‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 4)Chapitre 11 sur 157 · L'OPPOSITION AUX ÉTATS · texte numérisé non relu

L'OPPOSITION AUX ÉTATS

du prince de Condé. Derrière ce prince s'était formée une coalition où se rencontraient, sans s'interroger mutuellement sur leurs origines ou sur leur but, toutes les ambitions impatientes, toutes les vanités froissées, toutes les cupidités inassouvies. Par un habile étalage de patriotisme et d'austérité, ce parti exploitait le dégoût qu'inspirait au pays la fortune des favoris italiens, Concini et sa bande. L'esprit frondeur d'un peuple qui aime à rendre ceux qui le dirigent responsables de ses propres faiblesses accablait le gouvernement de la régente des souvenirs écrasants laissés par le règne précédent. Une nuée de pamphlétaires, bourdonnant autour des plaies découvertes, les avait envenimées (1).

Cette meute avait pris pour chef un homme digne de la conduire à la curée : c'était Henri de Bourbon, prince de Condé. De naissance douteuse, il se posait en héritier légitime du trône; de courage incertain, il se croyait fait pour commander les armées; de facultés médiocres, il prétendait gouverner l'État. Dans sa personne et dans sa situation, tout était faux : prince du sang, il essayait d'abaisser la couronne pour la mettre à la hauteur de sa tête ; fils de protestant, il était catholique et même ami des jésuites; pourtant il tendait la main aux huguenots. Au début du règne de Louis XIII, il ne songeait à rien moins qu'à reprendre le rôle de la famille de Guise, — moins Calais et Metz. A la fin du même règne, il devait être le plat serviteur non seulement du roi, mais de ses ministres et de ses favoris. Hésitant toujours sur sa propre conduite et ne sachant s'il devait se faire craindre oi>se faire aimer, il ne parvint guère qu'à se faire mépriser. D'un bout de sa carrière à l'autre , il n'eut qu'une passion , l'avarice. Il exploita la faiblesse de

(1) « Ordre (lu lieutenant civil sur l'ordre qu'il a mis que les libelles n'aient cours w. (B. N. fonds Mesmes, v. 189.) — J'ai enirc les mains, toute une bibliothèque de pamphlets publiés à l'occasion de la réunion des États. Je citerai , au hasard, quelques titres : Advis aux Trois États de ce royaume sur les bruits qui courent à présent de la guerre civile. Pierre Chevalier, 1614. — Advis, remontrances et requcstes aux États Généraux tenus à Paris, 1614, par six paysans. — L'Héraclide parisien auprès du Boy, 1615. — Le Chevalier errant, pour supplément au Zopire français, 1614. — Le bon Français ou discours d'État contre les libelles, 1615. — Discours sur l'État présent des affaires de France, au Roy, 1615. — L Heureuse Trompette pour la paix adressée à Ms' le prince de Condé, 1015. etc. — Quoiqu'il y ait, dans tout cela, bien du fatras, on trouve, dans la lecture de ces pamphlets, plus d'une indication précieuse pour l'histoire.

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