioiftpliera de la calomnie. » Lorsqu'il était allé rendre ses devoirs à Marie de Médicis, il avait remai*qué, non sans inquiétude. « les contenances extraordinaires de ses domestiques ». Cette froideur ii annonçait que trop sa dis^rilce. Sijine avant-coureur conlirnié le jour même par une pai'ole du Hoi, qui l'avait assui'é ([ue, malgré les caresses et les sourires prodigués durant le voyajie, « il n'y avait rien d»» chan^M* ». La Heine, au I-uxembour^;-, où Louis Xlll était allé la voir, lui avait rappelé sa promesse de Lyon et, sans l'entrée subite d'un inqiortun, elle eût continué ses plaintes et déroulé impétueusement la longue suite de ses iiriefs. Le cardinal, résolu de tout tenter pour
(l) M. Avenel place cette lettre au début d'avril l(>31, parce qu'elle fut publiée à cette date dans le Mercure. Il la croit apocryphe. Le stvie. un peu plus contourné que celui de la correspondance ordinaire du cardinal, ne l'est pas plus que celui des Mémoires ; c'est le langage très complimenteur et alambiqué dont usait Richelieu à cette époque de ses relations avec la Heine mère. Il n'aurait pas laissé paraître cette lettre dans le Mercure, si elle n'était pas de lui. Elle provo<|ua une fausse réponse de Marie de Médicis cl un pamphlet, dont le lieutenant civil Moreau fit rechercher l'auteur. Moreau, qui ne croit point à l'authenticité de lu réponse, admet bien celle de la lettre : « Une lettre, dit-il au cardinal, que l'on a l'ait courir, il y a quelque temps de TOUS à la Reine mère du Roi ». Sans doute Richelieu savait-il d'autant mieux à quoi s'en tenir, que le Père Joseph exerçait une surveillance étroite sur le Mercure français. L'Éminence grise transforma peu à peu colle « compilation de nouvelles » en journal de polémique officieuse.
292 HICIIFXIKU l'HOSThllNFÎ DKV'ANT LA UKINK
flôeliir la lancimiôr*' Klorciitiin', >.«• jirostiTnait, hi l'on peut (lir-o, (Itiiis sa lettre : « (> n'est pas, Madame, eon fessai t-il, que je ne nicstiine iiuillieureux et ruupahle do ce que j'ai cc^de ])laii'e à Votre Majesti' et (|ue la vie ne me soit odieuse en l'état où je suis, privé de l'honneur de vos bonnes ^rAces et de cette estime que je prisais bien plus «pie les Ki'&ndeurs de la terre; comme je les tiens de votre main libérale, aussi je les porte et les abaisse à vos j»ieds. Écrasez. Madame, votre ouvraf;c et votre créature; tout ce qui proviendra de votnhumeur royale, .sera reçu de moi sans murnmre et suivi d< mille bénédictions. Mais, Madame, épargnez-moi de grâce, par cette pitié (pii vous est naturelle; car la pourpre que je porti dont vous m'avez revêtu, perdra son éclat et son lustre, si Ir rebut de Votre Majesté y inq>rime de si noires taches. Quelle apparence y a-t-il que le plus obligé des hommes fiU le plus ingrat et ([ue, ma conscience, mes intérêts et ma premièi inclination m'attachant à votre service, je m'en sois séparé pom le s<'ul avantage d'acquéi'ir le nom de ti'aitre à la iiieillenre et à la plus grande reine de l'univers? (1) »
Richelieu savait-il que, deux ou trois jours plus tôt, chez b Carmélites de la rue Saint-Jac([ues. le garde des Sceaux Marillac s'était longuenient concerté avec la Reine et M'"' du Fargis' Savait-il (juc Marillac l'accusait d'avoir commis de graves dila pidations dans le maniement des fonds d'Etat, où il puisait pour les alFaires publiques, selon les méthodes administratives du temps ?
Quoi qu'il eu soit, le cardinal brûlait du désir de sejustifiei « Cela seul bien considéré, Madame, continuait-il, me devrait absoudre de crime et de soupçon devant le tribunal de Votre Majesté, qui m'a presque condamné sans m'ouïr. Je souscris à mes malheurs, et ne veux point disputer contre ma souveraine maîtresse ni lui demander raison de ce qu'elle a fait. Je ne pense non plus à me fortifier de l'appui du maître ni de ses officiers ni de la mémoire de mes services passés.
(1) Manuscrit de IWrseaal, 5417, Recueil Conrart, publié, avec des variantes, par Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. IV, p. 137-13S.