‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 4)Chapitre 123 sur 157 · PROJET DE CONFÉRENCE A PARIS · texte numérisé non relu

PROJET DE CONFÉRENCE A PARIS

fond. Il se rend compte pourtant que la France n'a, pour le moment, qu'un intérêt indirect dans la question ; mais il a confiance en ses forces, et il écrit au nom du roi : « Si je n'étois plus touché des intérêts d'autruique je ne suis des miens propres, j'attcndrois du temps ce que, jusques ici, je n'ai pu avancer par mon entremise ; mais l'affection particulière que j'ai au bien 6e ceux qui sont mêlés en cette affaire m'empêche de prendre cette résolution. » Voilà donc qu'il touche, en même temps, à l'affaire de Savoie et à celle des Vénitiens : « J'estime que , par un même accord, on peut terminer ces deux différends, et ainsi, mettre tout d'un coup la chrétienté en repos. » Quel est donc le procédé qui permettra d'obtenir de si grands résultats? Le roi lui-même se proclame l'arbitre des deux affaires. « Pour cet effet, j'ai avisé de prendre une toute autre voie que celle que j'ai tenue jusqu'ici; désirant maintenant, pour le bien des parties intéressées, attirer la négociation auprès de moi, m'assurant qu'elles déféreront beaucoup plus à ce dont je les prierois quand elles verront que je prendrois moi-même connaissance de leurs affaires que lorsqu'elles pourroient croire que d'autres seulement la prendroient pour moi (1). »

Donc, la négociation serait transportée à Paris. Savoie, Venise, le pape, l'Espagne, l'Empire, enverraient près du roi de France des ambassadeurs spéciaux avec pouvoir de traiter et de conclure, Richelieu caresse d'avance l'idée de cette espèce de « conférence », où il entrera pour la première fois en contact avec les diplomates européens, où il pourra faire apprécier la qualité de son esprit. « Dieu me fera cette grâce, écrit encore le roi, de seconder le dessein passionné que j'ai de conserver la paix pour moi-même et l'établir par toute l'Europe. » Ces formules sont vastes, mais vagues. Il est de règle, en diplomatie, qu'il ne faut pas s'engager dans une procédure sans avoir sondé le fond de l'affaire , caria procédure touche à l'honneur , et qu'il faut bien circonscrire les questions avant d'entreprendre de les résoudre. Sur ces deux points , l'inexpérience de Richelieu le mettait en défaut. Offrir aux autres puissances une sorte d'arbitrage quelles ne demandaient pas, c'était courir le

(1) Le roi saisit Sénecey, ambassadeur à Madrid, dès le 1" janvier 1617, par la lettre insérée dans Correspondance (t. VII, p. 330),

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